LE FRANÇAIS ET VOUS : RESSOURCES POUR PROFESSEURS , ACTUALITÉS CULTURELLES , JEUX ET EXERCICES LUDIQUES
La saga des Romanov de Jean des Cars - Editions Tempus, 5 février 2026 (format poche)
Post cover

Nous parlons d’un nom illustre qui intrigue et fascine, celui d’une dynastie. Les Romanov ont régné pendant 300 ans sur la Russie. Leur règne s’achèvera de façon tragique dans les tourments de la révolution bolchévique.

PARTAGER:

Les grandes familles aristocratiques suscitent toujours l’attention, que ce soit sur le mode de la critique, de l’éloge ou de la simple curiosité. Des émissions telles que Secret d’histoire, créée en 2007 et animée par Stéphane Bern, recueillent toujours les faveurs du public. Aucun détracteur d’aucune sorte ne pourrait s’inscrire en faux contre ce fait. En France, nous avions nos Valois et nos Bourbons. La Russie a eu ses Romanov.

L’auteur du livre, Jean des Cars n’est pas historien. Il est, comme Stéphane Bern, un journaliste amoureux de l’histoire. Et un journaliste qui sait écrire. C’est un plaisir de le suivre au fil de la lecture. Aucune aridité dans son style, qui s’inscrit dans une veine romanesque. L’auteur ne donne pas dans l’hagiographie ni dans la condamnation. Il n’occulte en rien les aspects sombres et violents, le calcul, les complots, les manœuvres politiques. Il présente ce qu’il a retenu des faits.
Au sein de cette vaste famille se détachent quelques grandes figures, au premier rang desquelles Pierre le Grand et Catherine II, elle aussi surnommée « la Grande ».

Qu’apprend-on? L’impétueux tsar Pierre Ier fonde Saint-Pétersbourg dans une terre marécageuse et hostile : [ Le gel, l’hiver, le marécage au printemps et à l’automne (…) l’inondation possible en toute saison.] p.68 On connaît le cliché du prince bâtisseur mais dans le cas de Pierre le Grand, cet élément paraît d’autant plus fondé qu’il était doué de ses mains et capable de réellement construire. Furieusement moderniste, il cherche à imiter les modes et mœurs de l’ Europe occidentale : [Par oukase, le souverain interdit définitivement le port de la barbe. Sacrilège ! Les patriarches s’émeuvent. Les popes crient au scandale.] p.60 Aussi brillant qu’emporté, le tsar consolide l’État. Hélas, les relations avec son fils seront déplorables, à telle enseigne qu’il le fera assassiner. Pratique odieuse mais assez courante de par le monde. On se rappellera que Constantin lui-même a supprimé son fils, Geta. De même Néron et sa redoutable mère, Agrippine.

Pour retrouver un dirigeant de la trempe de Pierre Ier, il faudra attendre Catherine II. Cette dernière est allemande, les Romanov ne pratiquant guère l’endogamie. Elle va pourtant devenir la plus russe parmi les Russes. On la soupçonne, non sans raison, d’avoir éliminé son mari, le dément Pierre III qui n’a guère apporté de bénéfices à son royaume. Une fois intronisée, elle va prendre les rênes du royaume. [Ses contemporains sont stupéfaits par son énergie. La tsarine ne se repose jamais. Escortée par ses deux petits lévriers anglais, elle étudie en permanence les affaires de l’État, écrit continuellement et mange avec une lenteur surprenante.] p.152

Outre les deux immenses figures que nous avons évoquées, on pourrait mentionner d’autres personnages hauts en couleur, de l’excentrique Anna au brillant Alexandre Ier. Les frasques des uns et des autres, le fameux Raspoutine, les relations entre Alexandre Ier et Napoléon, tous les sujets sont abordés. Mais le mieux est encore de les découvrir au fil de votre lecture. Bien évidemment, la saga se clôt sur la fin atroce de  Nicolas II et de sa famille. Mal conseillé, ce souverain ne saura pas négocier le passage à une époque moderne qui précipitera sa perte. Au-delà de cet épisode des plus sombres, le livre dresse un portrait passionnant d’une famille qui a régné sur une grande puissance européenne. A la lecture, on comprend que les idées réformistes modernes, venues de France et d’Angleterre, n’ont que peu infusé en Russie, ce qui explique le caractère tardif de la révolution d’Octobre comparée à la grande vague de 1789 survenue en France. L’auteur ne juge pas cet état de fait et se borne à le constater. Une chose reste certaine : l’empreinte des Romanov a marqué l’histoire de la Russie. La dynastie y a, aujourd’hui encore, des admirateurs. Dans le courant des années 2000, de nombreuses cérémonies visant à réhabiliter la mémoire de l’illustre famille ont eu lieu. Cette reconnaissance tardive, peut-être un des passages les plus émouvants et instructifs de l’ouvrage, montre à quel point la mémoire collective ne peut être obérée par décret. C’est ainsi que Jean des Cars clôt son ouvrage sur ces mots : « La Russie vit à l’heure du grand pardon »


CATÉGORIES
lesson_listing

Inscrivez-vous à la Lettre d’informations

Recevez tous les mois nos coups de coeur culturels et nos exercices ludiques pour apprendre le français avec Le Français et Vous.