Littérature
L’adolescence du perroquet d'Amélie Nothomb - août 2026 - Éditions Albin Michel11/09/2026
Un jeune chroniqueur radio célibataire et passionné du Musée du Louvre adopte un jeune perroquet du Gabon nommé Jo. C’est ainsi que commence la curieuse histoire de L’adolescence du perroquet, le nouveau roman d’Amélie Nothomb. La plume drôle et élégante de l’autrice belge n’a pas fini de nous surprendre…
Alban vit seul dans l’appartement qu’il a hérité de ses parents disparus [accidentellement dans l’incendie de leur club de sport.] p.21 Une tragédie qu’Amélie Nothomb habille d’humour la page suivante : [Je résolus de ne jamais pratiquer d’activité physique.] p.22 Il quittera ce « mausolée » où il avait laissé [intacte la chambre parentale, les vêtements dans les placards.] p.22 pour s’installer près de la Maison de la Radio où il est remarqué pour son « originalité ou (son) grain de folie. » Pour lui, [L’anodin, c’était la perle rare. Personne ne vous téléphone pour vous dire : »Il m’est arrivé quelque chose d’anodin. » C’est la preuve de l’élégance de ce concept.] p.26
Puis un jour, « peu avant le confinement », c’est la rencontre - peu commune - avec Jo, un oisillon perroquet que son voisin donnait. Le coup de foudre est casi immédiat : […je me sentis bouleversé à l’idée que ce microscopique volatile me tienne pour sa mère. Je ne tentais pas d’analyser cette émotion. Je sus seulement que jamais je ne décevrais les attentes de ce petit.] p.29 Mais la suite de ce qui s’annonce comme un gentil conte aviaire mènera le lecteur de surprise en surprise !
Une relation exclusive s’installe alors entre l’homme et l’oiseau, inspirant digression philosophique à Alban : […rares sont les familles aviaires qui chantent. Alors que tous les oiseaux crient. C’est la même distinction qu’entre parler et chanter dans notre espèce. En cela, je suis persuadé que nous nous sommes inspirés du règne aviaire.] p.41 Pour ce qui est du bec de l’oiseau, le maître apprendra à ses dépens qu’il est primordial de s’en méfier : alors qu’il applaudit la prestation musicale du gris du Gabon, [Jo sauta sur (son)épaule, attrapa la peau de (son) cou et (le) mordit au sang.] p.45 C’est l’occasion pour Alban d’en tirer une nouvelle conclusion : [En gros, l’oiseau était tellement fasciné par son appendice à bords coupants qu’il ne pouvait résister au désir de s’en servir. Posséder une arme, c’est déjà la dégainer.] p. 46
Mais tout n’est pas idyllique dans le quotidien de l’homme et de l’oiseau, loin s’en faut. Alban en arrive à regretter sa solitude : [ J’avais contracté un engagement à vie, la parentalité, sans que cela ait résulté d’une réflexion.][…][Et à présent, je me retrouvais avec un grand enfant irascible qui détruisait mon logis. On ne pouvait pas dire que c’était ce que j’avais souhaité.] p
Pourtant, l’homme est bouleversé par les « bisou bisou » de son compagnon aviaire : [On accepte plus facilement de vivre en tyrannie quand on se sent aimé. Que m’importait de ne pas avoir le droit de recevoir ? Les baisers de Jo m’avaient ému au-delà de ce que les lèvres les plus pulpeuses de mes amies auraient pu m‘inspirer.] p. 89 La question du sexe de l’oiseau qui ne pourra se révéler qu’à ses quinze ans est l’occasion pour Alban de digresser sur l’ambiguïté des genres : [Au fond, cela me plaisait de ne pas en avoir le cœur net. Jo était un prénom épicène et laissait libre cours à toute supputation, son indifférenciation sexuelle m’enchantait. Je m’y retrouvais.] p.94
Dans ce huis-clos de l’homme de radio martyrisé par son gris du Gabon, la route sera encore longue mais riche d’enseignement. Métaphore drôle et grinçante sur l’amour, la solitude et la domination, L’adolescence du perroquet explore la parentalité, l’éducation et la difficulté de laisser grandir.
Les relations humaines ne sont pas une mince affaire. Amélie Nothomb l’illustre d’une élégante manière !




