LE FRANÇAIS ET VOUS : RESSOURCES POUR PROFESSEURS , ACTUALITÉS CULTURELLES , JEUX ET EXERCICES LUDIQUES
L’impossible retour d'Amélie Nothomb - sortie janvier 2026 chez Livre de poche
Post cover

Le trente troisième roman d’Amélie Nothomb, L’impossible retour, prend la forme d’un récit de voyage au Japon avec une amie photographe (personnage probablement fictif), Pep Beni, pleine de peps, la compagne de voyage idéale grâce à laquelle Amélie ne tombe pas dans la mélancolie.


PARTAGER:

Le Japon est l’un des moteurs de l’écriture d’Amélie Nothomb depuis Stupeur et tremblements1 et, entre les lignes de ce carnet de voyage agréable à lire, on est sensible au retour dans ce pays qu’elle aime et qui l’a vu grandir. [C’est mon pays préféré au monde, ma terre sacrée. La simple évocation de son nom suffit à me mettre en transe. Un tel amour ne me donne aucune compétence particulière et m’enlève  tout droit à l’erreur.] p.16 Ainsi, la guide de Pep sur le sol nippon trouve-t-elle « effrayant de jouer ce rôle au Japon. »

Au-delà du Japon, on est frappés par l’équilibre entre les souvenirs de lieux et les sentiments intimes que ce voyage provoque.

Des lieux tels que le Ryoan-ji à Kyoto où Amélie se dit « bombardée d’émotions sans domicile fixe. »[Le temple zen par excellence.][…][le sommet de l’esthétique shibui, que l’on pourrait traduire par « âpre ». Cette âpreté aspire à l’invisible, au rugueux, à ce qui s’insère dans la nature sans sauter aux yeux.] p.41 Ou encore le Kinkaku-ji, Le Pavillon d’or2 :[le moine de Mishima a raison, dit-elle, il faut y mettre le feu.] […][nous sommes deux à vouloir incendier ce temple, vaincues par cet excès de beauté.] p 50

Puis la petite ville de province, Nara, leur offre le Todai-ji : [Le temple escalade les contreforts de la montagne, nous nous élevons avec lui. La grimpette nous agrandit, nous tutoyons les déités, qui nous répondent de bonne grâce.] p.56 Un autre lieu, le temple des cloches qu’elle avait visité, comme un « pèlerinage » en 1989 avec son père ramène Amélie au souvenir de son départ du Japon : [Cette appellation (pèlerinage) le dit bien, nous étions en 1989 sur les traces de 1972 : c’était une équipée dédiée à la nostalgie, vertu cardinale de mon père dont j’ai hérité à cent pour cent.] p.58

On suit ainsi la remontée d’une mémoire d’enfant à travers les lieux d’un pays retrouvé. La présence discrète du père est cependant persistante et traverse l’ensemble du récit.

Leur visite à Tokyo sera ensuite l’occasion de faire resurgir des souvenirs quand elle a tenté d’y faire sa vie jeune adulte : [J’ai habité Tokyo de l’âge de vingt et un ans à l’âge de vingt-trois ans. J’y ai vécu des événements aussi fondateurs qu’une première relation amoureuse importante et une première expérience professionnelle.] p.67

La mélancolie de ce retour au pays du Soleil Levant est allégée cependant par des scènes burlesques et des quiproquos. Ainsi, les allergies de Pep sont-elles incompatibles avec les chambres confinés des hôtels nippons, donnant lieu à des scènes cocasses. Tandis que la nouvelle chambre qu’on lui propose se révèle moins bien que la première :

[-Il se fout de moi ! Jamais je ne logerai dans ce taudis.

Ce que je traduis ainsi :

-Mon amie trouvait plus de charme à la chambre que vous lui aviez attribuée. Pourriez-vous, je vous prie, nous en montrer une autre.] p.46

Et lorsqu’Amélie doit attendre son tour pour satisfaire l’un des besoins les plus élémentaires, elle se refuse à utiliser les toilettes libres des hommes : [Dire qu’il y a vingt minutes j’étais au sommet de l’extase zen et qu’à présent je ne suis plus qu’une vessie torturée par la dimension japonaise de mon éducation.] p.103

Les bains (très) chauds tokyoïtes, qui font tourner la tête, donnent lieu, eux aussi, à des quiproquos cocasses :

 [- Votre amie est déjà ivre, déclare le portier d’un ton très gêné.

- Non, répond Pep, elle n’a pas l’habitude de se laver.] p.116

Le Café des lapins, quant à lui, inspire de drôles d’idées : [grand de trente mètres carrés, (il) contient une quarantaine de Jeannot3. Cette supériorité numérique me donne l’impression que je vais me transformer en carotte.] p.13

L’impossible retour est un récit à la fois personnel et lucide, intime et nostalgique, mais aussi, évidemment -c’est Amélie Nothomb !- un récit raconté avec beaucoup d’humour et d’auto-dérision, au travers d’une écriture toujours aussi fluide et d’un style toujours aussi prenant. On ne s’en lasse pas !

Embarquez-vous donc sans a-priori pour ce voyage au Japon !

 


 

 


CATÉGORIES
lesson_listing

Inscrivez-vous à la Lettre d’informations

Recevez tous les mois nos coups de coeur culturels et nos exercices ludiques pour apprendre le français avec Le Français et Vous.