Littérature
moi, Jules César Scénario : Alfred de Montesquiou Dessin : Névil Couleurs : Vérane Otero - Sortie 10 avril 202526/01/2026
Les figures majeures de l’histoire inspirent régulièrement des biopics aux auteurs du 9e art, toutes époques confondues. Et quel personnage est plus représentatif et narrativement inépuisable que Jules César ?
Vous le savez certainement, César ne se limite pas à la caricature mise en scène dans Astérix. Il incarne le pendant romain d’Alexandre le Grand. Or, tout personnage fabuleux, quelle que soit la légende dont il se voit auréolé, a été une personne de chair et de sang. César invite donc le lecteur à suivre le parcours d’un homme. Pour commencer, ses origines étant incertaines en dehors de son appartenance à une famille patricienne mineure, les auteurs le font naître dans Suburre, quartier mal famé de Rome. Il s’agit d’un choix discutable mais pertinent car ce sont bien les épreuves qui forgeront le futur conquérant. A l’heure où on ne cesse de brandir la résilience comme valeur cardinale, le jeune Caius s’illustre par cette capacité à affronter l’adversité. Il faut dire que son époque n’a rien de tendre et ne fait pas de cadeau.
Nous suivons César de son enfance à sa mort. Le lecteur passe ainsi d’épisodes célèbres, comme les batailles contre les Gaulois, à d’autres moins connus, telles les conquêtes militaires du jeune César en Asie Mineure. La période de formation du jeune homme est également mise en avant. Un rappel bienvenu dans la mesure où la jeunesse du grand homme n’est quasiment jamais mise en scène dans les péplums. On y rencontre en effet toujours un César adulte voire d’âge mûr.
Les amours du grand homme ne sont pas en reste. Nous découvrons des personnages féminins forts. Il faut citer Servilia, mère du Brutus qui assassinera César. Ironiquement, Servilia était la maîtresse de César et l’est restée jusqu’à la mort de ce dernier. Cléopâtre est bien sûr présente mais déjà très connue du grand public. Le récit ne néglige ni l’aspect sentimental ni les chroniques militaires -et le quotidien des soldats ! Il accorde en revanche peu de place aux intrigues politiques. Il s’agit d’un choix narratif qui fonctionne même si on aurait apprécié d’en voir davantage, notamment les rapports entre César, Marc Antoine et l’orateur Cicéron.
Quant au dessin, il n’égale en rien le faste d’un Murena ou la splendeur des Aigles de Rome. Il sert l’histoire sans surcharge ni expressionnisme. A cet égard, la scène de la mise à mort de César joue la sobriété. Peu chorégraphiée, à l’inverse de la version de la série de HB, elle conclut sobrement le récit. Voilà donc la vie du conquérant, du soldat, du mari et du patricien. On ressort de cette lecture riche du sentiment de mieux connaître César. On appréhende ainsi un peu mieux une figure illustre qui était aussi un homme. C’est ainsi que l’album se clôt, sur une page présentant les différents protagonistes puis sur d’abondantes notes historiques que les curieux pourront compulser. Encore une BD qui témoigne de l’intérêt des auteurs et du public pour la petite et la grande histoire.




