Littérature
Tout le monde aime Clara. De David Foenkinos – Editions Gallimard, Paris, 2025, 193 Pages11/09/2025
Le nouveau roman de David Foenkinos, un auteur que nous admirons1, nous interpelle. Nous devinons qu’après Charlotte, l’histoire va nous conduire sur les pas de Clara, un nouveau personnage féminin donc. Ici, raconté au présent. Qui peut bien être cette Clara pour que tout le monde l’aime ? Un personnage médiatique ? Serait-elle chanteuse ? Une influenceuse d’aujourd’hui ? Une actrice ? Une DJ ? … Notre curiosité éveillée, il ne nous reste plus qu’à accepter l’invitation de David Foenkinos et à ouvrir Tout le monde aime Clara.
Dès la troisième ligne, une première information nous est livrée. [Alexis Koskas est probablement un homme de cinquante ans. Il lui arrive de se sentir vieux, Il lui arrive de se sentir jeune. L’hésitation est le slogan de ses jours. Il a une fille de dix-sept ans qui s’appelle Clara.] Quelques lignes plus loin, toujours à la première page du roman, nous découvrons que [il y a quelques mois, l’adolescente a été victime d’un grave accident. Rien n’est plus pareil pour Alexis. (…) C’est dans ce contexte qu’il s’est inscrit à un atelier d’écriture. Jusqu’à présent, écrire lui paraissait une activité improbable, réservée aux dépressifs et aux illuminés. Il aimait plutôt son travail, au sein d’une banque privée. Alexis était l’un des conseillers financiers dont on loue les qualités de gestionnaire et même les prouesses. Le drame a réveillé sa part artistique. ] P11 Alors que nous nous apprêtions à suivre Clara, David Foenkinos nous sert d’entrée Alexis, son père. Un homme au bord de l’abîme depuis l’accident de sa fille, qui cherchera un dérivatif à ses tourments dans cet atelier d’écriture d’Eric Duprez, un écrivain raté, aussi cabossé que lui et en panne de création depuis une éternité.
Dans un premier temps, Foenkinos s’attarde à nous conter la vie d’Alexis d’avant l’accident, d’avant Clara même. Au soir historique de sa rencontre avec Marie la future maman de Clara, il nous renvoie à un autre accident : [Les policiers et les pompiers avaient barré la route, la foule agglutinée semblait sous le choc ; certains pleuraient déjà. Alexis et Marie finirent par se prendre la main, sans trop savoir pourquoi, sûrement sous l’effet de l’émotion collective ; sûrement pour s’avouer aussi qu’ils étaient en train de tomber amoureux. (…) la naissance de leur histoire avait eu lieu au moment précis où la voiture de Lady Di avait percuté un des piliers du pont de l’Alma] P21
L’arrivée tant désirée de la petite Clara va combler le couple. Clara est alors une enfant princesse adorée qui remplit de bonheur Alexis et Marie. Puis, le couple n’échappera pas au poids du temps et finira par sombrer. Clara devenue adolescente restera tout aussi adorable et s’emploiera à faire le trait-d’union entre ses parents, désormais séparés et, de leur côté, Alexis et Marie feront tout pour que le bonheur de leur petite demeure : [Régulièrement, il fallait accompagner Clara à toutes sortes de concerts. Si Alexis ne consentait pas encore à la laisser seule, il lui arrivait d’attendre dans un bar en face de la salle.] P38
C’est le concert de Bjork auquel père et fille devaient assister qui va faire basculer la vie d’Alexis et de Marie dans l’horreur. Une urgence professionnelle contraint Alexis d’accepter que sa fille s’y rende dans la voiture conduite par le père de Lola, sa meilleure amie. C’est au retour de cette soirée que le drame surgit : [Il aurait pu pleuvoir, c’eut été une circonstance atténuante, mais non, la chaussée était parfaitement sèche. Le père de Lola aurait pu être distrait par les filles, la musique, l’euphorie, mais là non plus, ce ne fut pas le cas. La voiture avait été percutée de plein fouet sur sa droite par une camionnette. L’impact, d’une immense violence, se fit au niveau du siège passager de Clara.] P69
Clara survivra mais la sortie du coma qui emprisonne leur fille mettra à l’épreuve, jour après jour, Alexis et Marie. Face aux terribles circonstances qui les frappent, les parents finissent naturellement par les affronter ensemble : [Certains jours étaient plus difficiles que d’autres. Le printemps arrivait et rien ne se passait. Le couple connaissait l’hôpital par cœur, parlait avec les autres familles, achetait des journaux sans les lire, prenait des cafés sans les boires. Ils voulaient être le plus présents possible auprès de Clara. Quand elle se réveillerait, elle devait les voir en premier.] P92
Arrivé à ce stade, il se peut que le lecteur, après avoir parcouru la moitié du roman qui compte 193 pages, soit quelque peu décontenancé. S’il s’attendait à suivre les aventures ou tout au moins la vie de cette Clara annoncée comme ayant sûrement des milliers de fans (ou de followers), elle n’a été jusqu’ici qu’un personnage secondaire et la voilà, finalement, qui git dans une chambre d’hôpital, sans trop d’espoir de guérison. On a, par conséquent, du mal à imaginer par quel miracle, l’héroïne de Foenkinos pourrait attirer tout l’amour promis par le titre de la couverture.
C’est justement là que l’immense talent de conteur de David Foenkinos va opérer. Lorsque surviendra enfin, le réveil de Clara, les choses ne seront plus pareilles. La jeune-fille, revenue après cette expérience de mort imminente (EMI) parmi les siens, va avoir un effet renversant auprès de son entourage. Même l’apathique Eric Duprez, l’écrivain en panne d’écriture et l’un des personnages clés du roman, va être atteint par l’effet Clara.
Tout le monde aime Clara est une histoire surprenante. David Foenkinos nous livre ici une histoire funambule entre la réalité et le surnaturel. Ses 193 pages vous emporteront, à coup sûr, avec délicatesse2 et humanité.




