Cinéma
L’étranger de François Ozon (adaptation du roman L’étranger d’Albert Camus) - sortie octobre 202521/11/2025
Après la seule version connue de L’étranger, celle de Luchino Visconti en 1967 1, une nouvelle adaptation du roman culte d’Albert Camus paru en 1942 nous est proposée par le réalisateur François Ozon. Le film ne commence pas, contrairement au roman, par la célèbre phrase « Aujourd’hui, maman est morte » mais par « J’ai tué un Arabe. » C’est que le film se concentre d’emblée et s’articule sur ce pivot de l’histoire.
Nous sommes à Alger en 1938. Meursault (Benjamin Voisin), un jeune employé modeste d’une trentaine d’années, enterre sa mère sans manifester la moindre émotion. Ce qui lui sera, plus tard reproché. Le lendemain, il entame une liaison avec une jeune collègue, Marie (Rebecca Marder). Nihiliste dans l’âme, Meursault ne semble pas apte à l’expression des sentiments. « Je ne sais pas » reste son maître mot dans ce domaine aussi. Puis son voisin Raymond (Pierre Lottin) l’entraîne dans une aventure de bas-étage qui va le conduire à commettre un meurtre sur une plage brûlante : il tue Moussa (Abderrahmane Dehkani), le frère de Djemila (Hajar Bouzaouit) que Raymond frappait pour la forcer à se prostituer. Lors de son procès, le jeune homme ne nie pas ce meurtre qu’il met sur le compte du soleil aveuglant… Et quand la sentence tombera, Meursault la prendra comme la sentence universelle -c’est bien le cas, s’agissant de la mort- mais réagira violemment- le monologue de Benjamin Voisin est époustouflant- aux prières de l’aumônier de la prison (Swann Arlaud) qu’il juge inutiles.
Ozon demeure fidèle au texte de Camus et à l’histoire : le film opte pour le noir et blanc, comme des images d’archives d’une époque révolue et nous offre une représentation de la ville d’Alger colonisée. Et le dernier plan du film sur la jeune Djemila qui se recueille sur la tombe de son frère fait écho à la phrase introductive « J’ai tué un Arabe ». Nous rappelant, si besoin était, que cette histoire s’inscrit dans un cadre colonial.
Avec son film L’étranger, François Ozon fait du classique d’Albert Camus une relecture brillante et contemporaine qui s’adresse aux trois générations à cheval entre les XXe et XXIe siècles. Ne manquez pas cette nouvelle adaptation cinématographique d’un roman qui « pousse à se questionner sur notre existence »2 !



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