Cinéma

Le gamin au vélo

Une belle photo qui attire notre regard. Une balade à vélo au bord de l’eau par temps clair. Le regard complice échangé entre un garçon et une jeune femme qui lui lance un grand sourire. Ils pédalent, tournés l'un vers l'autre. L'instant témoigne de la communication existante entre eux. L’affiche du Gamin au vélo, Grand Prix du Jury du dernier Festival de Cannes respire sérénité et joie de vivre.

Le gamin au vélo, c’est Cyril (époustouflant Thomas Dorcet). Le film débute bien avant cette scène, dans un centre d’accueil pour enfants. Sous le regard d'un éducateur, Cyril téléphone. Le numéro appelé n’est plus attribué. Cyril cherche désespérément son père. Celui-ci aurait-il déménagé et l’aurait-il confié au centre d’accueil social comme ils le prétendent ? Cyril refuse ce qui semble devenir une évidence. Cyril est seul contre tous à y croire encore. Muré dans ses certitudes, il ne pense qu’à une chose : mener sa propre recherche quitte à multiplier les fugues pour y parvenir.

Au cours de l’un de ces moments arrachés au quotidien pour parcourir la ville et poursuivre sa quête, il tombe (littéralement) sur Samantha (éblouissante Cécile de France) qui tient un salon de coiffure. Commence alors entre l’enfant, tout en colère, et la jeune femme, tout en patience, une relation compliquée mais où la tendresse et l’amour de Samantha finiront par triompher.

Jean-Pierre et Luc Dardenne, portes-drapeaux du cinéma belge, ont un parcours à Cannes qui ne cesse de se bonifier depuis leur Palme d’or obtenue avec Rosetta en 1999.  
Leur filmographie se positionne résolument dans le cinéma d’auteur, le cinéma d’Art et d’essai comme on l’appelle en France. Leur marque de fabrique unanimement reconnue s’apparente à celle d’un Ken Loach. La différence étant que, contrairement au cinéaste britannique qui, à travers ses personnages, entreprend régulièrement de nous conter de grands épisodes historiques (La lutte des Irlandais face à l’occupation anglaise, les Brigades Internationales dans la guerre d’Espagne, l’imbroglio Irakien…), les frères Dardenne s’en tiennent à des histoires avant tout individuelles bien qu’elles soient totalement insérées dans une réalité bien déterminée socialement.

Pourquoi Cyril a-t-il été abandonné ? Quelles sont les motivations qui ont conduit son père à agir de la sorte ? Un film des frères Dardenne est synonyme de rigueur. L’histoire racontée à hauteur d’homme (ici plutôt de femme et d’enfant), est portée par des personnages aux prises avec leurs propres difficultés. De l’entame du film à sa conclusion, les Dardenne nous invitent à suivre un itinéraire qui, au-delà de l’individualité présentée, acquiert un caractère exemplaire compte tenu des réalités sociales dont il est issu.

La maîtrise tant du scénario que de la direction d’acteurs explique le choix du Jury de Cannes et permet aux grands maîtres belges de nous offrir un film optimiste où, comme le prouve l’affiche du Gamin au vélo, l’amour et la compréhension finissent par l’emporter.

Oui, Cyril et Samantha y respirent enfin le bonheur. Laissons-les à leur joie d’avoir réussi à traverser tant d’épreuves, ils le méritent.

 

© Alexandre Garcia – Centre International d’Antibes

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