Cinéma

Un beau matin de Mia Hansen-Love - Sortie le 5 octobre 2022

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Présenté à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2022 , le nouveau long métrage de Mia Hansen-Løve, Un beau matin, est une autofiction déchirante où l'euthanasie à peine évoquée se fait aussitôt oublier. L'autrice du Père de mes enfants (2009) et de l'Avenir (2016) nous livre, une nouvelle fois, une histoire bien sentie, bien menée, qui ne laisse personne insensible.

Novembre 2022

 

Sandra, jeune mère célibataire, accompagne son père Georg qui perd peu à peu la raison. Pascal Grégory nous livre une performance remarquable, focalisée sur la voix et le rapport entre la pensée et le langage. Cet ancien professeur de philosophie est en effet atteint d'une maladie dégénérative, il déraille et on le suit ainsi, perdu chez lui, puis baladé entre hôpital et plusieurs EHPAD, des lieux que l'on voit peu au cinéma. Lea Seydoux est troublante dans cet accompagnement filial et la réalisatrice pose un regard très fin sur cette situation douloureuse, sans colère ni pitié, certainement à ce point ressentie par son expérience propre.

Mêlée à ce chagrin, Sandra vit en parallèle une passion naissante avec un ancien amoureux Clément, un homme marié. Le film choisit alors d'assumer la trivialité de l'amour illégitime en ne se privant pas  des clichés attendus : les rendez-vous cachés, la passion sexuelle, la lâcheté. Le personnage de Melvil Poupaud, astrophysicien, est vu comme une espèce d'Indiana Jones, un fantasme érotique qui se développe en même temps que s'annonce le deuil du père. C'est ce mouvement entre « Eros et Thanatos »qui va structurer le film et c'est dans sa partie la plus endeuillée que ses personnages seront les plus vivants. En particulier avec Nicole Garcia, dans le rôle de la mère affichant un humour et une brusquerie qui n'enlèvent rien au respect de la gravité du moment.

Si les sentiments de ses personnages sont complexes, la mise en scène de la réalisatrice est simple et le montage du film est fluide. Les scènes sont courtes et impriment des images qui restent : le visage du père, ses livres dans un appartement vide, une table de Noël entourée de gens heureux ou malheureux. Reste aussi la lumière, celle de la rue le matin, celle de l'hôpital le soir et celle d'un beau matin...

 Le public des Ciné - Rencontres du Festival de Prades 2022[1] avait apprécié, lors de sa rencontre avec Mia Hansen-Løve, les commentaires sincères et émouvants de ses huit longs métrages. Elle y annonçait son dernier, Un beau matin, un film juste et délicat qui doit beaucoup à la personnalité de sa réalisatrice et qui n'a pas déçu notre attente.

 

© Sylviane Colomer – Centre International d'Antibes

 

[1]Dédié aux films d'auteurs, le festival des Ciné-Rencontres de Prades se tient chaque été depuis 1959 à Prades et en Conflent (Pyrénées orientales). Cette année, les rencontres et débats avec  Jean-Pierre Dardenne étaient animés par Louis Héliot, responsable de la programmation cinéma du Centre Wallonie-Bruxelles/Paris. Ceux avec Mia Hansen-Løve, par Bernard Payen, responsable de programmation à la Cinémathèque française à Paris.

 

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