Littérature

Castaka Scénario : Alejandro Jodorowsky Dessin : Das Pastoras Les humanoïdes associés, 2022

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On ne présente plus Jodorowsky, à la fois cinéaste, scénariste de bande dessinée et écrivain. Afin de le situer, sachez qu’il est à l’origine de deux sagas de science-fiction ayant marqué de leur empreinte le neuvième art : L’Incal et Les Métabarons. Il s’agit, quant au second, d’une série de 8 volumes, publiées entre 1992 et 2003. Elle s’est déclinée en différents spin off, toujours scénarisés par le créateur de la saga originale. Jodorowsky et Das Pastoras nous livrent ici le prequel des Métabarons. L’album ne s’adresse cependant pas nécessairement aux fans de la série. On peut apprécier pleinement l’histoire sans rien connaître de la saga antérieure. L’album peut même faire office de porte d’entrée dans le récit principal.

Sur une planète isolée faisant partie d’un immense empire galactique, le patriarche des Castaka, illustre famille guerrière, s’apprête à mourir et à transmettre son titre à son gendre, Othon von Salza. A cette occasion, le chef de la caste nous narre les origines de sa dynastie. Dans la mesure où ne sait jamais dans quelle direction peut partir Jodorowsky, capable d’un scénario maîtrisé autant que d’excentricités sans queues ni têtes, on reste une minute dans l’expectative. Mais ici s’impose une histoire au déroulement clair et structuré. Deux clans guerriers, les Castaka et les Amakura, luttent pour leur suprématie. Nous sommes dans une histoire classique baignant dans une atmosphère de space opera et de science-fiction.

Pour apprécier à son juste tire ce prequel, il faut rappeler que Jodorowsky avait eu pour projet d’adapter Dune, le roman de Franck Herbert, dans les années 70. Il était parvenu à rallier bien des talents autour de lui, de Giger aux Pink Floyd en passant par Salvador Dali, et jusqu’à Jean Giraud alias Moebius, immense dessinateur français disparu en 2012. Compte tenu de la vision très personnelle mais parfois discutable que Jodorowsky avait de Dune, il n’est au final pas si regrettable que le projet n’ait pas trouvé de point d’aboutissement. Il en a résulté, pour Jodorowsky, une frustration ainsi qu’une constante source d’inspiration, à telle enseigne qu’on trouve des éléments de ce qu’aurait dû être son film dans de nombreuses œuvres qu’il a créées, à commencer par les Métabarons.

Autant le dire tout de suite, le dessin constitue, comme souvent, le grand point d’accroche d’une bd.  Or la capacité d’attraction de Jodorowsky sur les artistes a toujours été telle qu’il a su s’adjoindre, nous l’avons dit, les services des meilleurs dans ce domaine. Aucune bd qu’il a signée n’a jamais été illustrée que par des talents d’un niveau supérieur, qu’ils soient connus ou inconnus. Cette tradition ne se dément pas, et Das Pastoras, le dessinateur, crée des planches de toute beauté magnifiquement colorisées par ses soins. C’est somptueux. Aussi à l’aise dans  le registre des scènes protocolaires, des paysages bucoliques que dans la bataille rangée hollywoodienne ou l’entraînement martial en espace clos, Das Pastoras délivre des dessins de très haute qualité, à peine moins flamboyants que ceux de l’illustre Gimenez, illustrateur des Métabarons. S’offre à nos yeux l’équivalent graphique de séries Netflix ou Amazon, pas moins. La qualité d’écriture étant également présente, on ne saurait bouder la réédition de bijou. Les artistes latins ou latino-américains ne lésinent pas sur la couleur, pour le plus grand plaisir du lecteur.

La bande dessinée a son Game of thrones depuis déjà 20 ou 30 ans, et quand le produit a fait ses preuves, le public en redemande. Ne vous privez pas.

 

 

© Olivier Dalmasso – Centre International d'Antibes

 

 

 

 

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