Edito du mois

De crise en crise, retour sur le quinquennat d’Emmanuel Macron.

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Cinq ans après l’élection d'Emmanuel Macron au printemps 2017, voici de nouveau la France devant le choix le plus important de sa vie politique : désigner l’homme ou la femme qui va occuper le palais de l’Elysée pour les cinq ans à venir.

Le moins que l’on puisse dire c’est que le quinquennat d’Emmanuel Macron n’aura pas été de tout repos. Ce fut d’abord le vaste mouvement social des gilets jaunes apparu en novembre 2018, un an et demi après son élection. Un mouvement inédit, spontané, organisé en dehors de tout cadre institutionnel politique ou syndical car porté par les réseaux sociaux. Il s’étendra jusqu’à l’été 2019 puis reprendra à l’automne pour marquer le jour de l’anniversaire du mouvement.

C’est une autre protestation qui prend le relai le 5 décembre 2019 : celle-ci gérée par les syndicats en opposition à la réforme des retraites voulue par le gouvernement, va se dérouler jusqu’au moment où la pandémie interviendra. L’examen de la loi sera interrompu par le confinement général dans lequel le pays plonge à compter du 17 mars.

La lutte contre ce mal mystérieux, venu d’on ne sait où, va mobiliser le gouvernement pendant deux années pleines, de mars 2020 à mars 2022, qui va intervenir sur deux tableaux. Il s’agissait dans un premier temps d’enrayer la maladie avec les moyens dont on disposait dans l’urgence et ceux qui pouvaient être mis en œuvre plus ou moins rapidement, tout en protégeant le tissu économique.

Le premier volet de l’action des pouvoirs publics va concerner prioritairement les mesures sanitaires de protection de la population : gestes barrière, désinfection, jauges, fermetures d’entreprises recevant du public et confinements interviennent aussitôt. Viendront ensuite l’approvisionnement en masques, en gel, les tests puis l’organisation des premiers vaccins à administrer en masse et, pour finir, les laisser-passer sous la forme du passe vaccinal.

Après la santé de la population et notamment celle des plus fragiles, il fallait s’occuper de la santé de l’économie française. Le second volet était axé sur sa préservation à tout prix ou "quoi qu’il en coûte" selon la phrase restée célèbre prononcée par le président Macron à la télévision le jeudi 13 mars annonçant la gravité de la menace et instaurant le premier confinement total pour le mardi suivant. Le plan pour soutenir les entreprises fut massif, parmi les aides plus spectaculaires et efficaces on retiendra les "fonds de solidarité" destinées aux entreprises impactées par les mesures sanitaires, la possibilité de contracter auprès de leurs banques des "prêts garantis par l’Etat" (PGE), l'incitation ou obligation faites aux entreprises d’instaurer le télétravail, l'autorisation accordée aux entreprises de recourir à "l’activité partielle" afin de préserver les emplois…  

Et nous arrivons en ce début d’année 2022.  Alors que les indicateurs montraient que l’on pouvait espérer une sortie de la pandémie (la fin des restrictions sanitaires était programmée pour le 14 mars) un autre cataclysme allait s’abattre sur l’Europe. Poutine, fort de la supériorité de son armée, déclenchait la barbarie sur son voisin, jetant sur les routes de l’exil des millions d’Ukrainiens. Nous voici à nouveau pris dans les turbulences d’une crise.


En ce mois d'avril, alors que les Français s’apprêtent à aller aux urnes , une constatation s’impose : la pandémie et ses convulsions, tout comme la guerre voulue par la Russie et ses conséquences géopolitiques et humaines ont trouvé en l’Union Européenne un bloc solidaire qui a réussi à prendre à bras le corps les problèmes que ces deux crises engendraient.

Ainsi, pour la pandémie, l’UE a tout de suite accepté que ses membres recouvrent le droit de surveiller leurs frontières, d’imposer les restrictions sanitaires qu’ils jugeraient utiles, et de creuser des déficits publics, ceci en contradiction avec ses propres règles financières régies par le pacte de stabilité budgétaire. Elle a agi pour passer des commandes de masques, de respirateurs et de vaccins auprès des laboratoires internationaux.  Ainsi, a été vérifié l’adage " Ensemble on est plus fort". L’UE grâce au déploiement de RescUE, créé en 2019 pour faire face aux éventuelles catastrophes sanitaires a pu aider ses Etats membres. Cette politique de protection sanitaire a abouti à l’instauration d’un passe sanitaire européen valable et partagé par les 27.  Elle a été complétée par un volet d’aide économique aux pays les plus fragilisés par le Covid. Les divers plans pour leur venir en aide a permis de réduire l’impact de la pandémie qui aurait pu entraîner une déflagration sur l’économie européenne. Parmi eux, le Plan de relance de 750 milliards d’euros a été un acte fondateur d’une nouvelle gestion de la politique budgétaire européenne puisqu’à travers lui, les pays du nord de l’Europe acceptaient de mutualiser la dette contractée pour aider ceux du sud plus impactés.

Si la pandémie a démontré le rôle indispensable que revêt l’UE, l’agression de l’Ukraine par la Russie l’a pleinement confirmé. Les Etats européens se sont de nouveau montrés unis. Portés par ses dirigeants, Ursula von der Leyen et Jacques Michel, et par le président français puisque la France assure, depuis janvier et jusqu’en juin, la présidence du Conseil de l’Union européenne, les Etats ont rapidement réagi pour mettre au banc des nations la Russie tout en portant secours à l’Ukraine et aux millions de réfugiés qu’elle accueille.

Ce qui se joue en France avec l’élection présidentielle dépasse les enjeux hexagonaux. L’élection qui se déroulera les 10 et 24 avril 2022 place l’UE à la croisée des chemins. Il s’agit de savoir si les Français vont reconduire un leader européiste convaincu qui entend œuvrer pour que l’Europe assure des fonctions stratégiques ou bien si on doit s’attendre à un détricotage de l’UE, voire à un Frexit. Le pays risque de porter à sa tête Marine Le Pen, Eric Zemmour ou Jean-Luc Mélenchon tous trois profondément anti-européens et tous trois prêts à partir à l’assaut des traités européens au nom de la souveraineté de la France.

 

© Alexandre Garcia- Centre International d’Antibes 

 Note : crédit photo ministère de l'intérieur

 

 

 

 

 

 

 

 

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