Musique

Enfantillages 4 chez (Load, Sony Music) - sorti en juin 2021

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Aldebert fait partie des rares artistes qui ont su trouver leur public aussi bien auprès des enfants que des plus grands. Né à Paris en 1973, Guillaume Aldebert quitte très vite la capitale pour grandir à Besançon, en Bourgogne-Franche-Comté. Ses parents lui font découvrir de grands noms de la chanson française tels que Georges Brassens ou Jacques Brel. D’abord guitariste et fan de rock, il sort son premier album en 1999. Un an après, "Sur place ou à emporter", sera son deuxième album ; puis il nous propose en 2004 un troisième recueil de titres, "L’année du singe", qui confirme son talent et le hisse parmi les chanteurs les plus populaires.

Cette notoriété le conduira très vite à se produire dans de grandes salles de concert telles que l’Olympia et à être à l’affiche de nombreux festivals de musique francophones (les Francofolies, Tous en Sons, …) Sensible aux questions de société qui agitent notre époque, il n’hésite pas à prendre position sur des thèmes clivants non sans tact et sans se départir de cette dose d’humour qui le caractérise.

Enfantillages 4 s’inscrit dans la lignée des albums du même nom. Ce recueil nous invite à réfléchir à l’homoparentalité et au réchauffement climatique ou encore à nous interroger sur les addictions numériques. De nombreux artistes de renom (Thomas Dutronc, Alain Souchon, Calogero, Yannick Noah, …) ont tenu d’ailleurs à interpréter des morceaux avec le Bisontin[1].

Le Grand voyage prend pour point de départ une question aux accents métaphysiques que tous les parents de jeunes enfants connaissent bien

Papa dis-moi qui j'étais avant d'arriver sur Terre ?/Un personnage de conte de fée, une esquisse, un courant d'air ?

Pour Aldebert, qui est aussi le père du jeune garçon interprétant la chanson avec lui, l’être humain est simplement une espèce vivante passagère qui a le privilège de créer des œuvres d’art.

Écrans, rendez-nous nos parents ! est un morceau qui aborde, quant à lui, l’épineux problème de l’addiction aux écrans en tous genres. Les parents doivent jouer un rôle essentiel pour que leur progéniture ne soit pas dépendante des tablettes et autres smartphones. Mais la singularité de la démarche du chanteur est de nous montrer que ce sont les adultes eux-mêmes qui sont victimes des géants du web. La vie familiale se trouve ainsi perturbée par un temps de présence sur les réseaux sociaux sans cesse plus grand.

Écrans, rendez-nous nos parents/Lâchez-leur la pomme merci, ça leur fera des vacances/Écrans, débranchez nos parents/Coupez-leur donc le wifi et on fera connaissance

En abordant la thématique de l’homoparentalité, Double papa est un titre qui reste dans l’air du temps. Une nouvelle fois, en duo avec Calogero, l’artiste parvient à trouver le ton juste pour être crédible à la fois auprès des adultes et auprès des enfants. Aldebert évoque dans le clip officiel l’universalité de la notion de « famille ». Comme à son habitude, il exploite toutes les richesses de la langue française pour défendre sa conviction : les moqueries et le mépris des opposants à l’homoparentalité ne pourront jamais faire échec à l’amour entre deux êtres.

Railleries et dédain, tout ça va de pair/Rien ne nous atteint quand la tendresse opère/Laisse le feu des débats attiser les problèmes/Devant tant de joie, il s'éteint de lui-même

« De pair[2] », « hors-pair[3] » ou encore « paire » sont des expressions homophones qu’on retrouve dans les paroles et qui font bien sûr référence à la figure du « père ». Pour ne rien gâcher, en ce qui concerne l’interprétation, le duo formé avec Calogero fonctionne à merveille, sans doute parce que les deux artistes sont des amis de longue date.

Aldebert parvient donc, dans ce nouvel opus, à susciter l’adhésion des adultes et à toucher les plus jeunes. Sans choquer quiconque et sans tomber dans cette sensiblerie qui caractérise bon nombre de propos actuels, le chanteur relève le défi de traiter de thèmes sociétaux avec brio et humour.

Évoquant même les questions environnementales (l’Australien Peter Garret, ex-leader du groupe Midnight Oil et qui fut ministre de l’écologie, est présent dans un titre de l’album), Enfantillages 4 est une réussite tant par ses mélodies que par ses textes.

 

© Jean-Luc Pichon – Centre International d'Antibes

Notes

[1] Bisontin (nom masc.) : habitant de Besançon

[2] Aller de pair : aller bien ensemble. « L’ignorance et la violence vont souvent de pair »

[3] Hors-pair : exceptionnel, sans égal. « C’est un escroc hors-pair »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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