Cinéma

Illusions perdues de Xavier Giannoli - sortie 20 octobre 2021

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Une plongée dans la société parisienne en pleine mutation c’est ce qu’Honoré de Balzac a voulu nous laisser dans ses écrits et c’est ce qu’admirablement, le réalisateur Xavier Giannoli a réussi à transposer en images. Il éclaire grandement le spectateur sur la société d’alors, déchirée entre la vision du monde des conservateurs et celle des libéraux. Nous assistons à l’apparition des nouveaux faiseurs d’information qui manipulent l’opinion publique et inondent le tout Paris de fausses nouvelles. Nous sommes témoins du basculement de la société parisienne fascinée par l’argent. Bref, nous observons avec curiosité et une certaine stupeur, l’éclosion de nombre de tares de notre société actuelle. Illusions perdues est un beau film d’époque qui éclaire notre propre époque.

Novembre 2021

Le roman d’Honoré de Balzac comporte trois parties dont celle-ci, magistralement portée à l’écran par Xavier Giannoli, qui s’intitule « Un grand homme de Province à Paris ». Le grand homme est le jeune Lucien (Benjamin Voisin), un poète d’Angoulême qui, dès qu’il le peut, abandonne l’imprimerie où il travaille pour aller hors de la ville trouver l’inspiration dans les prés fleuris. Là, vient souvent le retrouver en cachette de son mari, sa maîtresse et admiratrice, Madame de Bargeton (Cécile de France). Cependant, cette vie bucolique ne satisfait pas longtemps Lucien et Louise. Bien vite, les aspirations de reconnaissance littéraire pour lui, et de liberté afin de vivre son amour avec son jeune amant pour elle, les poussent à fuir la vie étriquée de province pour les promesses du grand Paris.

Mais ce Paris fascinant et effrayant ne se donne pas si facilement, surtout à un jeune provincial. Le voilà rasant les murs de peur d’être écrasé par la multitude de carrioles traînées par des chevaux lancés au galop. Le voici peu après irritant, d’entrée, la bonne société aristocratique en s’obstinant à vouloir être nommé Lucien de Rubempré, patronyme de sa mère, alors qu’en vérité, il se doit de porter le nom roturier de son père, Chardon. Ceci et des maladresses rédhibitoires entre autres vestimentaires propres à contredire le proverbe « l’habit ne fait pas le moine », font de Lucien un usurpateur ridicule. Il se verra irrémédiablement écarté du réseau social de la haute aristocratie parisienne dans lequel espérait l’introduire Louise. Elle-même aristocrate de province méconnait les codes sociaux appropriés et prend conscience de ce déplacement social et culturel. Pour continuer à bénéficier du soutien de sa très influente cousine, la marquise d’Espard, elle se résout à quitter son jeune amant encore plus en difficulté qu’elle.

Rejeté par tous, ayant dépensé le pécule dont il disposait pour essayer, en vain, de s’intégrer à cette classe sociale et n’ayant pu faire éditer ses poèmes, Lucien sombre dans la plus grande misère. Devenu serveur dans une gargote, il est réduit à se nourrir des restes trouvés dans les assiettes des clients. C’est ainsi qu’il se rapproche de Lousteau, un habitué à la parole facile qui s’avère être le rédacteur en chef d’un des journaux en vogue. Lousteau est passé maître dans l'art de faire ou défaire réputations et richesses à coup de « canards », ces fausses informations, embellies ou au contraire enlaidies au gré des humeurs, ou bien offertes au plus offrant et rédigées en conséquence.

Et l’effervescence de l’activité théâtrale qui agite la capitale en ce XVIIIe siècle est justement pourvoyeuse d’une forte demande d’articles. Lucien, faute d’avoir réussi en tant que poète  tentera de se faire un nom en tant que journaliste polémiste.

Xavier Giannoli suit alors le parcours de Lucien dans ce milieu en plein essor où tout n’est que mensonges, stratagèmes et manipulation. Il immerge le spectateur dans la vie de la capitale au temps de la Restauration, dans un Paris qui hésite entre royauté et république et où les élites se surpassent dans l’amoralité.

Le film est admirablement servi par tous les acteurs avec une mention spéciale pour le jeune Benjamin Voisin et pour Cécile de France. Cette grande actrice qui peut être si exubérante est, ici, une Louise éteinte après avoir échafaudé à Angoulême des projets enthousiasmants de départ pour la capitale  et avoir vécu des moments intenses de bonheur avec le jeune Lucien. Plus tard, chacune de ses apparitions régulières qui ponctuent le parcours parisien de Lucien affichera la profonde tristesse de ses propres illusions perdues.

 

© Alexandre Garcia – Centre International d'Antibes

 

 

 

 

 


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