Cinéma

Oxygène Scénario : Christie LeBlanc / Réalisation : Alexandre Aja - sortie mai 2021 sur NETFLIX

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Fils du cinéaste français Alexandre Arcady (Le grand pardon), Alexandre Aja réalise des films depuis plusieurs années. On lui doit notamment le remake de très bonne facture de La colline a des yeux, de Wes Craven. Alexandre Aja est par ailleurs l’auteur de Horns, un long-métrage original, au carrefour du fantastique et du parodique, avec Daniel Radcliff dans le rôle principal. Amoureux du film de genre (science-fiction, western, épouvante, space opera...), Alexandre Aja travaille le plus souvent aux Etats-Unis. Ils nous livre cette fois un huis clos soigné - et français !

octobre 2021

Ambiance

Autant le dire tout de suite, Oxygène n’est pas fait pour les claustrophobes. Mélanie Laurent incarne Liz, qui se réveille en sursaut dans un caisson de cryogénisation, en ayant de surcroît perdu une grande partie de sa mémoire. Les premières minutes du film instaurent un malaise palpable. On ignore qui est Liz et on en sait aussi peu que le personnage lui-même. Nous nous retrouvons de ce fait aussi désorientés que l’héroïne, en attente de réponses.

Bien que le rythme initial manque un peu de tonus, le suspense s’installe et nous fait partager les angoisses du personnage. On veut savoir ce qui lui est arrivé. Que fait-elle ici ? Où se trouve-t-elle réellement, et pourquoi ? Les souvenirs vont lui revenir par bribes, et ces dernier s’avéreront cruciaux. Il faut en effet que Liz résolve un problème vital : son caisson perd de l’oxygène, et ses réserves s’amenuisent. Le huis clos se double ainsi d’une course contre la montre aussi prenante qu’anxiogène.

Cinéma de genre

Netflix propose de nombreux films et séries de sciences-fiction, quasiment tous américains, et répartis en deux tendances : le drame situé dans un vaisseau spatial (Away, Another life), où la science-fiction ne joue que le rôle de toile de fond, et la « vraie » science-fiction, moins fréquente. D’une manière générale, il est toujours question d’une équipe ou d’une famille, et donc des dynamiques de groupe et des phénomènes qui les accompagnent. Mais dans le film d’Alexandre Aja, le propos se veut tout autre. Pas de querelle autour du leadership, pas de questions de représentation de la diversité ou de susceptibilités culturelles ou nationales, différences que Netflix cherche toujours à aplanir. Place à la sobriété d’un huis clos à un seul personnage. Les précédents sont peu nombreux au sein du Septième art. On citera Buried, l’histoire d’un homme enterré vivant, un film de 2010 dont s’inspire le scénario d’Oxygène. Cependant, mentionner une référence n’épuise en rien le sens ou l’intérêt d’un film. Les cinéphiles se préoccupent parfois trop de généalogie et qualifient de plagiat une inspiration ou un motif dont nul ne saurait réclamer l’exclusivité. Le cinéma demeure un art vivant où les références s’entrecroisent. Aussi faut-il laisser sa chance au long-métrage d’Alexandre Aja, à plus forte raison quand il s’agit d’une production française sortant des sentiers battus. On regrettera à cet égard le retard systématique des Français en matière de cinéma de genre ou, plus largement, d’audace cinématographique. Sur ce dernier point, force est de reconnaître que les innovations des premiers films de Jean-Pierre Jeunet ou les folies d’un Dupontel restent marginales.

Pourquoi regarder Oxygène ?

Tout d’abord pour le choix du genre : le huis clos a beau n’avoir rien de nouveau en tant que tel, il reste peu fréquent, et les réussites qu’il affiche se comptent sur les doigts de la main.

Ensuite, parce que les incursions des Français dans le domaine de la science-fiction ne sont pas légion. Alexandre Aja a le mérite d’arpenter des terres le plus souvent désertées par la production hexagonale. La proposition du réalisateur,  certes moins ambitieuse que le Interstellar d’un Nolan, en évite cependant les écueils  en termes de contenu comme d’esthétique. Ainsi, on ne trouvera quasiment aucun plan sur les grands espaces intersidéraux, ce qu’on pourrait regretter, mais pas non plus de propos « philosophique » ni de musique grandiloquente. La bande-son sert le récit, sans excès. À titre d’exemple, on citera une exploitation intelligente du Lacrimosa du Requiem de Mozart interprété au piano, ce qui confère une tonalité tragique mais sans surcharge de pathos. Mesure et sobriété, donc : un choix payant, car la réalisation d’ Oxygène, en se resserrant sur un seul personnage inscrit dans un espace clos, va au plus juste et ne s’égare pas dans une mystique inconsistante.

Autre point, corollaire du précédent : l’esthétique. Cette dernière, minimaliste, se résume à quelques scènes près, au design du caisson cryogénique de Liz. Le décor rend à merveille la sensation d’étouffement recherchée. De plus, l’interface intelligente avec laquelle échange Liz, et qui contrôle son environnement, est représentée sous la forme d’un cercle de lignes bleues sur un écran, un peu à la manière du logiciel Cortana de Windows. Le contexte prend ainsi un connotation curieusement familière rendant le malaise plus tangible, voire « réaliste ».

Enfin, n’oublions pas Mélanie Laurent, qui interprète le personnage principal. D’aucuns ont pointé du doigt un jeu peu crédible voire par moments « hystérique ». On aimerait voir la réaction de ces gens-là s’ils se réveillaient dans un caisson médicalisé, au milieu de nulle part ! Ce sont sans doute les mêmes qui ont également qualifié de caricatural l’interprétation de Winona Ryder dans Stranger things. On pourrait répliquer à ces allégations par les propos d’Alexandre Astier : « un acteur n’est jamais trop ou trop peu. Il joue juste ou il ne joue pas juste ». Et il se trouve que Mélanie Laurent s’en sort très honnêtement. Elle a déjà démontré ses talents dans des productions d’envergure, tel Inglorious Basterds, de Tarantino, où elle interprétait une femme juive poursuivie par un officier allemand joué par l’excellent Christopher Waltz.

Oxygène a le mérite de prendre au sérieux son propos et le genre qu’il aborde. Alexandre Aja chasse sur d’autres terres que la comédie sociale, la tranche de vie ou le polar. Il nous laisse ainsi entrevoir ce dont les Français sont capables lorsqu’ils s’aventurent en dehors de leur zone de confort. Quel que soit le genre, si le film est bon, il faut savoir le reconnaître plutôt que d’affirmer que ce ne serait « pas pour les Français ». Petit plaisir de cinéphile : on sent, à la manière de mettre en scène Mélanie Laurent, que l’ombre de Sigourney Weaver dans Alien plane sur ce film.

 Regardez, et faites-vous votre opinion.

 

© Olivier Dalmasso – Centre International d'Antibes

 

 

 

 

 


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