Edito du mois

Les Jeux Olympiques 2020 ?

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Contre vents et Covid, Les Jeux Olympiques 2020 auront bien eu lieu...en 2021. Ils ont fait les frais de la crise sanitaire obligeant leur report et, pour éviter ou limiter une nouvelle propagation du coronavirus, leurs organisateurs ont pris la sage décision qu'ils se déroulent sans spectateurs. Remercions le Japon qui a su relever le défi de mains de maître. Ce sont les deuxièmes Jeux d'été organisés à Tokyo après ceux de 1964.

Origine des Jeux

C'est le 1er juillet 776 avant JC que les Jeux sont officiellement nés dans la Grèce antique. Ils se déroulaient à Olympie et avaient pour principale vertu de rapprocher les Grecs et de suspendre les guerres entre les cités. Après plus de mille ans d'existence, ces jeux seront abolis par l'empereur romain Théodose, en 393 après JC.

Renaissance des Jeux

Ces Jeux seront restaurés à la fin du XIXème siècle par le Baron Pierre de Coubertin [1]. Très marqué dans son enfance par la guerre de 1870, après avoir quitté l'école militaire de Saint-Cyr, il décide de dédier sa vie à internationaliser le sport au service de la paix, en rétablissant les Jeux olympiques de l'Antiquité grecque et en leur donnant une dimension planétaire.

 À sa création, en 1894, le Comité international olympique va adopter la devise des Jeux modernes proposée par de Coubertin composée de trois mots latins : Citius, Altius, Fortius traduisible en français par : Plus vite, plus haut, plus fort  qui fera sa première apparition lors des premiers JO d'été qui ont eu lieu à Athènes en 1896. En 2021, pour sa 138ème session, le CIO réuni à Tokyo approuvera une modification à cette devise qui devient : Plus vite, Plus haut, Plus fort, Ensemble (Communiter)!

Conçu en 1913, le drapeau officiel des JO représente 5 anneaux entrelacés sur un fond blanc symbolisant la force de l'universalité- une page blanche en quelque sorte sur laquelle tous peuvent écrire-. Les anneaux bleu, jaune, noir, vert et rouge figureraient les 5 continents selon l'interprétation du concepteur Pierre de Coubertin, le Comité olympique préférant y voir les couleurs, seules ou conjuguées, qui apparaissent sur les drapeaux des pays du Monde.

C'est en 1928, aux Jeux d'Amsterdam, que, pour la première fois, une flamme brûle dans le stade, symbolisant la flamme olympique de l'Antiquité. La Charte olympique stipule qu'elle est la flamme qui est allumée à Olympie sous l'autorité du CIO. La cérémonie revêt une grande importance symbolique car elle relie solidement les versions antique et moderne des Jeux.

Les JO d'hiver avaient fait leur apparition en 1924 à Chamonix et se sont déroulés jusqu'en 1992 la même année que les JO d'été, tous les quatre ans. Une règle d'alternance de deux ans est observée entre les deux évènements à partir des Jeux olympiques d'hiver de Lillehammer (Norvège) en 1994.

Les femmes poussent la porte olympique

Ces Jeux, comme dans l'Antiquité, sont un domaine qui n'appartient qu'aux hommes et, lors des JO de 1912 à Stockholm, Pierre de Coubertin déclarera qu'une olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte.Il est vrai qu 'à cette époque encore, les jeunes filles n'étaient pas encore aptes à être préparées au Baccalauréat! Seules les écoles ménagères leur étaient réservées!

Cependant, en ces premières années du XXème siècle, Alice Milliat[2] , une sportive de haut niveau, sera sur tous les fronts pour que le sport féminin soit reconnu au même titre que le sport masculin. Seules, en 1920, les championnes de golf et de tennis sont admises aux JO, et l'environnement social n'est pas du tout favorable à la féminisation des compétitions. Alice Milliat se heurte à l'opposition irréductible de plusieurs dirigeants du Comité olympique, parmi lesquels son créateur Pierre de Coubertin.

Elle va même jusqu'à se désolidariser du CIO et organisera les Jeux mondiaux féminins qui se tiendront en août 1922 à Paris. Suivront, en 1926, les Jeux en Suède puis, en 1930, ceux de Prague. Devant le succès incontestable de ces Jeux mondiaux féminins, le CIO finira par autoriser enfin les femmes à participer à des épreuves officielles à partir des Jeux olympiques de 1928 à Amsterdam.

Les Jeux paralympiques et leurs Incassables

C'est à Sir Ludwig Guttmann[3] que l'on doit la création des Jeux pour les athlètes handicapés. En effet, comme les Jeux olympiques se déroulaient à Londres en 1948, il décida d'organiser dans son centre hospitalier la première rencontre sportive de tir à l'arc pour handicapés en fauteuil roulant, d'anciens combattants de la Seconde guerre mondiale (Les Jeux de Stoke Mandeville). Cet évènement prendra une dimension mondiale en 1952 avec plus de 130 compétiteurs internationaux. Mais il faudra attendre les JO de Rome en 1960 pour que les Jeux paralympiques soient officialisés. Dès lors, ils se tiendront dans le pays qui accueille les JO.

Prévus à l'origine pour les handicapés physiques en fauteuil roulant, les Jeux sont ouverts à présent aux non-voyants, amputés, infirmes moteurs cérébraux, handicaps divers. Des 300 athlètes présents à Rome en 1960 aux 4400 à Tokyo en 2021, les "Paralympiques" sont devenus un des évènements sportifs les plus importants au Monde.

En France, les athlètes handicapés ont fait la une des journaux et des interviews télévisés durant les semaines qui ont précédé l'ouverture des Jeux paralympiques le 24 août dernier. Leur parcours force l'admiration et nous donne une belle leçon de vie. Après "Les intouchables"du magnifique film d'Olivier Nakache, ce sont "Les incassables"[4] du monde sportif qui sont mis à l'honneur en cette période difficile pour tout le monde!

Depuis 2000, un accord stipule que les Jeux paralympiques se dérouleront un mois après les JO, réaffirmant la relation de coopération entre les deux manifestations. Quant à leurs cérémonies d'ouverture et de clôture ainsi que leurs remises de médailles, elles sont identiques à celles des JO.

Des athlètes réfugiés

Signe des temps, une équipe d'athlètes internationaux foule les stades olympiques depuis quelques années. Cette équipe fera sa première apparition en 2016 pour les Jeux olympiques d'été de Rio avec 29 athlètes; 6 athlètes réfugiés feront leur première entrée aux Jeux paralympiques.

Le président du CIO, Thomas Bach[5], avait justifié la création de cette équipe par la volonté d'envoyer un message d'espoir et de confiance aux réfugiés et d'attirer l'attention du monde sur le sort et le problème des soixante millions de réfugiés dans le Monde.

Ces athlètes défilent sous la bannière olympique et c'est l'hymne olympique que l'on entend en cas de titre.

En résumé, les Jeux olympiques et paralympiques sont les garants d'une solidarité symbolique qui s'affiche malgré les aleas de nos vies modernes.

Alors, soyez au rendez-vous en 2024 pour les Jeux de Paris que nous souhaitons libérés des contraintes sanitaires!

 

© Sylviane Colomer - Centre International d’Antibes 

Notes

[1]    Le baron Pierre de Coubertin naît à Paris en 1863 dans une famille aristocratique française. Il renonce à une carrière militaire à 24 ans et décide de servir la France en réformant son système éducatif. C'est un grand sportif, il pratique la boxe, l'escrime, l'équitation et l'aviron. Il s'attache à convaincre élèves et professeurs de constituer des structures scolaires sportives. Il pense aussi que, pour populariser le sport, il faut l'internationaliser. A 31 ans, il fonde le CIO dont il restera président jusqu'en 1925 date à laquelle il démissionne, mis en minorité, notamment en raison de sa volonté de ne pas accepter les femmes athlètes. Il meurt en 1937 en Suisse, ruiné et esseulé.

[2]    Alice Milliat est née à Nantes en 1884 dans une famille d'épiciers. C'était une nageuse, hockeyeuse et rameuse de haut niveau qui, dès 1915, prend la présidence du Femina Sport, le premier club omnisport féminin. L'histoire a oublié cette Française et pourtant, c'est grâce à elle que les sportives prendront toute leur place dans nos sociétés  modernes : elle s'opposera à la mysoginie ambiante de l'époque pour faire entrer les femmes athlètes aux JO. Elle meurt veuve et sans enfant en 1957.

[3]    Sir Ludwig Guttmann est né en 1899 dans l'Empire allemand où il deviendra neurochirurgien. En 1939, il devra s'exiler en Angleterre avec sa famille et prendra la nationalité britannique. Il dirigera le Centre national  des blessés de la moelle spinale au sein de l'hôpital de Stocke Mandeville près de Londres. Il s'éteindra en 1980.

[4]    A la fin de chaque interview, la dernière question rituelle du journaliste à laquelle le sportif devra répondre : êtes-vous incassable?

[5]    Thomas Bach : cet escrimeur et avocat allemand, né en 1953 à Wurtzburg en Allemagne, est le neuvième président du Comité international olympique depuis 2013..

 

 

 

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