Musique

Hommage à Patrick Juvet

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Chanteur francophone natif de la ville de Montreux, en Suisse, Patrick Juvet nous a quittés le 1er avril dernier à l’âge de 70 ans après avoir mené une carrière qui s’est étendue de 1971 à 2018. Même si sa vie artistique a connu des hauts et des bas, Patrick Juvet était un chanteur populaire dans la mesure où bon nombre de ses succès nous restent encore en mémoire.

Cet artiste a reçu une solide éducation musicale et a évolué dans un milieu familial qui a contribué à développer son goût pour la composition et l’interprétation. Son père, musicien de jazz et gérant d’un commerce d’électroménager, lui faisait découvrir dès leur sortie les derniers vinyles des stars américaines de la chanson. Mais la passion du jeune Patrick s’étendait aussi aux oeuvres classiques, comme l’atteste l’obtention de son premier prix de piano au Conservatoire de Lausanne.

Un chanteur à succès

Écoulé à près de 300 000 exemplaires, La Musica est un titre sorti en 1972 qui inaugure une période durant laquelle le chanteur enchaînera les tubes[1]. Véritable hymne au quatrième art, cette chanson nous rappelle que la musicalité est présente à la fois dans la nature et dans les œuvres d’origine humaine :

La pluie sur les toits/C'est la musica/Le son de ta voix/C'est la musica

La même année, Patrick Juvet confirme son talent et compose pour Claude François, Le lundi au soleil, rengaine qui rencontra très vite un plébiscite total auprès d’un large public.

Un artiste engagé

Avec Où sont les femmes ?, issu de la collaboration avec Jean-Michel Jarre, le succès est encore là même si ce morceau n’a pas fait l’unanimité lors de sa sortie. En effet, la chanson prend le contre-pied des idées du MLF[2] et se retrouve très vite taxée d’antiféminisme. En effet, le chanteur déplore l’attitude de certaines femmes émancipées qui ne « parlent plus d’amour » et cherchent à tout prix à imiter la gent[3] masculine au risque de sombrer dans la médiocrité et les addictions :

Et dès que vient le soir/Elles courent dans le néant/Vers des plaisirs provisoires

 Un interprète sensible

Patrick Juvet n’est pas seulement ce représentant de la vague disco qui a connu une célébrité mondiale et qui a vendu près de 25 millions de disques.

Sorti en 1978, Les Bleus au cœur est un morceau qui s’inscrit dans une volonté de rompre avec cette image de « chanteur de minettes[4] » qui poursuivait l’artiste depuis longtemps. Cette chanson est représentative de cette sensibilité exacerbée que beaucoup d’artistes cherchent à dissimuler aux yeux du public :

Laisse tous ces petits riens qui font des bleus au cœur/Tous ces airs que tu prends pour cacher ta douceur/Finiront par ternir tes couleurs, par ternir tes couleurs

Enfin, dans Faut pas rêver, autre « piano-voix » célèbre, le chanteur évoque le règne des désillusions et des faux-semblants vers lequel nous pousse le monde du spectacle. L’artiste doit travailler dans des conditions difficiles et cela se répercute aussi sur ses proches :

Mais tu m'attends même sous la pluie/Faut pas rêver/Pour quelques nuits vouloir une vie/Faut pas rêver/Tu ne comprends pas que l'on joue

En 1992, il sort un album résolument intimiste, Solitudes, avec la collaboration de grands noms tels que Françoise Hardy[5], Luc Plamondon[6] et Marc Lavoine[7].Le succès ne sera pas au rendez-vous, comme si le grand public avait cette fâcheuse tendance à enfermer les artistes dans des catégories.

Patrick Juvet n’était pas seulement cette star de la nuit qui a fait danser toute une génération, a interprété un des premiers succès « disco » dans la langue de Molière et a réussi à rivaliser avec les plus grands chanteurs anglo-saxons de son époque. Il était également un mélodiste de talent qui a su exprimer son mal de vivre dans des titres pleins de sensibilité. Ce désir de reconnaissance explique sans doute les doutes et les moments de solitude qui ont jalonné sa vie. Nous vous invitons à découvrir ou à redécouvrir cet artiste francophone de talent !

 

© Jean-Luc Pichon – Centre International d'Antibes

 

[1] Tube (nom masc.) : chanson à succès

[2] MLF (Mouvement de Libération des Femmes) : mouvement féministe qui trouve son origine dans la crise sociale de mai 1968. Ce mouvement est resté célèbre pour sa lutte contre les inégalités, pour le droit à l’avortement et à la contraception, etc.

[3] Gent (nom fém., litt. ou ironique) : catégorie, espèce

[4] Minette (nom fém. fam. et péj.) : jeune fille à la mode qui cherche à séduire

[5] Françoise HARDY : chanteuse née en 1944 qui a interprété des titres tels que Tous les garçons et les filles (1962), Mon amie la rose (1964), Comment te dire adieu (1968), Puisque vous partez en voyage (2000), etc.

[6] Luc PLAMONDON : auteur-compositeur québécois qui est connu en France pour des opéras-rock comme Starmania (1978) et des comédies musicales telles que Notre-Dame de Paris (1998)

[7] Marc LAVOINE : chanteur et acteur français né en 1962 (Elle a les yeux revolver, Pour une biguine avec toi, Je reviens à toi, …)

 

 

 

 

 

 

 

 

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