Cinéma

Sentinelle de Julien Leclercq - sortie Mars 2021 sur NETFLIX

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Klara, soldat en mission en Syrie, assiste au suicide d’un enfant équipé de bombes qui emporte un autre militaire dans la mort. Par la suite, elle revient à Nice, sa ville natale, et tente de se réadapter à une vie où la menace terroriste demeure présente. Klara incorpopre les troupes de Vigipirate, plus précisément le plan Sentinelle, renforcement du plan Vigipirate. Ce dispositif existe réellement et a été mis en place à partir de 2015. L’héroïne va évoluer dans ce contexte très contemporain. Toutefois, pour une femme de terrain habituée au quotidien d’un pays en guerre, une telle affectation revient à une rétrogradation et à l’enfermement dans une morne routine.

Juin 2021

Le film de Julien Leclercq touche donc à des sujets d’une actualité brûlante, au premier rang desquels le terrorisme, bien évidemment, mais également la dépendance aux médicaments ou la place de la femme dans des métiers longtemps réservés aux hommes. Fidèle à la charte de Netflix comme à l’esprit du temps, Sentinelle met donc en scène une femme déterminée, forte mais pas dépourvue de failles pour autant. Le récit exploite ses défaillances, notamment la dépendance aux opiacés censés soigner son stress chronique, et nous démontre comment cette femme doit puiser dans ses ressources, non seulement afin de dépasser son trauma, mais également dans le but de venger sa sœur victime d’une agression. Entre violence et résilience, le film s’efforce de dessiner un itinéraire qui serait le lot des vétérans. La trame en est connue depuis le premier Rambo, sorti il y a des décennies, à savoir les difficultés à se réadapter à un contexte plus « normal » que celui des zones de combat. La recette fonctionne toujours, et sans doute plus que jamais. La série américaine Homeland est allée loin dans cette direction, en retraçant la vie d’un officier américain vivant une situation sembable à la Klara de Sentinelle. Cependant, la comparaison s’arrête là dans la mesure où le format d’une série permet de plus amples développements. Sans doute est-ce un défaut du film : trop peu de temps pour donner de la substance aux personnages et à l’intrigue.

Par voie de conséquence, la critique n’a pas été tendre envers Sentinelle. Certes, le film souffre de quelques incohérences, voire énormités coutumières du genre (l’héroïne franchit les limites de la légalité en quasi impunité, mafia russe et riches villas azuréennes, facilité à s’introduire dans des zones hautement sécurisées), de jeu parfois inégal des acteurs et de situations convenues. Si le film avait bénéficié d’une demi-heure de plus, le spectateur aurait pu en apprendre davantage sur les motivations des criminels ou sur l’héroïne. Les blancs de l’intrigue aurait ainsi été comblés, donnant du relief à l’histoire en évitant de réduire la protagoniste à une fonction, voire par moments à une caricature. Ainsi, le film laisse en suspens les motifs réels de l’agression de la sœur de l’héroïne. La vengeance qu’organise cette dernière manque par conséquent de profondeur. Les antagonistes sont plus esquissés que véritablement écrits et remplissent à peine une fonction narrative.

Cela dit, l’écriture ne pèche ni plus ni moins que certaines séries américaines du même genre en ce qui concerne la psychologie du personnage principal. On imagine mal, par exemple, un profil tel que celui de l’héroïne - une personne perturbée et droguée - continuer à exercer des tâches liées à la sécurité, sans mise à pied ni obligation de suivre une thérapie. Il faut cependant rendre hommage à Olga Kurylenko, qui incarne le personnage en adoptant un jeu à l'américaine qui cadre bien avec l’ambiance et les codes du genre. Malgré tout, il faut bien reconnaître qu’en termes de films policiers et d’ambiance sombre, n’est pas Olivier Marchal ou Pierre Lemaître qui veut. Ces derniers sont respectivement les auteurs des excellents Bronx et Dérapages, diffusés sur Netlix et que nous avions chroniqués.

Terminons sur une note ensoleillée : une bonne partie de l’intrigue est située à Nice, et nous avons même droit à une scène devant les remparts d’Antibes ainsi qu’au cap Ferrat. Un petit air méditerranéen qui vous donnera envie de venir ou de revenir séjourner sur notre littoral.

 © Olivier Dalmasso – Centre International d'Antibes

 

 

 

 

 


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