Cinéma

Bronx d'Olivier Marchal - Sortie novembre 2020

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Depuis plus de quinze ans, Olivier Marchal écrit et réalise des films policiers. Son savoir-faire, son goût de l’intrigue bien menée et de l’action lui ont permis de se tailler un premier succès en 2004 avec l’excellent "36, Quai des orfèvres".

Avril 2021

Autant le dire d’ emblée : Olivier Marchal met en scène une police qui n’existe pas et qui n’a jamais  existé. Dans les années 2000, les policiers des films d’Olivier Marchal portaient tous des chemises blanches, un blouson  au col relevé et une barbe de trois jours. Le look des personnages a un peu évolué, s’adaptant ainsi à notre époque, mais en conservant un style toujours hirsute.  Des policiers tous dépressifs, divorcés, alcooliques et, pour une bonne partie d’entre eux, borderline voire carrément corrompus à des degrés divers. On aura compris que cette police-là est une police de fiction.  Quand bien même Marchal s’inspire en partie d’expériences vécues, dans la mesure où il a été policier de 1980 à 1982, on reste dans le monde des films et séries.

Nous sommes à Marseille, capitale du crime, la Chicago française. C’est du moins ainsi que la cité phocéenne nous est présentée. Deux branches d’un gang corse s’affrontent, et finissent par s’entre-déchirer. Noirceur et violence, un cocktail connu. La recette est tellement bien rodée qu’elle ronronne. Marchal reste dans sa zone de confort mais dans un style toujours efficace.

La distribution se tient bien et présente même quelques surprises : Jean  Reno en chef de la police, Claudia Cardinale en matrone corse tenant son clan d’une main de fer, le rappeur Kaaris, et même Barbara Opsomer, une jeune femme issue d’une émission de téléréalité, dans le rôle de la fille du chef de la police.

Incontestablement, le réalisateur s’y entend en matière d’atmosphère sombre et dramatique. Il campe une ambiance d’une tension évidente, où l’on comprend très vite que tout peut déraper à tout moment. Marchal prend le parti d’une scène tragique en ouverture, traitant les trois quarts du film sur le mode du flashback. Une recette classique qui a fait ses preuves, et qui est ici traitée avec brio.

Autre choix, en adéquation avec le premeir, celui de la tragédie intégrale : l’histoire commence et se termine dans le sang. Ce n’est pas spolier que de dire cela : les intentions du récit s’affichent clairement dès les premières minutes du film.

Dialogues tendus, situations troubles, compromis dangereux et malsains avec les réseaux du crime, toute la panoplie de la police fantasmée défile sous nos yeux. Tantôt de façon caricaturale, tantôt de façon palpitante. On s’attache à ces hommes de terrains désireux d’endiguer le crime quitte à en employer les moyens et à se rapprocher des malfaiteurs qu’ils combattent. En témoigne une réplique très cliché de la matrone du clan corse au personnage principal : « Tu connais la différence entre toi et moi ? Une carte de police ». On voit bien que les poncifs du genre n’effraient pas Olivier Marchal quitte à caricaturer son propre style. Mais que dire alors que le cinéma et les séries américains nous ont habitués à cela depuis trois décennies ? On ne saurait dénier au réalisateur la capacité à poser une intrigue et capter notre attention jusqu’à un dénouement fatal.

Au final, Bronx reste une fiction de bonne tenue, portée par des acteurs talentueux et une réalisation efficace et sobre, agrémentée d’une petite touche française. Si on peut regretter le portrait peu flatteur qui est fait de Marseille, on pourra toujours se consoler, dans un genre très différent, avec le sympathique et touchant Marius et Jeannette, de Robert Guédiguian, un film qui date un peu mais  qui fait du bien.

 

© Olivier Dalmasso – Centre International d'Antibes

 

 


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