Edito du mois

Le Loup 5.1 ou la nostalgie en partage

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Parmi les youtubeurs qui officient sur la toile, certains se distinguent par une indéniable originalité. En dépit d’une spécialisation grandissante des chaînes, les approches originales existent encore. Ainsi, pour notre plus grand bonheur, le net permet que des outsider parviennent à présenter un contenu à la croisée de plusieurs genres. Place aujourd’hui à un drôle d’oiseau, j’ai nommé Le Loup 5.1.

Une madeleine de Proust

Notre époque actuelle ponctuée par les confinements et l'évolution de la pandémie sied bien à la nostalgie. Lors d’une précédente chronique, nous vous avions parlé d'Edward, youtubeur consacrant des vidéos au retrogaming, les jeux d’ancienne génération. Loin de se contenter de reviews, Edward brode des fictions diversement inspirées de sa vie, faisant affluer en nous une bienheureuse nostalgie. Or, il se trouve qu’Edward a un cousin en esprit, un autre grand jeune homme qui vit toujours quelque part entre notre époque et ses années collège, entre les années 80 et 90.

Première impression : pendant le générique, défile sous nos yeux un ciel crépusculaire ou nocturne où passe une soucoupe volante, puis la caméra descend vers le sol et nous voilà dans les bois, à proximité d’une cabane. La porte s’ouvre et nous entrons dans un espace intime confortable. Le générique évolue au fil des épisodes, et propose un ambiance parfois plus nocturne ou plus urbaine, mais l’on revient toujours à la cabane dans les bois. Quant à la musique du générique, sa mélodie évoque irrésistiblement les années 80-90 Ambiance garantie !

Au fil de ses vidéos, Le Loup revient sur d’anciens jeux vidéos, mais également sur de vieilles sitcoms françaises que toute la génération des  trentenraires et des quadrégénaires connaît. On citera Hélène et les garçons, Premier baisers ou, moins connu, La philo selon Philippe. Aujourd’hui très datées, ces séries ont marqué les jeunes de leur époque, y compris ceux qui ne les appréciaient guère. Par ailleurs, les années 80 ont également vu déferler les dessins animés japonais et leur doublage parfois approximatif ou même, dans certains cas, volontairement parodiques. Passionné par cette époque, Le Loup retrace également les portraits de comédiens et de doubleurs de la période.

On l’aura compris, le contenu comme le ton se veulent référentiels, et parleront à la génération de ceux qui sont nés dans les années 80. Bien que le jeu vidéo occupe une place importante sur cette chaîne, le maître mot reste la nostalgie. Et la nostalgie, ça se partage.

Un esprit de partage

Les vidéos touchent une dimension particulière du jeu vidéo : la convivialité qu’ils suscitent, y compris lorqu’on en est uniquement spectateur. L’affirmation paraît surprenante mais n’en reste pas moins vraie pour celui qui le vit ou l’a vécu. Le jeu vidéo propose, du moins certains jeux, un moment de suspension par rapport au quotidien, un moment hors du monde. Or ce moment, on le partage tout autant seul qu’à plusieurs. Pourquoi ? Parce que devant l’écran, on parle du jeu et autour du jeu. On s’immerge à deux ou plus, et de deux manières différentes, dans un monde autre, qui se superpose au réel, un peu comme devant un film. Tout le monde a regardé des films à la maison en compagnie d’un ou deux amis, pendant l’enfance et l’adolescence. Il en va de même en ce qui concerne le monde vidéoludique. Ce tye de partage forge à la fois un imaginaire et une culture de la convivialité, donc une forme de sociabilité.

Le contenu de la chaîne

La chaîne du Loup a des airs de grenier de notre enfance : on y trouve un peu de tout. En dehors des chroniques de retromaging, le vidéaste consacre également des capsules à des publicités de l’époque, des séries (nous l’avons dit) et même des publicités. En fait, Le Loup n’est pas un simple “fan de jeux video”, il est fan d’une époque et de ses arts visuels dont il retrace le potrait.

L’approche du youtubeur ne limite pas au commentaire ou à l’analyse. Dans Les chroniques du dolby et Harmo art, il agrémente à sa manière  les bandes originales des jeux vidéos du passé. Musicien à ses heures, Le Loup propose ses variations personnelles, lesquelles ajoutent une tonalité nouvelle au matériau de départ. La nostalgie ne se borne donc pas, dans ce cas, à une réévocation du passé, elle devient support pour la créativité. Les variations que propose le youtubeur font preuve d’une belle inventivité. On peut ainsi découvrir quelques rudiments de la musique lorsque le youtubeur fournit quelques explications techniques, jamais trop détaillées, suffisantes pour que ceux qui ne connaissent pas la musique aient une idée de la nature de la composition.


En résumé, on trouvera sur la chaîne :

-les Nostaljeux, chroniques de jeux la Nintendo 8 bits, la NES, console des années 80
-les Chroniques du Dolby. Des capsules évoquant des dessins animés des publicités, des animateurs d’émissions pour les jeunes.
-Harmo Art. Les variantes musicales sur des musiques de jeux vidéos.
-Mario Time. Des émissions retraçant les temps forts de la saga vidéoludique Mario, qu’on ne présente plus.

-Vrac to the future. Des reviews de jeux vidéo récents.

Scoop : Le Loup a annoncé récemment la naissance d’une chronique cinéma. Retro, bien entendu.

 Pourquoi aimer ce youyubeur ?

D’abord pour son humour potache. Il s’agit de celui des collégiens, donc des jeunes gens. Ce mot a pour origine “pot”, les potaches étaient ceux qui partagent le pot, c’est-à-dire la nourriture quotidienne. En bref, les copains, ceux avec qui on partage le pain.  Cette étymologie renvoie à un âge innocent. L’humour potache consiste donc en une forme de drôlerie pas toujours très raffinée mais bon enfant. En ce domaine, LeLoup se montre prodigue et déploie toute la panoplie : grimaces, jeux de mots faciles, blagues, le tout disposé aux moments adéquats, sans excès. Tout comme Edward, son frère en esprit, Le Loup n’est pas un adepte des montages aux cuts hystériques. Donc, pas de rythme frénétique, on prend son temps, on se pose, on découvre.

Ensuite, parce que c’est un bricoleur créatif. Fasciné depuis l’enfance par le cinéma, les séries, les clips et les jeux vidéo, Le Loup, fils de son temps, est  un adepte des arts de la narration visuelle. On ne sait pas grand-chose sur le youtubeur lui-même. Tout au plus nous dit-il qu’il a fait une école de cinéma et qu’il a appris le piano, du moins suffisamment pour pouvoir jouer et composer des airs de son cru. Sans prétention. Le Loup connaît ses limites et ne joue pas à l’artiste. De plus, à l’heure ou de nombreux youtubeurs adoptent des mimiques prétentieuses censées capter l’attention (sourcils froncés, grimaces d’acteurs de série Z), un attitude autre apporte une bouffée d’air frais.

Enfin et surtout, il faut l’aimer pour son approche “feelgood” de la nostalgie. On appelle désormais ainsi les vidéos qui dispensent de la bonne humeur, de la détente.  Le Loup revisite les contrées de notre enfance sans pathos caricatural ni froide distance, comme un vieux copain sympahique et un peu lunaire qui n’aurait pas grandi. Il est indéniable qu’une part de nous reste indéfectiblement attachée à l’enfance et à l’adolescence, et à l’insouciance qui caractérisent ces âges de la vie. Sans doute LeLoup n’en est-il jamais vraiment sorti. Et il s’ingénie avec talent à nous rappeler qu’en fait nous non plus.

La toile contre le grand écran

A l’heure où I’industrie cinématographique hollywoodienne continue d’engloutir des millions de dollars, confiant ces sommes colossales à des réalisateurs de plus en plus incapables de boucler une histoire simple dans les règles de l’art, on constate que de simples amateurs font parfois mieux avec des moyens dérisoires. t.
Un bilan s’impose. Rowling l’auteur de Harry Potter, a démontré son incapacité à écrire des scénarios pour le cinéma, avec son décevant deuxième volet des Animaux fantastiques. David Yates, devenu son réalisateur attitré, n’a pas su pallier ces défaillances. Disney, en dépit des bénéfices engrangées, parvient à dégoûter jeunes et vieux avec sa nouvelle trilogie Star Wars, sans âme. Même Tim Burton, moins inspiré que par le passé, ou Nolan, qui peine à convaincre avec son Tenet, ne canalisent plus autant les attentes du public. Les séries ont pris le relai depuis plusieurs années. Mais on peut aussi le dire de certains youtubeurs. Des bricoleurs du dimanche se montrent ainsi par moment plus inspirés que des monstres sacrés. Sans aller jusqu’à affirmer que ces derniers ne seraient plus rien et que le salut viendrait du net, on ne peut que constater un certain état des choses. Alors ne boudons pas notre plaisir et profitons de ce que les youtubeurs ont à offrir.

 

© Olivier Dalmasso - Centre International d'Antibes

 

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