Littérature

Zaroff de Sylvian Runberg (Scénario) et François Miville-Deschênes (Dessin) - Editions Le Lombard, mai 2019

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Deux valeurs sûres de la bande dessinée s’associent pour nous livrer un bel opus de la prestigieuse collection Signé, aux éditions Le Lombard. On connaît Sylvain Runberg, le scénariste, pour des œuvres telles que l’épopée viking Hammefall ou de nombreuses autres séries. Quant à François Miville-Deschênes, il en est à sa deuxième collaboration avec Runberg. Tous deux sont les auteurs de l’éblouissant peplum Reconquêtes. Les voilà aujourd’hui se confrontant à un genre différent pour notre plus grand bonheur. Place à un safari d’un genre bien particulier !

A la base de ce récit existe une nouvelle, publiée par Richard Connell, un écrivain et scénariste américain. Ce dernier imagine un riche aristocrate, le comte Zaroff, organisant sur ces terres de meurtrières chasses à l’homme. Le texte connaîtra une adapatation cinématographique en 1934, puis de nombreuses autres. Le succès de l’histoire du féroce comte Zaroff marque à ce point l’imaginaire collectif que tout le monde  en a entendu parler, même si l’on n’a jamais visionné aucun film ni lu la nouvelle d’origine. En fait, Richard Cornell a réinventé le cliché de l’artisocrate cruel et violent, une variante moderne du comte Dracula, rien de moins. Le monde du 9ème art ne pouvait pas un jour ou l’autre proposer son interprétation d’un personnage aussi sinistre que charismatique.

Le duo Runberg/Miville-Deschênes livre donc sa propre version du comte Zaroff. Le voilà vivant sur une île tropicale, rêvant à ses exploits“ d‘antan.

Un plat qui se mange froid

On apprend en effet, au début de l’intrigue, que le comte Zaroff a perdu de sa superbe. Blessé lors d’une de ses chasses sanglantes, il n’a plus le mordant d’autrefois. Ses domestiques eux-mêmes semblent déçus de voir leur maître ainsi diminué. Mais c’était sans compter sur Fiona Flanagan, la fille d’une victime de Zaroff, venue jusque sur son île afin d’assouvir sa vengeance, Zaroff ayant assassiné son père.

Jungle et chausses-trapes

Ainsi débute une chasse à l’homme dont Zaroff, et par ricochet, sa propre famille, devient la victime.  Loin d’abattre le comte, cette vendetta lancée contre lui le galvanise et lui rend son énergie et son goût pour la traque, fût-il le gibier. Poursuivi par Fiona et ses nombreux sbires, il retrouve toutes ses ressources, quand bien même il doit fuir pieds nus et en peignoir dans la jungle. De plus, afin d’accroître la dramatisation du récit, le scénariste Sylvian Runberg a impliqué la sœur de Zaroff et ses enfants dans le processus de vengeance qui s’abat sur l’aristocrate. Voilà l’impitoyable Zaroff tenu de faire preuve d’un semblant d’attention envers sa famille, moins par affection que pour assurer sa survie. C’est donc une course poursuite mortelle qui s’engage entre Fiona Flanagan et ses fidèles, d’un coté, et  la famille Zaroff de l’autre. 

Rien n’est joué, car le comte connaît l’île comme sa poche. En outre, il a disposé des pièges un peu partout mais également une cachette lui permettant de se réapprovisionner en armes et munitions. Qui survivra à ce trépidant jeu de massacre ? Fiona Flanagan dispose d’un tempérament en acier trempé : héritière d’un clan de gangsters irlandais qu’elle dirige d’une main de fer, cette jeune femme présente tous les atouts de l’adversaire idéal. Quant à Zaroff, bien qu’évoluant sur son territoire, il affronte, à l’aide de sa famille, une troupe supérieure en nombre et bien équipée. Mais le fauve solitaire est loin d’avoir joué toutes ses cartes. On ne se risque pas impunément à chasser un prédateur tel que Zaroff.

Un régal pour les yeux

Le dessinateur François Miville-Deschênes s’en donne à coeur joie : lianes, herbes hautes, ruines, terrains boueux, pluies torrentielles. L’artiste déploie tout son savoir-faire, donnant vie à des paysages et à des scènes qui réjouissent l’oeil. Alternant les scènes à dominantes vertes, bleues ou rouges, et se payant même le luxe d’une superbe page en noir et blanc évoquant les souvenirs de Fiona, Miville-Deschênes nous prouve une fois encore qu’il est  un des plus grands dessinateurs en activité.

Petit bonus de plus en plus fréquent dans le monde de la bd : un dossier graphique constitué de quelques pages complète la lecture du récit. Portaits des personnages, des crayonnés et des projets de couverture pour l’album : un plus appréciable au vu de la qualité du travail de l’artiste.
 

 

© Olivier Dalmasso – Centre International d'Antibes

 

 

 

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