Musique

Lumière noire de Louise Verneuil

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Sa guitare Gibson ne la quitte pas, sa voix à la fois éraillée et mélodieuse nous fascine, ses clips nous baignent dans une atmosphère ouatée et mystérieuse. Quant à son physique, il évoque pour certains Marianne Faithfull, Patti Smith ou Françoise Hardy alors que d’autres y verront une ressemblance avec Anna Karina, l’actrice et chanteuse d’origine danoise qui joua dans le film Pierrot le Fou.

Les artistes ont la chance de pouvoir changer de patronyme pour porter un nom de scène reflétant leurs goûts cachés et leur personnalité profonde. C’est le cas de Louise Verneuil qui a choisi le sien en référence au nom de la rue dans laquelle Serge Gainsbourg résidait à Paris. Quant au pseudonyme de Louise (son véritable prénom est Pauline), il incarne pour elle celui de toutes les femmes qui ont su conquérir leur émancipation. Originaire de l’Ariège et ayant fait des études de journalisme à Nice, la jeune artiste âgée aujourd’hui de trente ans tomba amoureuse de la capitale lors de son arrivée à Paris.

Grâce à un père et à un oncle passionnés de musique, elle a eu la chance d’être bercée par les chansons de Bécaud, de Marie Laforêt et de Barbara, ce qui explique pourquoi la jeune artiste accorde autant d’importance à la langue française. En outre, ses origines corse et espagnole donnent à sa musique des accents méditerranéens.

Ceci est vraiment manifeste dans Désert, un morceau qui met en valeur le timbre rauque de la voix de la chanteuse ainsi que la richesse des effets sonores des paroles. Résolument très « années soixante-dix » dans son esprit, le clip alterne des scènes tournées en noir et blanc avec des passages en couleurs. L’ensemble nous rappelle les films « Super 8 » d’autrefois et nous plonge d’emblée dans l’univers de l’artiste. Ce titre, qui est un « piano-voix » décrivant le désert affectif généré par le départ d’un être cher, révèle l’hypersensibilité de Louise Verneuil et un côté femme-enfant assumé.

L'aube fend le ciel et soupire/Dans l'orage je suis à l'ouest/Perdue dans un désert de soie/Perdue dans le désert de tes draps/Terre aride de caresses

De même, Love corail apparaît comme une chanson dont le texte a été particulièrement soigné pour retranscrire toute l’ambivalence d’un sentiment amoureux qui peut nous « consumer » et nous « assécher ». Le corail évoque le sang de la vie par sa couleur mais c’est aussi un matériau dur qui peut blesser. De même, les roses ont beau symboliser l’amour, elles contiennent des épines susceptibles de nous faire mal.

Tant d'épines sur les roses /Dans l'azur assoiffé/Me faire la peau moins rose/La rosée asséchée

Louise Verneuil ne pouvait pas ne pas consacrer un titre aux femmes indépendantes et libérées des carcans[1] sociaux. La chanteuse a maintes fois insisté sur sa volonté de mettre en avant ces femmes « avant-gardistes » et « courageuses » qui refusent une société machiste. Emerancia nous conte l’histoire de cette femme qui était l’arrière-grand-mère de la chanteuse, « vieille bohémienne » au « visage ridé de mystère » qui vivait dans « dans un pays oublié où la terre brûle les veines ».

Enfin, nous retrouvons l’importance de la liberté dans Nicotine, un des titres qui ont fait connaître Pauline Louise Benattar auprès du grand public. L’addiction au tabac est utilisée pour évoquer les relations amoureuses toxiques. La victime ne peut s’empêcher de revoir son bourreau au même titre que le fumeur invétéré[2] ne peut s’empêcher de se rouler une nouvelle cigarette. Jouant sur des effets de polysémie, la chanson parvient à décrire l’emprise exercée par les pervers narcissiques sur leurs proies.

Dans des cendres clandestines /T'as cramé ma foi sous les lignes/De fumée/Encore une traînée héroïne/Brune féline ou blonde platine

Pour un premier opus, Louise Verneuil se présente d’emblée comme une artiste prometteuse. Le titre de l’album est un oxymore[3] qui semble convenir également à sa personnalité artistique. Dans un sens, sa musique est à la fois pudique et extravertie. Oscillant entre le rock anglais et la chanson à textes, elle accorde une grande importance à l’écriture et ne rechigne pas à s’exprimer aussi dans la langue de Shakespeare. Une façon sans doute de faire un clin d’œil à Alex Turner, son compagnon dans le privé et chanteur du groupe Arctic Monkeys.

 

 

[1]Un carcan : une  contrainte, une obligation

[2]Invétéré : qui a laissé une habitude envahir son comportement (ex : « un joueur invétéré », « un buveur invétéré », …)

[3]Oxymore : alliance volontaire de mots qui sont normalement en contradiction (ex : « une obscure clarté »)

 

© Jean-Luc Pichon – Centre International d'Antibes

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