Edito du mois

Après le confinement. La petite reine couronnée par le Coronavirus.

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Nous nous sommes posé la question sur l'après confinement subi durant 55 jours par les Français. Y a-t-il des changements perceptibles dans la société ? Notre édito du numéro de mai s'interrogeait sur la place du télétravail. Nous allons à présent, examiner celle acquise dans nos villes par la bicyclette. En effet, malgré l’affectueuse expression qui la désigne depuis la fin du XIXème siècle, malgré l'immense succès populaire du Tour de France, événement sportif majeur qui la vénère chaque été, et malgré l'omniprésence des cyclistes sur les routes de nos campagnes dès les beaux jours, jamais la bicyclette n’a réussi à s’imposer dans nos villes. Avec le déconfinement, son heure semble enfin venue.

La petite reine intronisée par le déconfinement

Le déconfinement a, en effet, marqué un véritable tournant dans l'usage de la bicyclette en ville. Juste après le 11 mai, les médias ont commencé à attirer l'attention sur le nombre de vélos encore plus important dans Paris qu’au moment des grèves de l’hiver, ce qui est remarquable car lors des grands mouvement sociaux qui ont secoué le pays ces dernières années jusqu'à l’automne-hiver 2019, le vélo, comme le télétravail (voir notre édito précédent), avaient déjà largement profité de la paralysie des transports en commun, pour percer. Trottinettes et bicyclettes étaient venues au secours des Parisiens et d’autres citadins de l’Hexagone leur permettant de pouvoir se rendre sur leur lieu de travail. Cette fois-ci, deux effets liés à la pandémie auront donné à la bicyclette ce coup de pouce décisif pour qu'elle s’impose dans nos villes :

Tout d’abord, il y eut cette pause inattendue dans nos rues habituellement vouées à une circulation effrénée. Débarrassés de voitures, nos centres urbains, ont retrouvé un calme vite apprécié. Envahis par le silence et le chant des oiseaux, les cœurs de nos villes sont devenus des espaces accueillants.  Beaucoup de citadins ont réalisé qu’il était possible de vivre dans un environnement apaisé et nombreuses ont alors été les municipalités à vouloir revoir leur plan de circulation et à miser sur le vélo comme mode de transport silencieux et non polluant.

Cette toute récente aspiration s’accorde avec le besoin d’autonomie qui caractérise le mode de fonctionnement de l’homme occidental moderne, car l’autre tendance forte reste la recherche constante de l’individualisation. Elle aussi fait la part belle à la petite reine au détriment des transports collectifs.  Avec le port du masque obligatoire, un nombre de places assises réduit pour cause de distanciation physique, les transports publics version déconfinement, sont devenus anxiogènes et inhospitaliers à force de mesures sanitaires, et c’est tout naturellement qu'à compter du  11 mai, beaucoup d’autres citadins ont osé à leur tour se tourner vers la bicyclette pour se déplacer.

Une dynamique favorable au vélo, tardive mais qui vient de loin.

Les politiques urbaines, largement bienveillantes à l’égard des automobilistes et de leur voiture depuis le début des années 1960, ont mis du temps à prendre en considération les cyclistes. En France, contrairement à d’autres pays, le sort de la petite reine était scellé par le statut donné au vélo en termes de circulation. Chez nous, pas de zones partagées entre piétons et amoureux de la bicyclette. Le vélo devait rouler sur la chaussée au même titre que les autres véhicules à roues. Peu importait le fait que les voitures et camions sont beaucoup plus dangereux pour le cycliste que celui-ci ne peut l’être pour les piétons. Sans pistes cyclables dédiées sur la chaussée, interdits de trottoirs, seuls des téméraires et ceux qui n’avaient pas le choix, enfourchaient leur vélo pour se lancer quotidiennement dans le courant du trafic en bravant tous les risques.

Dans les grandes villes françaises, on ne rencontrait quasiment jamais d’enfants et d’adolescents à bicyclette sur le chemin de l’école. Quels parents, en effet, auraient accepté de voir leur enfant partir aux heures de pointe dans le flux bruyant et périlleux de la circulation ? C’est ainsi que, dès les années 1960, le vélo fut chassé des cités. Il devint un véhicule de loisir sportif que l'on plaçait dans son véhicule pour rejoindre la campagne, laissant la place du deux-roues citadin à la mobylette puis au scooter. La véritable reine de la cité était la voiture  qui a longtemps véhiculé des valeurs de liberté, de prestige et d'exploits sportifs assénés par les événements médiatisés comme les Salons de l’Automobile, le Rallye de Monte-Carlo, les Grands Prix de Formule 1. L’état d’esprit d’alors n’invoquait que rarement les nuisances sonores et la pollution, et la reine voiture a régné sans partage durant des décennies jusqu’à ce que, petit à petit en France, le vent ne commence à tourner. Nous étions alors, à la fin des années 1990.  

Le 30 décembre 1996, la loi Lepage (du nom de la ministre Corinne Lepage) est fondatrice de cette nouvelle perception. La loi Lepage, aussi dite « la loi sur l’air », entend créer un nouveau contexte juridique pour préserver l'air des méfaits de la pollution atmosphérique. Elle prône pour l’ensemble des grandes villes [La diminution du trafic automobile ; Le développement des transports collectifs et des moyens de déplacement économes et les moins polluants, notamment l'usage de la bicyclette et la marche à pied]. Et c’est ainsi qu’un nouveau plan de déplacements urbains exige que la création ou la rénovation des voies urbaines s’accompagnent de réalisation de pistes cyclables.

Une nouvelle mission pour la bicyclette : préserver l’environnement

Au début du nouveau millénaire, malgré les lobbies qui la soutiennent toujours, la voiture n'est plus en odeur de sainteté en ville. A la fois pour maîtriser le niveau de pollution atmosphérique et par souci sécuritaire, diverses règlementations de plus en plus contraignantes apparaissent comme les limitations de vitesse et de circulation dans certaines zones urbaines. Le passage au XXIème siècle voit l’automobile tomber définitivement de son piédestal. La voici à son tour accusée de tous les maux, les tentatives pour la chasser des centres-villes se multiplient. On en vient jusqu'à créer le droit de circulation en fonction du numéro d’immatriculation et celui de circuler selon  l'impact environnemental du véhicule. Dans le même temps, des efforts nouveaux sont faits en faveur de la bicyclette. Ainsi, parallèlement à la multiplication des pistes cyclables, et  bien des années après La Rochelle,1 les villes françaises en viennent, à se doter d’un réseau municipal de vélos en libre-service. Paris le fait en juillet 2007 avec le Vélib. Nice le fera avec ses Vélos bleus en juillet 2009.   

Une décennie et une pandémie plus tard, la place de la bicyclette en ville, est devenue enjeu du débat électoral2. Tout au long de ces derniers mois, le vélo a confirmé son nouveau statut. La bicyclette a le vent en poupe. Elle suscite des vocations. Si on tape sur Google « apprendre à faire », le vélo arrive comme première occurrence. Des adultes sont de plus en plus nombreux à s’y mettre, les ventes de vélos explosent, des commerces s’ouvrent, des formations de mécaniciens se multiplient. Les aides gouvernementales suivent pour inciter à faire de la bicyclette, son moyen de transport privilégié3.

Totalement en harmonie avec l’air du temps et avec ce nouvel art de vivre la ville, et à présent institutionnellement synonyme de liberté et d’écologie, la petite reine pourra-t-elle enfin parader dans la cité ?

 

 

© Alexandre Garcia - Centre International d'Antibes

 1. En 1974, La Rochelle a été la première ville en France à s’équiper d’un réseau de vélos en libre-service.

 2. le premier tour des élections municipales s’est tenu le dimanche 15 mars 2020. Le 16 mars les écoles étaient fermées par décision gouvernementale. Le 17 mars à 12h00, le confinement débutait. Le second tour des élections a finalement eu lieu le dimanche 28 juin.

 3. Comme le "bonus vélo à assistance électrique" pour l’achat de vélos électriques et, dans le cadre du tout nouveau "programme Coup de pouce vélo", l’aide de 50€ accordée pour la réparation de son vieux vélo par un réparateur agréé.

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