Littérature

L'homme qui n'aimait pas

western.jpg

Nous évoquons aujourd'hui une bande dessinée en quatre tomes, dont le dernier a été publié en 2017. En septembre dernier est parue l'édition intégrale, une bonne occasion de découvrir ou de redécouvrir un western de bonne facture.

Depuis plusieurs années, le western revient en force comme un genre de premier plan dans la bd franco-belge. Si tout le monde connaît Luky Luke et Blueberry, d'autres titre se sont imposés, du sauvage et mystique Bouncer en passant par le très beau Undertaker, sans oublier Durango, le classique d'Yves Swolfs (qui vient de publier le deuxième tome d'une nouvelle série, Lonesome). La veine ne semble pas près de s'épuiser. Au point qu'on peut se demander si les Français franchiront un cap et iront jusquà la création d'une série ou d'un film. L'idée n'a rien de fantaisiste puisque Les frères Sister, de Jacques Audiard, a montré que l'Hexagone pouvait s'approprier un genre très hollywoodien. Le film d'Audiard supporte la comparaison avec True grit, des frères Cohen. Alors une série, pourquoi pas ?

Arizona, 1889. Deux hommes, un avocat accompagné d'un acolyte musculeux ne sachant articuler que quelques sons, traquent une femme dans le désert. Cette dernière est aux mains de bandits mexicains. Ceux-ci ont accumulé un véritable trésor, mais ce sont des documents qui suscitent la convoitise de la jeune femme et des deux hommes. Que contiennent-ils ? Afin de les récupérer, ils sont prêts à tout. On prend plaisir à suivre les aventures des personnages, au sein de décors bien connus : désert, villes américaines de la toute fin du XIXème siècle, grands espaces, même si  l'histoire se concentre davantage sur le vécu des protagonistes. A l'inverse d'une bande dessinée comme  Bouncer qui met en avant les paysages grandioses de l'Ouest américain.

Tous les éléments classiques d'un bon western sont réunis : le tandem improbable du maigrichon intellectuel et de la brute sans cervelle (plus exactement, au cerveau en mauvais état), la belle cynique immorale, l'argent, la vengeance, les Indiens. Tout ou presque ayant déjà été dit dans un genre qui a fait long feu, le défi consiste, pour les auteurs, Wilfrid Lupano scénariste et Paul Salomone dessinateur, à trouver la petite touche d'originalité ou de savoir-faire qui accrochera le lecteur. Pari réussi ! La narration, extrêmement fluide, et le dessin, soigné et expressif, nous entraînent dans le récit dès la première page. Il faut également mentionner la qualité du travail des coloristes. On néglige cet aspect de la création, or il s'avère capital. Coloriser est un travail à part entière. Par exemple, dans la série Valérian et Laureline, que nous avons déjà abordée, c'est la même coloriste, Evelyne Tranlé, soeur du scénariste Wilfrid Lupano, qui oeuvre depuis le deuxième tome d'une série qui en compte 22. C'est dire l'importance de la tâche.

Dans l'ensemble, L'homme qui n'aimait pas les armes à feu fait preuve de beaucoup de drôlerie, alternant les différents types de comique sans en abuser. Tout fonctionne et tout est plaisant à la lecture. Si cette bande dessinée n'atteint pas une tension dramatique aussi intense qu'Undertaker ni la puissance graphique de Catamount, elle s'impose malgré tout par la qualité de sa trame et la densité de ses personnages. L'histoire emprunte sans faux-semblants les sentiers classiques du western mais aborde également un thème hélas actuel : le droit, au nom du deuxième amendement de la Constitution des États-Unis, de porter un arme afin de se défendre. La question partage aujourd'hui encore les Américains. Ainsi, sous des dehors amusants et même burlesques, une intrigue bien ficelée nous tient en haleine et conserve un rythme égal sur les 4 tomes. On en sort satisfait, et curieux d'en apprendre davantage sur cet Ouest lointain qui a bâti une nation.

 

© Olivier Dalmasso -  Centre International d'Antibes

Partager

D'autres coups de coeur littérature

Le conflit qui, depuis 2011, déchire la Syrie n'est plus à présenter, pas plus que ses funestes conséquences ni les commentaires et analyses plus…

Grande nouvelle pour les fans de la première heure comme pour tout amateur de science-fiction : la série des Valérian, close après 21 tomes et 40…

Le 3 janvier dernier Daniel Pennac a ravi ses lecteurs en nous livrant Le Cas Malaussène I - Ils m’ont menti, la suite des aventures de la famille…

Paru en août 2016, Petit Pays de Gaël Faye a, depuis, reçu le prix du roman Fnac, le prix Goncourt des lycéens, le prix du premier roman et tout…