Cinéma

Quand Polanski nous immerge dans l'affaire qui secoua la France de la fin du XIXè siècle

J'accuse de Roman Polanski

À la fin du XIXème siècle, l'affaire Dreyfus déchira la France et se répercuta dans le monde entier, pendant les douze années que dura le procès de cet officier français accusé d'espionnage. Roman Polanski a pris le parti de raconter cette histoire du point de vue du colonel Picquart, nommé à la tête du contre-espionnage. Son film a reçu Le Lion d'Argent du Meilleur Film à la Mostra de Venise.

Janvier 2020

Roman Polanski rouvre le dossier d'une machination qui manipule la vérité autour d'un bordereau et dans les tiroirs du contre-espionnage. Nous sommes dans la nuance, bien loin des "bons" affrontant les "méchants". Le personnage de Picquart (magistralement incarné par Jean Dujardin, Oscar du meilleur acteur pour L'Artist en 2011) est d'autant plus intéressant qu'il agit très honnêtement. Officier déluré (Il entretient une liaison avec une femme mariée, jouée par Emmanuelle Seigner) et antisémite, le colonel Picquart place sa conscience au-dessus de sa carrière et de ses préjugés.

Alors nouveau chef des Services de renseignements de l'état-major, c'est en mars 1896 qu'il découvre l'identité du véritable traitre, le commandant Esterhazy. Ce dernier, qui entretenait des relations suspectes avec l'Allemagne, est à l'origine du "bordereau", pièce à conviction qui avait fait condamner l'officier juif Dreyfus (joué par Louis Garrel) à la déportation en 1894. L'état-major avait étouffé l'affaire pour sauver l'honneur de l'armée française. Tout le film, visiblement très documenté et à la reconstitution très précise, se concentre sur l'enquête du colonel.

Les décors sont saisissants, c'est une belle vision de l'époque avec ses administrations sordides et ses intérieurs bourgeois étouffants tandis que la musique, haletante et trépidante, donne le ton au film dès le début à l'image de cette enquête documentaire... Un beau travail de Mémoire dans un récit bien mené et captivant.

Le film fait une très belle place, par ailleurs, au texte d'Emile Zola qui donne son titre au film. Le 13 janvier 1998, il publiait dans le journal l'Aurore, fondé par Clémenceau et Vaughan l'année précédente, une lettre ouverte au Président de la République : Ah! Le néant de cet acte d'accusation qu'un homme ait pu être condamné sur cet acte, c'est un prodige d'iniquité. Je défie les honnêtes gens de le lire, sans que leur coeur bondisse d'indignation et crie leur révolte, en pensant à l'expiation démesurée, là-bas, à l'île du Diable. (Extrait de J'accuse). Cette véritable plaidoirie pour la défense de Dreyfus vaudra à l'écrivain aussi une procès à l'issu duquel il sera condamné à un an de prison.

Il faudra attendre 1906 pour que Dreyfus, condamné à nouveau lors d'un second procès, soit grâcié puis réhabilité par le gouvernement. L'épilogue nous montre Picquart cette année-là, avec le grade de général et nommé ministre de la Guerre par Clémenceau. Il reçoit Dreyfus de retour dans les cadres de l'Armée en qualité de commandant. Picquart lui refuse le cadre de lieutenant-colonel pour ne pas réveiller de polémique. Ils ne se reverront plus jamais.

Une grande fresque historique sur une affaire qui apparaît toujours comme le symbole de l'iniquité dont sont capables les politiques au nom de la raison d'état!

 

© Sylviane Colomer – Centre International d'Antibes

 

 

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