Cinéma

Presque 25 ans après "La Haine" (1995), le nouveau film sur la banlieue qui fera date.

Les Misérables de Ladj Ly

Prix du jury au Festival de Cannes 2019, en course pour les Oscars, Les Misérables s'annonce comme l'un des meilleurs films de l'année. Pour son premier long métrage, le réalisateur Ladj Ly frappe fort!

Décembre 2019

À Montfermeil, à l'est de Paris, la cité des Bosquets s'embrase suite à une bavure policière lors d'une interpellation où les hommes de la BAC (interprétés par Damien Bonnard, Alexis Manenti et Djibril Zonga) se font déborder. Toutes les tensions sociales, en condensé dans la cité, s'expriment et la situation devient explosive, d'autant qu'un enfant (interprété par le fils du réalisateur) a filmé la scène avec son drone. Les esprits s'échauffent dans ce tissu social multiethnique et métissé.

 D'abord la colère des Gitans à qui on a volé un lionceau (Issa Perica incarne le jeune voleur puis meneur, de manière émouvante), puis les Musulmans radicaux et leurs échopes communautaires; le faux maire, un caïd, interlocuteur régulier de la police locale; les trafiquants "tout droit sortis de prison" qui singent l'exemplarité; enfin la bande des microbes, ces enfants pour la plupart d'origine malienne. La Brigade Anti-Criminalité travaille au maintien de l'ordre dans des conditions où il est difficile de se faire respecter...

Ladj Ly connaît bien son sujet puisqu'il a grandi dans cette banlieue et il ressort de son récit de grands moments d'émotion : il nous transmet  le ressenti du dedans d'un monde violent certes mais empreint d'une humanité riche en intensité. Comment ces êtres "ordinaires" survivent-ils dans un univers qui donne l'impression de les dépasser, dans un univers qu'ils construisent pourtant de bric et de broc au hasard des faits divers qui surviennent?

Les scènes d'action sont percutantes, avec une tension constante de l'image. Le cinéaste nous livre un portrait sous tension de ces territoires où les enfants grandissent comme ils peuvent. Certes, le film implacable et précis sur la réalités des violences policières, montre en même temps l'impossibilité matérielle des forces, dites de l'ordre, d'exercer convenablement leur mission. En somme, Jy nous révèle un jeu dans la cité où tout le monde perd, où tout le monde est "misérable".

Et on se laisse emporter dans un crescendo, à la limite du supportable, où tout le monde se fait déborder jusqu'à une scène finale suffocante!

 

Les Misérables, un film brûlant, extrêmement dense à ne pas manquer!

 

 

© Sylviane Colomer – Centre International d'Antibes

 

 

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