Cinéma

Marianne - Série Netflix. Scénaristes et réalisateurs : Samuel Bodoin, Quoc Dang Tran - Septembre 2019

Marianne

Une bonne surprise pour la rentrée 2019 : les Français se mettent au fantastique et à l'épouvante avec la série Marianne. La tentative est trop rare, les réticences de notre culture envers ce genre trop fréquentes pour qu'on ne s'en réjouisse pas. Mais que vaut au juste cette si rare incursion des Français dans une genre qu'ils ont tendance à bouder ?

Novembre 2019

Tremblez !

Du frisson à la française...Et pourquoi pas ! Le paysage audiovisuel a été bouleversé par l'avénement de Netflix. Le monde entier surfe sur la vague. L'Espagne triomphe avec La casa de papel, les Allemands, produisent la série fantastique Dark. Les innovations s'enchaînent dans tous les genres et sur toutes les nouvelles plateformes, de Netflix à Amazon prime. La France, pendant ce  temps-là, continue, semble-t-il, de faire comme si de rien n'était. Certes, des séries policières telles qu' Engrenages ou Le bureau des légendes n'ont pas à rougir de leur qualité, et un public international a salué leurs qualités. Mais quid du fantastique et de l'épouvante ? Après tout, Harry Potter et Le Seigneur des anneaux ont cartonné en France comme dans les autres pays du monde. Sans compter le succès des romans de Stephen King, qui ne s'est jamais démenti dans l'Hexagone. Il devait donc bien exister des scénaristes et réalisateurs français pétris de ces imaginaires. On attendait qu'ils trouvent matière à s'exprimer et osent, à leur tour, proposer leur création à la plus célèbre plate-forme de séries "à la demande". Samuel Bodoin et Quoc Dang Tran ont osé!

Peur en Bretagne.

L'action commence à Paris puis se déroule exclusivement en Bretagne, dans une petit ville imaginaire où toute l'action va se dérouler. Il s'agit d'une Bretagne le plus souvent brumeuse et inquiétante, décor idéal pour une ambiance fantastique.

Nous suivons les pérégrinations d'Emma Larsimmon, jeune auteur à succès écrivant des romans d'horreur. Suite à un événement traumatisant, Emma choisit de respecter les dernière volontés d'une amie d'enfance et de ramener un souvenir à la mère de cette dernière. Emma va mettre ce séjour à profit pour tenter de renouer une relation harmonieuse avec ses parents et amis restés "au pays".  Mais l'accueil qui lui est réservé s'avère peu chaleureux. Et que sont ces visions atroces qui hantent ses cauchemars ? Hantise, sorcellerie, disparitions inquiétantes. Très vite, la réalité conventionnelle bascule... Dans la petite ville d'Elden, isolée du monde, le temps semble s' être arrêté.

Premières impressions

Première surprise : c'est bon, et c'est même très bon. On s'attache à l'héroïne, pourtant déplaisante par son égocentrisme et son cynisme. On est très vite plongé dans l'intrigue, l'atmosphère s'installe rapidement, et on est pris dans l'histoire. On sent que toute l'équipe croit au projet. On ne trouve la distance à la française que par petites touches apportant une respiration bienvenue. Mais rien qui entrave l'adhésion du spectateur. On y est et on y croit !

Deuxième surprise : il s'agit d'une VRAIE série d'horreur et d'épouvante. On sursaute, on tremble pour les personnages, on vit leur angoisse. En bref, on a tout simplement peur.

Le genre horrifique et ses codes sont  respectés et appliqués pour ce qu'il sont. Pas de rupture qui briserait le charme, pas de longues tirades façon "Comédie française", mais au contraire du "naturel", du suspense et du frisson. Les acteurs jouent et ne s'écoutent pas parler. Les actrices, Victoire Du Bois dans le rôle d'Emma, et Lucie Boujenah dans celui de son assistante, donnent vie aux personnages et sont au service de l'intrigue.

Un Stranger things à la française ?

 On ne saurait décemment comparer Marianne à Stranger things, cette dernière cumulant, tout au moins dans sa première saison, trop de savoir-faire, de talents et de nostalgie liée aux films des années 80. En revanche, on peut affirmer que  la série de Bodoin se tient d'un bout à l'autre. Par ailleurs, on ne déplore aucun relâchement de rythme, pas d'abus du flashback ni d'effets faciles. En outre, comme nous l'avons signalé, le bavardage à la française ne s'y fait quasiment pas sentir. Une première, vraiment. Une bouffée d'air pur dans le paysage audiovisuel français.

Un nouveau souffle

Il était temps que prenne fin le complexe que nourrit consciemment comme inconsciemment la culture française envers le film ou la série de genre autre que policière ou réaliste. L'empreinte de notre héritage culturel et littéraire se fait lourdement sentir. Notamment celui du XIXème siècle qui a vu, d'une manière générale, s'imposer le genre réaliste au détriment de tous les autres.  Pourtant, on ne saurait le nier, Théophile Gauthier, Maupassant ou Prosper Mérimée et même Victor Hugo ont écrit du fantastique. Ce n'est pas parce que la veine réaliste a triomphé qu'elle doit occulter tout le reste, quelle que soit la qualité des oeuvres qu'elle a engendrées, de Madame Bovary aux Rougon-Macquart.

Il se peut que, par le biais des séries, les productions françaises s'autorisent enfin ce que le cinéma ne permet pas, sinon avec la plus grande timidité : sortir du cloisonnement genre intimiste/cinéma social/comédie familiale. Le cinéma français a largement démontré son savoir-faire dans ce domaine, mais ça ne suffit plus. Le public, dans son ensemble, désire voir autre chose que la vie de son voisin de palier. La preuve en est que même Télérama, magazine élitiste s'il en est, a apprécié la série Marianne. Il y a bien eu quelques réaction mitigées sur les réseaux sociaux -les goûts et les couleurs!- mais dans l'ensemble, la réception du public reste positive.

 

Après ce succès mérité, espérons que Marianne ne demeure pas un cas isolé.

 

© Olivier Dalmasso – Centre International d'Antibes

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