Edito du mois

Les prix littéraires français

L'automne est arrivé et son cortège de prix littéraires. Nous nous proposons donc de faire le tour de ceux qui sont attribués en France. Ils viennent récompenser chaque année, à la fin de la rentrée littéraire, des livres francophones dont les ventes explosent ensuite pour le bonheur de leur Maison d'édition et des libraires.

Précédant la remise des prix, les salons littéraires se succèdent en France. Celui de Mouans-Sartoux, à quelques kilomètres d'Antibes, en est un des plus courus en ce début d'automne. Des centaines d'écrivains y sont invités depuis 1988 où il a été organisé pour la première fois par la ville .

Mais revenons au sujet annoncé... Le plus ancien et prestigieux des prix est plus que centenaire : le prix Goncourt a été créé d'après le testament d'Edmond de Goncourt[1]. L'Académie Goncourt sera fondée en 1902 et  le premier prix Goncourt[2]  sera proclamé le 21 décembre 1903. Depuis lors, le prix est décerné chaque année en novembre, après 3 sélections successives en septembre et octobre, parmi les romans publiés durant l'année en cours.

Les membres de l'Académie Goncourt sont au nombre de dix, ils sont cooptés par les autres membres et désignés à vie. Ils ne perçoivent aucune rémunération ni aucun dédommagement, hormis le couvert qui leur est assuré chez Drouant[3]. Depuis 2014, Bernard Pivot en est le président du jury.

Mais le prix qui ouvre traditionnellement la saison des prix littéraires en France est le Grand prix du roman décerné par un jury de douze membres de l'Académie française[4]. Créé en 1914, il récompense chaque année au mois d'octobre « l'auteur du roman que l'Académie a jugé le meilleur » parmi les romans parus dans l'année. La dotation est aujourd'hui de 10000 euros.

Longtemps appelés « bourses », d'autres prix sont aussi décernés chaque année par l'Académie Goncourt. En particulier le prix Goncourt des lycéens, créé en 1988 par l'enseigne commerciale FNAC et le Ministère de l’Éducation nationale. Il offre à de jeunes lecteurs l'occasion de lire et de débattre de la qualité des romans sélectionnés par l'Académie Goncourt au mois de septembre. Une cinquantaine de classes de lycéens se penchent ainsi durant plus d'un mois sur une quinzaine de romans. Des professeurs, membres de l'Association Bruit de livres vont les épauler lors de leur délibération. Le prix est décerné à Rennes[5], quinze jours après son aîné.

Créé en 1904 par 22 collaboratrices du magazine La vie heureuse, le prix Fémina constituait un contre-poison au prix Goncourt jugé misogyne (la première femme récipiendaire du prix Goncourt sera Elsa Triolet en 1944). Le jury est exclusivement féminin et le prix est attribué chaque année le premier mercredi de novembre à l'hôtel Le Crillon à Paris. Il récompense une œuvre d'expression française écrite en vers ou en prose mais il est sans dotation. Il existe un prix Femina des lycéens depuis 2016.

Sans dotation lui aussi, le prix Renaudot[6] a été créé en 1926 par dix journalistes et critiques littéraires qui attendaient les résultats de la délibération du jury du prix Goncourt. Il récompense un roman ou un récit au ton et au style nouveau. Il répare, dit-on, les éventuelles injustices du prix Goncourt... L'annonce du prix se fait en même temps que celui du prix Goncourt, le premier mardi de novembre, au restaurant Drouant. Il existe aussi un prix Renaudot des lycéens depuis 1992.

Notons, au passage, que les prix concernant les jeunes lycéens français ont inspiré de nombreux pays. Entre autres l'Allemagne et le prix littéraire des lycéens allemands organisé depuis 2005 par l'Ambassade de France à Berlin, le bureau du livre de jeunesse à Francfort et les Ministères de l'Education des différents länder. La remise du prix se fait chaque année à Liepzig. Y participent aujourd'hui plus de 3500 élèves et ce nombre est en constante augmentation. Depuis 2008 aussi, l'Ambassade de France  en Autriche, en coopération avec les autorités éducatives, propose un projet de promotion du français, le prix des lycéens autrichiens. Le prix littéraire des lycéens libanais, quant à lui, a vu le jour en 2004 et regroupe 12 établissements. Les lycéens vont débattre en cours d'année sur les six ouvrages proposés pour élire en mai le roman qu'ils auront préféré.

Mais revenons aux prix décernés en France.: une trentaine de journalistes, qui déjeunaient au Cercle de l'Union interalliée[7] à Paris en attendant les délibérations des dames du jury du prix Fémina, fondaient le prix Interallié en 1930. Il récompense -sans dotation- chaque année deux essais, un en histoire, un autre en souvenirs et société. Le jury est composé d'écrivains et de journalistes masculins. Dernier à être décerné à la mi-novembre, il clôt la saison automnale des prix littéraires au restaurant parisien Lasserre, dans le 8ème arrondissement.

Le 1er avril 1958, une mécène littéraire Gala Barbisan, d'origine russe, et Jean Giraudoux, le fils de l'écrivain Jean Giraudoux, fondent un nouveau prix, le prix Médicis. Il couronne un roman, un récit, un recueil de nouvelles dont l'auteur débute ou n'a pas encore de notoriété malgré son talent. Son jury se réunit en septembre et octobre pour ses trois sélections, au restaurant Le Méditerranée à Paris. Le prix est remis en novembre comme l'ensemble des prix de la rentrée littéraire. Le récipiendaire reçoit une dotation de 1000 euros.

Toujours en novembre, le prix de Flore récompense un jeune auteur (et souvent un premier roman) au talent jugé prometteur. Le jury est composé de journalistes. Le lauréat reçoit une dotation de 6100 euros et le droit de consommer chaque jour pendant un an au Café de Flore[8] un pouilly-fumé[9] dans un verre gravé à son nom. Ce prix a été créé en 1994 par un cénacle de littéraires avec entre autres Carole Chrétiennot et Frédéric Beigdeber. La romancière Françoise Sagan en a été la marraine pour sa première édition.

Le plus récent de ces prix littéraires est le prix Wepler créé en 1998 à l'initiative de la Librairie des Abbesses avec le soutien de la Fondation La Poste et de la Brasserie Wepler. Elle distingue un auteur contemporain qui reçoit le prix d'une dotation de 10000 euros ; la « mention spéciale » reçoit une dotation de 3000 euros.  Son jury est intégralement renouvelé chaque année et le prix est remis en novembre à la Brasserie Wepler, au cœur de la place de Clichy à Paris.

Gloire et reconnaissance sont les récompenses directes pour l'ensemble de ces prix ; pour quelques-uns la dotation est modeste, mais, dans tous les cas, leurs ventes sont en forte hausse (400000 environ pour le Goncourt) dans cette période de l'année : on les retrouve bien souvent au pied du sapin de Noël !

En attendant, nous allons bientôt connaître les noms des heureux récipiendaires. Alors, bonne lecture pour la suite !

 

© Sylviane Colomer - Centre International d'Antibes

 

Notes

[1]Edmond de Goncourt et son frère Jules, ici représentés sur la photo du photographe Félix Nadar (1820-1910), tous deux écrivains rentiers, décident qu'après leur mort, leurs biens soient vendus, leur capital placé et que les intérêts de cette somme soient utilisés pour rémunérer les 10 membres écrivains de leur Académie (à hauteur de l'équivalent de 3000 euros par mois). Le lauréat quant à lui se voit attribué un prix de l'équivalent de 30000 euros. Mais le capital de départ va rapidement fondre : de crises financières en dévaluation, le prix s'est transformé en 10 euros symboliques et les membres de l'Académie sont aujourd'hui bénévoles.

[2]John  Antoine NAU, lauréat franco-américain d'expression française, pour son roman Force ennemie (éd. La Plume).

[3]Les dix membres de l'Académie se réunissent chaque mardi du mois dans leur salon, au premier étage du restaurant Drouant dans le 2ème arrondissement de Paris. Lors des sélections, si après 14 tours de scrutin, il n'y a pas de lauréat élu, le président a une voix double pour déterminer une majorité de vote.

[4]L'Académie française décerne aussi tous les deux ans le Grand prix de littérature, créé en 1911, qui couronne l'ensemble de l'oeuvre d'un auteur en alternance avec le Grand prix de littérature Paul- Morand depuis 1977.

[5]Le Rectorat de Rennes a été à l'initiative de la création de ce prix.

[6]Le prix tient son nom de Théophraste Renaudot, le journaliste fondateur du premier journal français, La Gazette de France, en 1631.

[7]Le Cercle de l'Union interalliée a été fondé en 1917 lors de la Première Guerre mondiale . L'association élut domicile dans l'hôtel particulier d'Henri de Rothschild (rue Faubourg Saint Honoré) dont elle fit l'acquisition en 1920.

[8]Le Café de Flore se trouve dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés. Il est, depuis la fin de la première guerre mondiale, un lieu où se rencontrent écrivains et intellectuels. Le premier à le fréquenter fut le poète Guillaume Apollinaire.

[9]Le Pouilly-Fumé ou Blanc-Fumé de Pouilly est un vin blanc d'appellation contrôlée produit uniquement à partir de cépage Sauvignon, autour de Pouilly-sur-Loire dans la Nièvre.

 

 

 

 

 

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