Cinéma

Desplechin filme Roubaix, une lumière

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À partir d'un fait divers macabre, qui a déjà fait l'objet d'un documentaire [1] , Arnaud Desplechin montre dans son dernier film, Roubaix, une lumière, la misère sociale et humaine, sur le ton du polar. Un film bien ficelé qui tient les spectateurs en haleine de bout en bout.

Septembre 2019

On connaissait Arnaud Desplechin et son attachement à sa ville natale, Roubaix[1], dans le nord de la France, qui lui avait inspiré un documentaire en 2007, L'Aimée, et l'année suivante une fiction, Un conte de Noël. En 2015, une autre fiction, Trois souvenirs de ma jeunesse, précèdera Les fantômes d'Ismaël sortis en 2017. Avec son dernier film, Roubaix, une lumière, le réalisateur se met au polar pour raconter l'enquête d'un terrible fait divers qui avait fait la une en 2002 à Roubaix, justement.

Dès le début du film, plusieurs pistes partent sur les pas du commissaire Daoud (interprété par le talentueux et charismatique Roschdy Zem) et son équipe : bagarre de voisinage, escroquerie à l'assurance, fugue d'une mineure, viol d'une très jeune fille, incendie dans un immeuble... Puis on s'éloigne du réalisme documenté de cette première partie du film pour découvrir que l'incendie dans l'immeuble n'a pas fini de parler : il masque en réalité le cadavre d'une vieille femme, un acte criminel abject et deux jeunes femmes suspectes, d'après le commissaire, voisines de cour et déjà croisées lors de l'enquête première.

Léa Seydoux  et Sara Forestier prêtent leur talent de comédiennes aux deux criminelles amantes et déjantées, Claude et Marie. Leur performance, en particulier lors de leur confrontation, plonge paradoxalement dans une profonde humanité et la reconstitution du crime se présente comme une reconquête, par les mots et les gestes, du monde des hommes ; de l'humanité,en somme, qu 'elles avaient perdues.

La lumière de ce film sombre, tout en clair obscur, c'est très précisément cette humanité qui se dégage des personnages, à commencer par le commissaire Daoud et son coéquipier Louis fraîchement diplômé (Antoine Reinartz) : le véritable marathon mental que constitue l'interrogatoire qu'ils mènent avec l'ensemble de leur équipe est remarquable. Sans oublier les comédiens amateurs qu'Arnaud Desplechin a appelés un à un sur la scène du cinéma Le Duplexe de Roubaix après la projection du film. Revoir tous ces visages que j'ai filmés, de les voir nous rejoindre Roschdy et moi, c'était vraiment un choc émotionnel assez fort, confie le réalisateur ému.

En tout cas, ce thriller noir une nuit de Noël est parfaitement maîtrisé et accrocheur. Un film à voir !

 

© Sylviane Colomer – Centre International d'Antibes

[1]Ce documentaire fit sensation pour avoir enregistré le terrible aveu d'un assassinat – Roubaix, commissariat central, affaires courantes de Mosco Boucault, diffusé en 2008 sur France 3.

[2]On a la chance d'avoir l'un des plus grands réalisateurs de sa génération qui est inspiré par une ville où il est né, a déclaré le maire de Roubaix  lors de la projection du film au cinéma Le Duplexe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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