Cinéma

Guy d' Alex Lutz

Un journaliste, Gauthier, apprend à la mort de sa mère qu’il est le fils illégitime d’un chanteur populaire Guy Jamet, interprété par Alex Lutz. Il trouve alors un moyen original pour le découvrir : le suivre lors d’une tournée pour en dresser un portrait filmé. Une troublante filiation va naître…Un documentaire fiction étonnant, délicat et drôle où se dévoilent les moments de succès, les passions, les illusions perdues. Derrière le portrait de la star, se révèle un homme sans fard. Un remarquable montage d’images d’archives à découvrir pour retrouver notre mémoire musicale et notre pop culture.

Guy d'Alex Lutz Date de sortie : le 29 août 2018 et présenté à Cannes le 16 mai 2018
Octobre 2018

Découvrir son père en réalisant un documentaire sur lui, c’est le défi de Gauthier (joué par Tom Dingler, scénariste et acteur qui a travaillé à la scénographie des spectacles d’Alex Lutz de 2008 à 2013), qui part en tournée avec Guy Jamet, ancienne pop star française des années 60, que sa mère (jouée par Brigitte Roüan) a follement aimé. Alex Lutz, totalement métamorphosé grâce à la prouesse du maquillage, impressionne par la justesse du ton. La voix est chaude, les gestes sont ralentis, le regard trouble. Ce langage du corps traduit le vieillissement tout comme les sensations de vide. C’est un chanteur populaire sur le déclin qui malgré son énergie et son désir de scène, réalise aussi la fin d’un monde ; celui des nuits folles en tournée, des fans endiablés, des passions…de sa jeunesse. Les feux de la rampe s’éteignent doucement pour laisser place aux doutes, aux peurs qui hantent cet artiste.

Il a, en effet, cette conscience aiguë du regard amusé, ironique qu’on peut porter sur lui, et en particulier Gauthier : « […] Tu filmes un vieil homme dont tu n’aimes rien et que tu n’as même pas envie de découvrir. Il n’y a rien de pire. » Il ne s’épargne pas.

Gauthier va doucement oublier son regard moqueur sur Guy pour que la filiation se tisse…

Ce qui surprend avec ce documentaire fiction, au montage d’archives surprenant et habile, c’est que nous croyons tellement à ce personnage de Guy Jamet qu’il semble appartenir à notre histoire musicale comme l’est Claude François.

Saluons le travail des deux compositeurs Vincent Blanchard et Romain Greffe. Durant ces instants d’archives, qui mêlent de vrais titres comme Je reviendrai à Montréal de Robert Charlebois ou encore Boys will be boys de Duncan Sisters, nous retrouvons de réels chanteurs français comme Dani (qui incarne Anne-Marie âgée, l’amour de Guy Jamet), Julien Clerc, et des émissions qui appartiennent à notre pop culture comme celles de Michel Drucker qui joue son propre rôle d’animateur. Un duo au piano émouvant et drôle, avec notamment Anne-Marie jeune (jouée par Elodie Bouchez), évoque l’époque des grands duos qui ont marqué certaines émissions télévisées françaises comme celle des époux Carpentier. Cet aspect désuet réveille aussi pour chacun de nous ses propres références musicales. D’ailleurs, les récentes funérailles nationales de Johnny Haliday, icône de la chanson française et parallèlement celles de Jean d’Ormesson, auteur et intellectuel phare de notre littérature l’illustrent parfaitement. Nos artistes appartiennent à notre histoire collective.

Alors à cette question, mais c’est quoi un artiste ?  Guy rétorque : « « Je ne crois pas que tu deviennes artiste, je crois que c’est un état d’âme, moi, je ne sais pas si j’ai du talent mais je sais que je suis un artiste, en tout cas l’esprit et l’état d’âme c’est sûr…c’est une colère. »

Au gré de cette tournée et des salles de concert, on découvre aussi toute une France qui l’accueille… un public fidèle.

Ce fils journaliste au regard acerbe va comprendre ce qu’est ce destin de star ; un destin d’exception porté par un homme sincère et complexe. Toute la réalité de cette vie d’artiste se dessine alors, le besoin d’argent, les exigences du public, les bonheurs, les partages, les cruautés et toute la solitude éprouvée. Ce personnage ne triche ni avec sa carrière, ni avec ses convictions et c’est ce qui le rend attachant.

Puis des scènes dans la maison de Provence de Guy dévoilent son intimité avec sa compagne Sophie, aux allures évanescentes, remarquablement interprétée par Pascale Arbillot.

On partage une vie d’artiste, une vie tout simplement. C’est d’ailleurs pour son réalisateur bien plus qu’un documentaire fiction : « C’est une ode à la vie. » L’incroyable se produit puisqu’à la fin de ce film, on est presque en deuil, comme si on venait de perdre un artiste cher Guy Jamet, alors que ce personnage est purement fictif. C’est la vraie magie de ce film.

 

Visionner la bande-annonce :

https://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19578208&cfilm=256872.html

 

© Muriel Navarro  - Centre International d'Antibes

 

 

 

 

 

 

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