Cinéma

Le collier rouge de Jean Becker - Date de sortie : 28 mars 2018

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Le centenaire de l'armistice de 1918 nous avait déjà valu l'évocation des morts sur le front avec Au-revoir là-haut d'Albert Dupontel et celle des femmes restées à l'arrière avec Les Gardiennes de Xavier Beauvois. Le film de Jean Becker, Le collier rouge, adapté du roman éponyme de Jean Christophe Rufin, se consacre aux rancoeurs des poilus envers ceux qui les ont envoyés dans les tranchées d'une guerre sans merci.

Fils de Jacques Becker (Parmi une extraordinaire filmographie, Casque d'or en 1952, avec l'inoubliable rôle de Simone Signoret) dont il a été l'assistant réalisateur sur bon nombre de films dans les années 50, Jean Becker avait réussi un coup d'éclat en 1983 avec L'été meurtrier -adapté du roman policier de Sébastien Japrisot- magnifiquement interprété par Isabelle Adjani, Michel Galabru et Alain Souchon. Les films qui suivront, Les enfants du marais, Effroyables jardins, Dialogue avec mon jardinier ou Bienvenue parmi nous reflètent le caractère profondément humaniste que le cinéaste entend donner à l'ensemble de ses films. L'adaptation fidèle du roman de Jean Christophe Rufin n'échappe pas à cette règle.

Avec Le collier rouge, nous sommes en 1919, dans un petit village du Berry : un juge (François Cluzet) essaie de sortir d'un faux pas qui peut lui valoir une lourde peine, un soldat emprisonné (Nicolas Duvauchelle) qui a rejoint, tout comme le juge averti de cette position, les premiers pacifistes et antimilitaristes de l'immédiat après 14-18.

Un chien hurle devant les portes de l'ancienne caserne transformée en prison pendant la Grande Guerre... L'officier aristocrate, du nom de Lantier du Grez, n'a que quelques jours pour essayer de comprendre ce qui s'est passé dans la tête de Morlac, le soldat prisonnier. Au fil des jours, les interrogatoires vont devenir des échanges entre les deux hommes durant lesquels Morlac fait le récit de cette abominable guerre, de la Champagne à Salonique dans l'armée d'Orient, du front à la fraternisation au son de l'Internationale dans les tranchées et le chien fidèle, Guillaume, toujours aux basques de Morlac... On ne découvrira l'affaire qu'au terme de l'enquête...

Et puis, il y a Valentine (Sophie Verbeeck) cette jeune femme orpheline (d'un père allemand, juif pacifiste et d'une mère berrichonne) dont Morlac était tombé amoureux avant sa mobilisation. Un enfant est d'ailleurs né de cette union, il l'apprendra au front. Alors pourquoi Morlac ne reprend-il plus contact avec la mère et son enfant lorsqu'il rentre au pays ? Une enquête parallèle que le juge militaire aura tôt fait de démêler grâce à quelque complicité villageoise...

De ce tête à tête entre les deux hommes, naît ainsi une forme de vérité, autant sur le conflit que sur la complexité du cœur humain.

La mise en scène de Jean Becker reste classique, avec quelques retours en arrière et les scènes de combat sont bien menées. Les images campagnardes sont belles et les clairs-obscurs nous font rentrer dans l'intimité des visages que nous croisons. Le récit originel demeure. Le roman de Jean Christophe Rufin1 est bien traduit. On est touchés par autant de grâce et d'humanité.

 

© Sylviane Colomer  - Centre International d'Antibes

 

1. Roman sorti en février 2014 que nous avions cité à l'époque dans "Sur les galets"

Voir aussi les films Au revoir là-haut d'Albert Dupontel et Les gardiennes de Xavier Beauvois

 

 

 

 

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