Cinéma

Elle l’adore

Jeanne Herry signe un premier long-métrage surprenant. Elle l’adore était déjà en tête du box-office avec 204.698 entrées la première semaine. Pour ce premier film, Jeanne Herry recevra le prix Michel-d’Ornano succédant à Guillaume Galienne pour Les garçons et Guillaume, à table ! , lauréat en 2013.


Elle l’adore est un film insolite, entre polar et comédie noire à l’humour discret qui dévoile une jeune réalisatrice talentueuse.

<p>.</p>

Jeanne Herry est la fille de Miou-Miou (actrice) et Julien Clerc (chanteur). Formée à l’école internationale théâtrale, le temps aura été long avant qu’elle ne soit reconnue. Après quelques rôles à 1589054-jeanne-herry-avantpremi-egrave-re-du-950x0-1_590la télévision, au cinéma, sur les planches et un roman, 80 étés publié chez Gallimard, c’est en tant elleladore_450que réalisatrice que l’on retiendra son nom. Ce premier film, elle l’aura porté dix ans avant de le réaliser et aura écrit vingt versions du scénario. On comprend ainsi cette écriture soignée, précise, qui aboutit à une histoire surprenante et bien ficelée.

Muriel Bayen (Sandrine Kiberlain) est esthéticienne. Bavarde et un peu menteuse, elle aime raconter des anecdotes plus farfelues les unes que les autres. Depuis 20 ans, elle est la première fan du chanteur à succès, Vincent Lacroix (Laurent Lafitte). Avec ses chansons et ses concerts, il occupe presque toute sa vie. La vie de Muriel bascule le soir où son idole sonne à sa porte pour lui confier une mission dangereuse. Elle est entraînée dans une histoire qu’elle n’aurait pas osé inventer.

Sandrine Kiberlain est époustouflante dans ce rôle. Dès la première scène, Muriel est présentée comme un personnage farfelu, qui semble s’être perdu entre affabulation et réalité.

D’ailleurs, même ses enfants ne l’écoutent plus. Si parfois on est gêné lorsqu’elle s’embarque dans des histoires sorties de son imagination, plus tard dans le film, on appréciera ce don pour la fabulation. Muriel est fan parce que c’est un plaisir, elle est loin d’être la groupie psychopathe que l’on pourrait s’imaginer avant d’aller voir le film. Laurent Lafitte incarne un chanteur populaire, simple, qui démontrera un don avéré pour la manipulation voire la trahison.

La mécanique de l’histoire est bien construite et réserve une place au spectateur. Ce dernier est tout de suite pris dans le scénario. Il est tenu en haleine à chaque instant, mis sous tension et surpris. A aucun moment, il anticipe les événements, au contraire il les découvre en même temps que les personnages. Elle l’adore n’est pas comique mais lors de la scène -clé de voûte du film- d’une quinzaine de minutes où Muriel est gardée à vue et interrogée par un couple de policiers dépassés (Pascal Demolon) et (Olivia Côte), Sandrine Kiberlain démontre ses talents d’actrice comique. Cette scène est vraiment magnifique et restera la meilleure du film.

adore_644

Ce film évoque l’addiction que certains fans ont à l’égard des célébrités : peut-être le titre Elle l’adore  s’inspire-t-il de la chanson de Michel Berger,  La groupie du pianiste.

Pour nous, ce premier long-métrage nous aura fait surtout découvrir une réalisatrice dont on attend impatiemment le prochain film.

 

© Cécile Carreras – Centre international d’Antibes

Partager

D'autres coups de coeur cinéma

Barbara… 2017 est l’année de commémoration de notre Dame brune, notre clown noir disparue en novembre 1997. Comment raconter cette artiste de légende

Après Le Petit Nicolas adapté à l'écran dans plusieurs longs métrages et séries, c'est au tour de Raoul Taburin, une autre œuvre de Jean

Les bons films récents portant sur des affaires criminelles ne sont pas légion. Une intime conviction semble pourtant déroger à cette règle. Ce film…

La critique, une fois n'est pas coutume, semble unanime. Le dernier film d'Albert Dupontel, Au revoir là-haut, adapté du roman de Pierre…