Littérature

Galadio

Né en 1949, Didier Daeninckx a exercé pendant une quinzaine d’années divers métiers, d’ouvrier imprimeur à journaliste localier. En 1984, il publie Meurtres pour mémoire (Série noire. Gallimard). Il a depuis fait paraître une cinquantaine de titres, romans et nouvelles, qui confirment  une volonté d’ancrer les intrigues du roman noir dans la réalité. C’est d’ailleurs cette spécificité qui lui a valu en 1994 le prix Paul Feval de la littérature populaire pour l’ensemble de son œuvre, prix décerné par la Société des gens de lettres. Avec Galadio, Didier Daeninckx éclaire un aspect méconnu de l’histoire du XXe siècle à partir d’une très solide documentation.

 

didier-daeninckx_243La popularité et la qualité des romans de Didier Daeninckx avaient déjà été confirmées par le Grand Prix de la littérature policière et le Prix Goncourt du livre de jeunesse – il écrit également pour la jeunesse (Syros-Souris Noire, Gallimard-Page Blanche, Flammarion), et intervient dans les lycées et collèges*.
Il n'est pas étonnant qu'il s'intéresse à Galadio. Son personnage est un adolescent des années trente. Un adolescent allemand de Duisbourg comme les autres, à un détail près : sa peau est noire.  Ulrich Ruden est fruit du bref amour d’un soldat africain des troupes françaises avec une jeune Allemande. Il ne connaît pas son père, reparti quelques mois avant la naissance de son fils. Ils seront des centaines comme Ulrich à subir « la honte noire » que dénonçaient Hitler et les nationalistes, à être aspirés par l’intolérance et les lois raciales de Nuremberg.

Dès les premières pages du roman, la plume de l’écrivain, sobre et juste, témoigne du pouvoir évocateur de la main qui écrit : [En hiver, ici à Ruhrort, le Rhin étire ses méandres aux reflets métalliques sur lesquels, par centaines, les voiliers, les vapeurs glissent en silence tandis que des convois interminables tirés par des locomotives accolées font trembler les arcades ajourées du pont de fer. ] (p.9)

Des sentiments simples et forts dominent la relation du fils et de sa mère. Cette fois, ce sont les sens qui guident le lecteur : [Maman est assise à table, devant un bol de lait chaud parfumé à la cannelle. Je m’incline pour l’embrasser. Sa chevelure a emprisonné l’odeur du fer et du feu, d’infimes particules de métal incrustées dans sa peau brillent quand elle remue les mains. ] (p.17), ou encore une pensée qui anime le jeune adolescent : [Pour elle, je suis Ulrich. Je sais bien sûr que c’est moi, mais j’ai le sentiment que cet amour serait plus fort encore s’il s’adressait aussi à Galiado. ] (p.14)

 

galadio_475Et l’histoire de cette période tragique s’insère naturellement dans le roman : [ …un employé en blouse grise posa sur un chariot métallique les quatre reliures contenant les nouvelles de 1921 et 1922, l’année de ma naissance. ] (p.36) Ulrich découvre [ avec étonnement qu’à cette époque, le mark ne valait plus rien et qu’il en fallait plusieurs dizaines de millions pour acheter un kilo de pommes de terre…] (p.37), que [ L'occupation de Duisbourg et Ruhrort s’est effectuée le 8 mars à midi… par des détachements de troupes belges… et des troupes françaises, ] [p.38] mais aussi que [ le sujet qui s’imposait au fil des parutions, au point de devenir le thème unique du Münchner Zeitung, avait trait à la présence de plusieurs milliers de soldats noirs parmi les troupes françaises. ] (p.39)

La quête amoureuse n’est pas absente de son parcours. Elle lui donne l’énergie et l’espoir d’être, elle demeure pudique : [ Mes paumes se posent sur son cou, nos visages se rapprochent, nos lèvres se joignent. En une seconde, j’apprends ce que c’est que l’éternité. Il me semble que plus rien n’est en mesure de me résister. ] (p.16) Retrouvera-t-il la jeune fille à son retour à Duisbourg ? : [ Je suis certain d’une chose : l’encre n’a pas séché sur le nom de Déborah. ] (p.154)

Balloté par l’Histoire, de Duisbourg des années vingt aux studios de cinéma de Babelsberg des années trente, jusqu’aux rivages du Sénégal où il aura enfin prise sur sa propre vie, ce jeune Allemand découvre peu à peu une autre facette de son identité : Galadio. Nous vous laissons découvrir ce long cheminement qui jamais ne trahit la réalité ni notre faculté à imaginer.


voir l'interview de Daeninckx sur son roman Galadio

 

* Didier Daeninckx se rend disponible et s'implique volontiers, personnellement, auprès des collégiens et lycéens que ce soit à l'étranger, via le réseau des Instituts Français, ou en France.
Il y a quelques mois, notre collègue et ami Florent Durel qui avait été en poste à l'Institut Français de Munich et qui est actuellement professeur de français au collège François Truffaut de Strasbourg, nous donnait de ses nouvelles et nous informait du travail effectué dans son établissement avec Didier Daeninckx.  Voici l'interview de l'auteur réalisée lors de son passage : http://www.col-truffaut-strasbourg.ac-strasbourg.fr/?p=104

 

 

© Colomer Sylviane - Centre International d'Antibes

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