Cinéma

The Artist

Depuis Silent Movie de Mel Brooks en 1976, aucun réalisateur ne s’était plus risqué à tourner un film muet. Avec The Artist pour lequel l’interprétation de Jean Dujardin a été couronnée d’un Prix d’interprétation au Festival de Cannes 2011, Michel Hazanavicius renoue pour le plus grand plaisir des amoureux du cinéma avec ce genre anachronique et nous entraîne, en noir et blanc, dans la belle époque des années 20 à Hollywood.


Michel Hazanavicius
signe une œuvre d’un impeccable classicisme et prouve une étonnante maîtrise d’un langage cinématographique jadis prépondérant et devenu, depuis les années 40, langue morte. The Artist est un grand film populaire au sens le plus noble du terme pour « renouer avec la manière dont travaillaient les grands réalisateurs de l’âge d’or hollywoodien, Hitchcock, Lang, Lubitsch, qui, pour la plupart, venaient du muet », raconte le réalisateur.

the_artist.jpg_456Après les deux OSS 117, pastiches des kitschissimes films d’espionnage des années 60, Michel Hazanavicius fait à nouveau appel à Jean Dujardin pour incarner une icône de l’âge d’or. Et il ne s’est pas trompé : la star du muet qui connaît une déchéance brutale, Georges Valentin, qu’il incarne, est d’une justesse troublante de même que Bérénice Béjo – la compagne du réalisateur à la ville – est lumineuse dans son interprétation de Petty Muller, une gloire montante du cinéma parlant.

Une histoire d’amour – inspirée de celle, vraie, de Greta Garbo et son amant John Gilbert – une romance entre deux destins qui se croisent et d’où découle tout le reste. Un train en marche qui roule à toute allure. Le jeu des acteurs est jubilatoire, les deux seconds rôles, icônes du cinéma indépendant américain, James Cromwell, le majordome Clifton, et John Goodman, le metteur en scène Al Zimmer, ne déméritent en rien. Un mélodrame émouvant et drôle qui raconte, sans jamais ennuyer, le plus grand bouleversement technologique de l’histoire du cinéma.

Des images époustouflantes, une musique qui porte toutes les scènes, des clins d’œil – au propre comme au figuré –, le spectateur tient une grande place dans ce dispositif. Un film cabot qui s’assume et qui nous fait passer un grand moment de cinéma !

Fine moustache et cheveux gominés, le héros mutique et déjà « culte » du film avait conquis Cannes en mai 2011. Il s’apprête à récidiver à Hollywood avec, en ligne de mire, la cérémonie des Oscars.

Gageons que le distributeur de The Artist, l’Américain Harvey Weinstein, aura fait le bon choix en emmenant son poulain dans la course aux nominations et que l’Académie des Oscars sera sensible – comme nous – au charme de ce film muet, le 26 février 2012 !

 

© Sylviane Colomer – Centre International d’Antibes

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