Edito du mois

Tragédie

Mars 2011. Une tragédie s’est abattue sur le Japon. Notre première pensée va aux très nombreux étudiants japonais que nous  avons accueillis.  A eux qui nous ont fait l’amabilité et l’honneur de s’intéresser à notre culture et à notre langue et avec qui nous avons tissé des liens d’amitié. Face à l’horreur absolue, nous compatissons aux souffrances des centaines de milliers de sinistrés et admirons le peuple japonais dans son ensemble pour la belle leçon de dignité face à l’adversité la plus terrible. Tout notre respect va également à ces "liquidateurs" anonymes qui se sacrifient dans leur tentative désespérée à endiguer les dégâts d’une catastrophe nucléaire historique, ou bien encore, à ces jeunes  qui se refusent à abandonner les plus âgés, les plus fragiles. Les images planétairement diffusées nous emplissent tour à tour d’admiration pour ce peuple mais aussi d’effroi et de terreur.

 


Admiration
: Le savoir-faire humain peut contrer les catastrophes naturelles

Le séisme venait de nous offrir des images qui nous avaient laissés abasourdis et pleins d’admiration. Un tremblement de terre qui avait atteint 9 sur l’échelle de Richter n’avait pas eu les conséquences dramatiques auxquelles on aurait pu s’attendre. Peu de victimes du fait de dégâts somme toute minimes au regard de la puissance du séisme. Des gratte-ciels qui tanguent tels des arbres ballotés par le vent, mais ne rompent pas. Les ingénieurs du bâtiment ont bien mis en pratique les obligations inhérentes aux normes de constructions antisismiques. Le Japon nous donne l’exemple : ces normes ont bien été appliquées. Des milliers de vies ont, ainsi, pu être épargnées grâce à un savoir-faire humain.


Effroi
: Que pèse le savoir-faire humain face aux forces naturelles ?

Très vite de nouvelles images sont apparues sur nos écrans, rendant caduques celles du séisme.  Le Japon était cette fois frappé par des vagues aussi gigantesques que sombres. Le tsunami avalait tout sur son passage, se jouant inexorablement de tous les obstacles rencontrés. Ce que nous regardions avec effroi n’était pas la création d’un ingénieur super doué en effets spéciaux  d’un « blokbuster » de Hollywood. L’expression : la réalité dépasse la fiction prenait, hélas, tout son sens. Sous nos yeux, des villes étaient rasées, des régions étaient à l’agonie. Il était évident que le Japon, la superpuissance technologique de la planète Terre, venait d’être touché par une catastrophe naturelle sans précédent. Le verdict était sans appel : ainsi, l’homme et ses créations qui prétendaient maîtriser les forces naturelles, s'avéraient d'une faiblesse infinie face à la puissance de la nature.


Terreur
: Le savoir-faire humain vecteur de catastrophes apocalyptiques

Encore sous le choc de ces dernières visions cauchemardesques voilà que celles-ci étaient chassées à leur tour par de nouvelles  images issues d’événements encore plus terrifiants. A croire que nous subissions  le scénario mégalomaniaque d’un mauvais film catastrophe cherchant, par la surenchère,  à épater  les spectateurs en cumulant pour la première fois un séisme d’une puissance effroyable de 9, un tsunami dévastateur et, pour couronner le tout, une course contre la montre, un compte à rebours pervers, dont le but ultime était  d’éviter que Fukushima ne s’inscrive dans l’histoire de l’humanité comme la pire des catastrophes nucléaires.

Effroi et terreur s'accompagnent alors, de nouveau, d'une grande admiration pour le peuple japonais, non pas pour son savoir-faire technologique, mais pour la maîtrise, qu'il puise dans son histoire et sa culture, avec laquelle il est capable d'affronter les pires événements.

Car, pour ce qui est des réalisations technologiques, nous prenons soudain conscience que la plus terrifiante des menaces porte notre signature. Nous sommes capables, grâce à notre ingéniosité, d’imaginer oser placer des ressorts dans les fondations des gratte-ciel pour qu’ils se jouent du plus puissant des séismes.  L'homme se lance dans la construction d'usines sophistiquées, exigeant une organisation du plus haut degré de complexité intellectuelle jamais atteint dans l'histoire de l'Humanité. Ce même homme, pourtant, peut être suffisamment aveuglé par sa soi-disant maîtrise technique pour ne pas prévoir l’installation d’un système de remplacement qui permette (à quelques mètres  de la mer) d’alimenter et refroidir, dans l'urgence, des cuves avec ce liquide précieux, essentiel,  sauveur de l’humanité depuis la nuit des temps: l’eau.

Et l’on se dit que nous, les humains, ne sommes finalement pas grand-chose ou, comme le dit Ridan, que l’on prend, alors, conscience de notre petitesse à voir de dérisoires et mortelles manœuvres d’hélicoptères tentant d’approcher du réacteur, dans un ultime essai, désespéré, pour y déverser un peu…d’eau.

 

Ecouter Objectif Terre de Ridan Album "L'Ange de mon démon" 2007

 Voir la fiche pédagogique de ce mois-ci sur Assis sur le rebord du monde de Francis Cabrel

 

© Alexandre Garcia – Centre International d’Antibes

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