Cinéma

Le fils à Jo

Jo Canavero, bourru et maladroit, élève seul son fils Tom, 13 ans, dans un petit village du Tarn où le rugby, plus qu’une religion, est un véritable devoir de famille. Une marque de fabrique, en quelque sorte.
Le fils à Jo nous invite à partager un bon moment avec ces gens du Sud-Ouest et leurs valeurs intergénérationnelles sans tomber dans la drôlerie caricaturale ni le sentimentalisme larmoyant.

Jo Canavero, bourru et maladroit, élève seul son fils Tom, 13 ans, dans un petit village du Tarn : Doumiac (en réalité, Gaillac, 11 000 habitants, village viticole, avec son abbatiale du XIe-XIVe siècles), où le rugby, plus qu’une religion, est un véritable devoir de famille. Une marque de fabrique, en quelque sorte.

Contre la volonté de tout le village et de son fils – meilleur en maths que sur le terrain –, mais soutenu par l’amitié de passionnés comme lui, ce seigneur du ballon ovale monte une équipe de rugby pour continuer la légende familiale.

Un premier film

Avec cette comédie sentimentale, Philippe Guillard (ex-rugbyman) réalise son premier long-métrage. Tous les ingrédients du film populaire sont réunis pour rendre compte de la vie des gens d’un terroir, le Sud-Ouest de la France. Malgré quelques maladresses – P.Guillard en dit trop ou pas assez –, cette histoire porte en elle des valeurs humaines simples et authentiques qui nous repositionnent face à la mondialisation uniformisante.
le_fils_a_jo_affiche700_925En cela, on ne peut que se féliciter d’être témoins, 1 h 30 durant, des choses de la vie de ce petit village de Doumiac. Les acteurs, à l’instar du réalisateur, portent le film avec retenue et pudeur. Gérard Lanvin (Jo Canavero, une légende du rugby à Doumiac) et Olivier Marchal (dit « le Chinois », Conseiller Principal d’Education atypique), deux vieux potes un brin machos ; Vincent Moscato, ex-rugbyman (Jean-Paul, dit « Pompon », un ancien de la DASS qui fleurit régulièrement la tombe – jamais la même – de sa mère) ; Jérémie Duvall (Tom, le fils de Jo, un ado timide, sérieux, sans problème, qui affronte l’autorité parentale) et Karina Lombard (…l’Irlandaise, respectueuse de ce terroir et de ses hommes). Tous ces personnages tentent de se réunir, en ralliant les autres, autour des valeurs du rugby : « Le courage vient en osant et personne ne peut t’empêcher de devenir ce que tu veux, sauf toi-même. »

 

Des sentiments

…et des hommes. Autant dire que les contacts sont directs et sans affectation. Si des comptes sont à régler, ils passent par les « châtaignes », de face ; celles qui sont données par derrière signalent son homme, peu digne de confiance !

Certes la tendresse, l’amour sont présents et lient les gens, mais la pudeur est exigeante : on n’empiète pas sur le for intérieur de l’autre et n’épanche pas le sien sur l’autre. Pompon s’annonce fils d’Ambassadeur mais Jo le sait sorti de la DASS, et pourtant il n’est pas catalogué, on l’aime tel qu’il est. Jo n’est pas si dur qu’il ne le laisse paraître, il a dispersé les cendres de son épouse sur le terrain que la municipalité vient de vendre à l’Irlandaise mais ne l’avouera à personne. Le « Chinois » joue le Casanova mais a du mal à retrouver son ancienne amie dans les bras…d’une femme ; il n’en fera pas une affaire ! Et le petit Tom, en bute contre l’autorité de son géniteur, saura, bien avant lui, que la nouvelle propriétaire de leur terrain n’est pas leur ennemie, bien au contraire…La relation père-fils est très finement jouée.

Même les personnages secondaires, ceux du village, conservent la pudeur des gens qui se respectent et respectent les autres : madame Quentin et sa relation avec Pompon, le chef de la fanfare et sa fille qui est devenue une belle jeune femme…et Bouboule, ce jeune adolescent un peu rondouillet qui va subitement se surpasser lors d’un match de rugby tout simplement parce qu’on a besoin de lui.

Bref, aucune approche psychanalytique pour venir déranger l’intimité de chacun.

Une région

Qui donne le ton au film. Déjà avec cette pudeur dont nous venons de parler, mais aussi avec ses rapports festifs dont nous sommes témoins, ses paysages campagnards, sa fanfare - la musique accompagne les hommes dans leur quotidien -, ses bals et son vin (à boire avec modération sauf lorsqu’on se retrouve entre amis) et son équipe de rugby.

Car il est bien question de rugby dans ce Sud-Ouest et de sa fonction sociologique. Plaquer son adversaire n’est pas une mince affaire, c’est un rite de passage, un apprentissage pour rentrer dans le monde des adultes de ce terroir. Alors, « tu peux ou tu ne peux pas, mais tu dois essayer ». Un peu comme Pompon qui essaie de prendre le train mais qui n’y arrive jamais : il n’est pas mal jugé pour autant ! Il reste des leurs.

Notons que les meilleures scènes du film nous transportent sur ce terrain de rugby où de jeunes ados mesurent leur courage tandis que leurs aînés les observent, émus et passionnés, et cela nous touche. L’intergénérationnel joue à fond dans ce monde de l’ovalie, de même que la solidarité et la considération. L’Homo Ludens prend ici toute sa dimension.

Alors, cinéphiles avertis, "ne cherchez pas midi à 14 heures" ! Si vous ne considérez pas ce Fils à Jo comme un chef-d’œuvre cinématographique, convenez qu’on y découvre des êtres de chair, de sang et de sentiments et, à l’heure de la mondialisation, du plaisir à constater que les valeurs sûres et humaines du terroir sont encore à l’ordre du jour.

 

Remarque grammaticale sur le titre du film

Le fils à Jo : L’appartenance qui s’exprime avec la préposition « à » ne se fait plus entre deux noms, sauf par archaïsme ou dans l’usage familier (surtout dans le milieu rural). Vous comprendrez mieux le choix de Philippe Guillard quand vous aurez vu ce film qui se veut témoin authentique d’une région.

 

© Sylviane Colomer – Centre International d’Antibes

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