Musique

Causes perdues et musiques tropicales

Ce mois-ci notre coup de cœur musical ne salue pas l’arrivée d’un nouveau talent comme ce fut le cas précédemment avec Zaz, Brune, Camélia Jordana, Milk Coffee and Sugar et autre Daphné. 
C'est sous le signe du patrimoine que nous saluons l'arrivée de l’année 2011 : en nous intéressant à l'un des grands noms de la chanson française de ces trente-cinq dernières années.

Bernard Lavilliers fait partie avec les Alain Souchon, Renaud, Bashung, Gérard Manset, Francis Cabrel, Laurent Voulzy, Véronique Sanson et d’autres, de l’une des premières strates du millefeuille qui constitue l’ensemble de la chanson française actuelle.
Bernard Lavilliers, tout comme ces artistes aux apports singuliers, a contribué à stimuler la nouvelle chanson française du milieu des années 70,  superbement ignorée, à l’époque, par la télévision et les radios. Alors que la variété facile et formatée régnait sur les ondes, ces jeunes auteurs compositeurs et interprètes se lançaient, à la recherche de leur public, à travers le réseau des petites salles de spectacle de l’Hexagone fait de cabarets, amphis universitaires, salles des Maisons des Jeunes et de la Culture…

Bernard Lavilliers est né dans la ville de Saint Etienne, connue d'abord pour son essor industriel qui s'éteignit avec les trente glorieuses puis, au milieu des années 70, au moment même où sortent ses deux albums, Le Stéphanois et Barbares, comme la capitale incontestée du football français, avec L'Association Sportive Saint-Etienne.
Mais Lavilliers n’est pas le chanteur d’une ville. Un goût prononcé pour des voyages le transporte très tôt vers des ailleurs qui se situent le plus souvent en Amérique du Sud. Sa musique s’affranchit de plus en plus du rock initial pour adopter, dès le milieu des années 70, des rythmes nouveaux et colorés, propres à ce continent  qui l’inspire. Elle enveloppe des paroles pleines d’énergie, de poésie et de sensualité, pour raconter des histoires imprégnées d’exotisme et dénoncer l’exploitation et l’injustice dont il est témoin, tant dans ces contrées lointaines qu’en France même.

Bien avant Manu Chao, Lavilliers qui se veut le fils spirituel à la fois de Léo Ferré et du poète Blaise Cendrars dont il cultive le côté aventurier, aura été le précurseur de chansons altermondialistes sur des rythmes chaloupés.

causes_perdues_et_musiques_tropicales_393Après l'excellent Samedi soir à Beyrouth, en 2008, Bernard Lavilliers nous revient avec Causes perdues et musiques tropicales. Le titre est issu, selon Lavilliers, d’une rencontre, qu'il eut jadis avec François Mitterrand. Le président lui demanda : « Et vous Bernard, que faites-vous en ce moment ? », « Comme d’habitude, je chante les causes perdues sur des musiques tropicales » fut la réponse du jeune Lavilliers.

30 ans après, le monde n’est hélas pas meilleur. Il est réconfortant de constater que, malgré le titre lié à cette anecdote qui pourrait laisser penser à une certaine résignation, à force de désillusions, Lavilliers est resté fidèle à ses convictions, à sa musique et que sa capacité d’indignation est restée intacte. Elle concerne aujourd’hui autant La France : Identité nationale que les nouveaux esclaves victimes de la modernité économique de ce début de siècle : L’exilé ou encore l’Afrique : Angola, très belle chanson de Bonga qui nous vaut un superbe duo entre Lavilliers et le chanteur angolais.

Dans le monde sombre, empreint de mélancolie de Lavilliers, l’amour n’en est que plus vital et donne lieu à d’émouvantes chansons : Sourire en coin et La nuit nous appartient ou encore la version de la très célèbre chanson argentine Alfonsina y el mar devenue Possession, toutes superbement servies par la voix profonde de Lavilliers et une musique qui nous transporte agréablement.

Les albums de Bernard Lavilliers se succèdent donc avec le même appel à la réflexion, la même force de dénonciation et la même qualité artistique. La marque de fabrique d’un grand de la chanson française actuelle.

Ecoutez l'album Causes perdues et musiques tropicales sur Deezer, cliquez ici

 

© Alexandre Garcia – Centre International d’Antibes

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