Edito du mois

C’est la rentrée !

Bientôt "crème solaire",  "plage", "canicule" et autres termes chargés de soleil disparaîtront de notre quotidien.  Notre vie s’apprête à muer jusqu’à l’été prochain.
Place  en effet, à la rentrée… ou plutôt, aux rentrées !

Le chassé-croisé entre juillettistes et aoûtiens est déjà loin. Ce sera bientôt le moment de ranger nos maillots de bain,  nos serviettes et nos sacs de plage. Dans quelque temps, nous écarterons de notre quotidien "crème solaire",  "plage", "canicule" et autres termes chargés de soleil. Tout comme notre vocabulaire, notre vie s’apprête à muer jusqu’à l’été prochain.

Place, en effet, à la rentrée… ou plutôt aux diverses rentrées:

La rentrée scolaire

Début septembre, les dix millions d’élèves du public et les deux millions d’élèves du privé retournent sur les bancs  des quelque soixante six mille écoles, collèges et lycées de France. Là, les attendent plus d'un million de personnes dont huit cent cinquante mille professeurs. Quelques semaines plus tard, ce sera au tour des deux millions trois cent mille étudiants du système universitaire de reprendre leur cursus.

Cette période de l’année  tire son appellation de la reprise scolaire massive d’après-vacances. De fait, le calendrier de l'Education nationale rythme de nombreux aspects de la vie en France, et en particulier, notre vie politique, culturelle et sociale.

La rentrée politique

Chaque année, le temps d’un été, la France, si encline à descendre dans la rue et à se mobiliser, profite de cette période légère. Soudain, les questions graves s’effacent,   un besoin de détente envahit l’Hexagone: c’est la trêve estivale.

L'été 2010 ne devait pas déroger à la règle. On devait, comme à chaque fois, pouvoir faire une pause et "se vider la tête". D’autant que - crise économique oblige - les derniers mois n’avaient pas été roses pour les Français.
Dans les villes et villages de France, tandis que de grands écrans fleurissaient sur les places, on se mettait vraiment à y croire. Tout était fin prêt. Quatre ans après, les mêmes rassemblements conviviaux que seul le football réussit parfois à générer pouvaient renaître.
Las ! en 2010, le ballon français n’a plus tourné rond. Atterrés, nous avons vu en direct comment, du bord d’une pelouse sud-africaine, le cauchemar pouvait prendre forme, à bord d’un bus arborant fièrement sur ses flancs un slogan qui ajoutait au surréalisme de la scène.

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Anéanti le rêve, il ne restait plus qu’une grève bien française, bleue donc.

Celle-ci mit définitivement fin à la trêve. La politique s’empressa de revenir au galop pour occuper la scène. Car, au feuilleton du ballon rond, succéda immédiatement celui, tout aussi peu glorieux pour la France, de Bettencourt,  du nom de l’héritière de L’Oréal. Il allait égrainer ses turpitudes financières et politiques tout au long de l’été.

L’Oréal et Football.  Deux univers naguère prestigieux. Aujourd’hui voués à une même ivresse. Le sens des réalités s’y perd, étouffé par un « Parce que je le vaux bien ! »,  devise arrogante et égocentrique qui semble vouloir justifier des comportements dégoulinants de morgue.  Les « Parce que je le vaux bien ! » ont raisonné partout cet été. Tout autour de Frank Ribéry comme de certains ministres. Parce qu’ils le valent bien, peuvent-ils tout se permettre ? La réponse des Français est rassurante. Elle rappelle à nos élites, du monde du football, des affaires ou de la politique,  qu’elles ne peuvent impunément  s’affranchir des exigences de la morale. Alors que la situation du pays s'est dégradée, que le quotidien de beaucoup de  nos concitoyens est devenu intenable, les Français attendent d’elles qu'elles soient porteuses de valeurs qui semblent aujourd’hui leur faire défaut ou, pour le moins, qu’elles fassent preuve de mesure et de discrétion : le temps du bling-bling est révolu.

La rentrée culturelle

L'été est un moment privilégié pour les manifestations culturelles en plein air et la rencontre du public avec acteurs et musiciens. Le souci du temps libre utile y détermine des comportements signalés dans l’édito précédent. Cependant, la période estivale incite à l’insouciance et favorise le divertissement. Elle freine, suspend, la production culturelle "sérieuse" et notamment les parutions littéraires, discographiques et cinématographiques. L’été est donc plutôt voué aux sorties de nouveautés sans prétention: romans de plage, tubes musicaux et films à grand spectacle, souvent américains .

La rentrée culturelle de septembre vient prendre le relais des expositions et festivals de l’été.  La rentrée foisonne de nouveautés et d’événements culturels. C’est le moment où la programmation annuelle, qu’elle soit théâtrale,  musicale,  radiophonique ou télévisuelle se met en place.
Radio et télévision auront connu un été particulièrement agité, avec de nombreux "transferts" et évictions, accélérés, sur France Télévisions, du fait de l'arrivée d'un nouveau PDG, Rémy Pflimlin, qui aura été - fait nouveau - directement nommé  par le président de la République. Du côté de la radio, la polémique fait également rage à France Inter, causée par le renvoi des humoristes Didier Porte et Stéphane Guillon, jugés trop irrévérencieux, et qui voit Nicolas Demorand, son journaliste vedette, quitter la grande station du service public pour rejoindre Europe 1.

Si la rentrée culturelle est parfois... politique, c'est surtout le moment où l'oeuvre culturelle reprend le pas sur le produit de divertissement qui aura régné le temps d'un été. La rentrée littéraire, par exemple, est significative de cette transformation de la consommation culturelle. En septembre 2009, 659 nouveautés parurent dont 430 créées par des auteurs francophones. 701 nouveaux ouvrages dont 497 français sont attendus en 2010. Chaque rentrée voit ainsi une déferlante d’œuvres arriver soudain, en quelques semaines, sur le marché. Leur parution donnera ensuite lieu à une multitude de grands prix littéraires prestigieux (Femina, Renaudot, Médicis, Goncourt…) qui seront annoncés au cours de l’automne.

La rentrée sociale

Après la trêve estivale et sa parenthèse d’insouciance, septembre sonne le retour à la réalité. Celle de la rentrée 2010 s’annonce rude. Il y a, en premier lieu, les difficultés économiques causées par les soubresauts d’une crise qui n’en finit pas de faire des victimes depuis plus de 30 ans. Dernier effet en date : la nouvelle rigueur économique prônée par le gouvernement et son cortège de mesures (réforme des retraites, coup de rabot sur les niches fiscales...)  censées assainir l'économie et limiter les déficits publics mais jugées souvent injustes au regard d’autres dépenses mises en lumière cet été par les différentes affaires "de gros sous".
Elles ont encore aggravé la défiance des Français envers les élites politiques qui les gouvernent. La rentrée sociale 2010 sera, par conséquent, agitée s'accordent à prévoir les observateurs.

Tandis qu'on nous promet un automne chaud, avec de nombreux conflits sociaux en perspective, on se surprend déjà à rêver à la prochaine trêve, celle qui interviendra avec les fêtes de fin d’année et que l'on appelle à juste titre la trêve des confiseurs.

 

Quant à nous, au Français et vous, nous vous souhaitons une belle rentrée, douce, paisible et enrichissante.

 

© Alexandre Garcia - Centre International d’Antibes

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