Edito du mois

Arte & la francophonie

En ce mois de mars que le Centre International d'Antibes consacre à la francophonie, nous vous proposons de vous intéresser à une célèbre -par chez nous- chaîne franco-allemande, Arte. La francophonie se décline en effet sur tous les modes : littérature, art et monde audiovisuel. Longtemps considérée comme austère voire ennuyeuse, la chaîne franco-allemande Arte fait sa mue depuis plusieurs années déjà, avec une véritable accélération en 2016. Nous vous proposons, au travers d'un survol de trois nouveaux formats courts diffusés par Arte, de découvrir quelles nouvelles cartes la chaîne franco-allemande entend jouer.

Qui l'eût cru ? Arte semble rajeunir. La qualité de la chaîne ne s'est jamais démentie au fil du temps, néanmoins, elle souffrait il y une dizaine d'années d'une image peu flatteuse. Il est vrai qu'à l'époque, on aurait cherché en vain à la télévision française une diffusion du Décalogue de Kieslowsky ou du film iranien Le goût de la cerise ou encore de L'odeur de la papaye verte en première partie de soirée. Tout au plus, il existait un créneau en troisième partie de soirée, un ciné-club animé par Bernard Rapp sur France 2. Arte proposait par ailleurs l'inusable émission Histoire parallèle, consacrée à l'actualié de la Seconde Guerre Mondiale. Là comme ailleurs, tout évolue... Sur le plan de l'actualité musicale, Arte avait innové en lançant Tracks en 1997; l'émission existe encore. 

 Sensible à la transformation du paysage audiovisuel français et européen, et aussi, bien sûr, à l'actualité tout court, de nouvelles formules ont vu le jour. Notre époque, c'est un fait, voit se réaliser ce qu'on pourrait appeler la revanche des geeks : le pauvre introverti au dos voûté et aux lunettes proéminentes, figé à son siège et rivé devant son écran d'ordinateur n'est plus. Le geek deviendrait presque "tendance" (attention : on a dit "presque"). Une nouvelle culture estampillée -à juste titre- "jeune", constituée de bandes dessinées, de séries télé et de jeux vidéos s'est affirmée. D'autant plus que ceux qui en  sont pétris sont devenus des actifs dans tous les domaines du monde du travail. Il ne restait plus aux médias qu'à emboîter le pas à cette nouveauté. Et même l'autrefois monacale Arte s'y met.

Commençons par Bits : un magazine d'actualité culturelle qui se propose de revenir sur les ponts entre la culture traditionnelle, "légitime" diraient les sociologues, et celle des geeks, désormais difficile à ignorer dans la mesure où elle se montre présente un peu partout Bits Arte.png (même à la radio, France Culture parle de bande dessinée). L'époque où l'on considérait comme normal de se méfier des jeux vidéos, loisir que l'on soupçonnait de tous les maux, paraît enfin révolue.

Les thèmes abordés dans Bits sont des plus variés : les monstres au cinéma, le rapport entre cinéma et jeux vidéos, la musique électronique... De larges pans de cette culture sont abordés de façon fluide et vivante. Le connaisseur et le néophyte s'y retrouveront chacun pour des raisons différentes. Le premier trouvera un résumé de ce qu'il aime, le deuxième découvrira un monde. A titre d'exemple, l'épisode conscacré à la saga vidéoludique Final Fantasy présente un bel échantillon de ce que propose l'émission

 

Le cinéma est également concerné. Conscient du succès grandissant du site, consacré aux "mauvais films sympathiques", Arte a compris qu'il ne fallait pas oublier ce créneau. C'est chose faite depuis la toute fin 2016. Arte propose une série de brèves chroniques, Nanaroscope, sur ces gentils mauvais films de genre (action, science-fiction, zombies...) 640_visuel_titre_nanaroscope_c_tournez_sil_vous_plait.jpg des années 80 et du début des années 90 (même si on y trouve quelques perles un peu plus récentes, tels les catastrophiques Donjons et dragons et Le Jour et la Nuit, de Bernard Henri-Lévy) dont le ratage complet ne manque pas de provoquer l'hilarité. Que ce soit à cause d'un budget trop limité par rapport aux moyens affichés, à un scénario et des dialogues bancals, un très mauvais jeu d'acteur ou tout simplement parce que le film a mal vieilli, on trouvera toujours un moment délassant à passer devant de pareilles oeuvres.

Vous reprendrez bien une petite tranche de film de samouraï à perruque ? C'est par ici

 

Plus étonnant encore, Arte se propose d'aborder un genre inattendu : une parodie du plus célèbre jeu de rôles au monde, Donjons et dragons, intitulée Pigeons et dragons. La chose n'est guère nouvelle en soi et existe depuis plus de 15 ans : en 2001, des passionnés, pigeons_visuelcle_1920x1080_defmoy.jpg menés par le Français John Lang, imaginent une série humoristique de type radiophonique diffusée gratuitement sur le net, Le donjon de Naheulbeuk. Ce sera un succès. Il s'agira de détourner les classiques du genre : de courageux héros armés d'épées et de parchemins magiques à la recherche des fabuleux trésors deviennent une bande de "bras cassés" incompétents et lâches. La télévision, avec un retard effarant par rapport au net (elle est en train de se faire déborder par les youtubeurs dont nous parlions dans notre numéro du mois de décembre. La qualité des vidéos du Fossoyeur de films, alias François Theurel, par exemple se détache nettement de celles d'autres créateurs de chaînes Youtube) décide de tenter l'aventure. On ne peut que se réjouir de voir ce média présenter enfin les jeux de rôles comme autre chose qu'un vivier de "jeunes à problèmes" (la lointaine époque des années 90 est enterrée, on ne s'en plaindra pas).

 

 © Olivier Dalmasso – Centre International d'Antibes

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