Littérature
Psychopompe Auteur : Amélie Nothomb - Editions Livre de poche Sortie janvier 202517/06/2025
Psychopompe est le 32ème ouvrage d’Amélie Nothomb [1], publié la première fois par Albin Michel en 2023. La romancière belge y reprend son exploration autobiographique entamée avec la parution du Sabotage amoureux en 1993. Elle nous livre ici une « autobiographie aviaire » dans laquelle elle proclame son amour des oiseaux pour faire de l’envol et revient sur plusieurs épisodes de sa vie dont certains traumatisants.
Amélie Nothomb raconte dans Psychopompe son cheminement intérieur. [Devenir écrivain, ça a été ma manière à moi de devenir un oiseau. Car, [Qu’est-ce que voler, sinon s’adonner à l’ivresse du vide ?] p.80 La romancière ne définit-elle pas le style -à l’instar de Cocteau [2]- comme l’ensemble des techniques que l’auteur développe pour [empêcher sa phrase de sombrer.] p 98 La littérature devient ainsi cette force qui permet de se maintenir au-dessus du vide.
Comme souvent dans ses écrits, son roman est relativement bref et riche en références littéraires : [Boris Vian
[3] inventa le pianocktail, je créai le pianochrome. Tel son déclenchait telle couleur. La traduction chromatique pouvait être très subtile qui précédait le lever du jour.] p.17 Elle évoque aussi, tout en regrettant ne pas avoir ce privilège, une héroïne de George Sand
[4] qui [racontait que les oiseaux l’adoraient. Les alouettes entraient dans sa chambre pour se poser sur son épaule.] p.37 Elle avoue avoir été « foudroyée » par le titre du roman La mort est mon métier de Robert Merle
[5] qu’elle découvrit dans la bibliothèque parentale : [Je le lus et même si cela n’avait rien à voir avec mon propos, cela me passionna.] p.86 À 17 ans, lorsqu’elle est à Bruxelles, elle commence à écrire et c’est Rilke
[6] qu’elle venait de lire qui lui [indiquait un chemin sinon à (sa) portée, au moins autorisé.] p.94 Au Japon où elle a découvert les oiseaux , Amélie Nothomb se réfère au Pavillon d’or dans lequel Yukio Mishima
[7] évoque le phénix [et dit que cet oiseau s’élance non pas à travers l’espace mis à travers le temps.] p.101 L’Iliade
[8] fait partie des œuvres qui lui sont familières, elle lui inspire des métaphores pour décrire son état anorexique : [Ce fut le début d’une autre grave maladie. Le cheval de bois ne digérait rien. Il fallut réapprendre à assimiler la nourriture.] p. 93
Le récit d’Amélie Nothomb surprend certes, mais il est souvent empreint d’humour. Ainsi à propos du cheval précité : [Qui a vocation à devenir oiseau a du mal à être Cheval de Troie. L’Iliade m’eût fait gagner du temps en imaginant un oiseau de bois à la place du canasson.] p.94 Ou encore, faisant référence au merle qui chante « pour apprivoiser le gel » : [Lorsque je grelotte sans rémission, j’essaie de chanter pour m’en sortir. Faut-il préciser que le résultat laisse à désirer.] p.17 Référence au rossignol aussi : [Vêtu d’un kimono multicolore, il chante comme une diva. On se doute que je ne parvins pas à lui ressembler.] p.102 Ses premiers pas dans le monde de l’édition avec son roman Hygiène de l’assassin (1992) dont personne ne la « prenait pour l’auteur » ne manquent pas de drôlerie : [En effet, qui eût pu croire que ce roman était l’œuvre d’un oiseau ?][…][La raison pour laquelle on daigna me l’attribuer, en fin de compte, fut qu’aucun autre auteur n’en réclama la paternité. J’étais la seule à en vouloir.] p.111
À mi-chemin de son récit, la romancière évoque un épisode traumatisant à l’origine de son anorexie. C’était au Bengladesh, elle avait douze ans : [Ce fut alors que les mains de la mer s’emparèrent de moi.] p.77 [Au loin, nous vîmes quatre hommes sortir de l’eau et déguerpir en courant.][…][Oisillon dépourvu de plumes, il me faudrait accéder au statut d’oiseau. Cela serait monstrueusement difficile.] p.78
Son rapport à la mort la rapproche du statut d’Hermès [9] psychopompe, [celui qui accompagnait les âmes des morts dans leur voyage. ] p.80 Et on découvre alors une Amélie qui explore ses talents de medium dialoguant avec les êtres aimés disparus. [Mon accompagnement consistait à écrire.] p.116 Le lien profond qui l’unissait à son père se retrouve ainsi dans [Soif [10], qui est un écrit psychopompe : accompagner au plus près celui dont le trépas fut le destin suprême, l’escorter au moment précis de sa mort et après.] p.119
Amélie Nothomb se distingue, une fois de plus, par son style unique, à la fois léger, drôle et absurde. Son écriture imagée porte un texte grave et lumineux cependant. Psychopompe demeure dans la lignée de ses romans qu’on a envie de relire pour se remettre dans le mouvement d’une plume singulière.




