Cinéma

Renoir

Le titre du film devrait comporter un « s » car le pluriel est de mise. Le film de Gilles Bourdos retrace les dernières années de création frénétique d'Auguste Renoir, et les tout premiers pas d’un autre immense Renoir en devenir : son fils Jean. L'affiche du film les réunit justement : Auguste, le grand maître de l’impressionnisme et Jean, l’un des plus grands cinéastes français. Deux Renoir, deux parcours artistiques exceptionnels. Et, accompagnant l’un qui s’achève  et l’autre qui débute, une très jeune femme non moins remarquable : Andrée Heuschling. Elle fut le dernier modèle du père et deviendra la muse du fils.

La Côte d’Azur célébrée

En 1903, Auguste Renoir cherche à s’installer sur la Côte d’Azur à la fois pour son climat, car il souffre de rhumatismes déformants qui l’empêcheront bientôt de marcher, et pour la lumière extraordinaire dont bénéficie ce coin de Provence affiche-du-film-renoir_400méditerranéenne dont on célèbre la beauté  depuis déjà quelques décennies. C’est tout près de Nice, à Cagnes-sur-Mer,  qu’il s’installera avec Aline Charignot, sa femme,  et leurs trois garçons Pierre, Jean et Claude, dit Coco. Renoir tombe amoureux du vieux village appelé le Haut-de-Cagnes dominé par son Château Grimaldi, la famille habitera rue de la Poste, avant de migrer sur la colline qui, en direction de Nice, lui fait face. Ce magnifique Domaine des Collettes1 possède une oliveraie de toute beauté avec des arbres centenaires. Renoir est séduit par le charme de ce cadre bucolique. Il acquiert Les Collettes et, en 1908, il y fait construire une belle bâtisse qui deviendra sa demeure et son refuge1.

Le Niçois Gilles Bourdos situe son film en 1915. Les échos du fracas de la grande guerre arrivent jusqu’à ce paisible coin de France. Renoir traverse une période particulièrement dramatique : Aline vient de décéder, Pierre le fils aîné et Jean sont militaires et tous deux ont été blessés au front. Le vieil artiste vit reclus au Collettes, entouré, choyé par une équipe de fidèles domestiques attentionnées qui veillent nuit et jour sur lui, le soignent, le portent et tentent de soulager ses atroces douleurs car sa polyarthrite s’est aggravée. Il est incapable de marcher depuis longtemps mais ne cesse de peindre et, pour qu’il puisse poursuivre la seule activité qui le mobilise, on lui bande un pinceau à sa main déformée.

Le film commence lorsqu’un jour, Andrée Heuschling, une jeune femme rousse (épatante Christa Théret qui fut précédemment la Lola de LOL) arrive au domaine; avec elle nous allons pénétrer dans l'intimité des Collettes. Lapremiere-seance-du-2-janvier-renoir-fait-de-l-ombre-a-charlotte-le-bon_portrait_w532_532_02 flamboyante Andrée se prétend actrice et assure avoir été contactée par Mme Renoir pour servir de modèle à l’illustre peintre. L’intrusion de cette belle jeune fille pleine de naturel et de spontanéité, va insuffler une énergie nouvelle au vieil artiste. Leurs échanges liés à l’envie de reproduire sa plasticité déclenchent une nouvelle quête de la perfection chez Auguste Renoir qui s’exclame un jour où son entourage le prie de se reposer : "J’ai tant de choses à apprendre encore !". Les séances de travail avec Andrée qui fait preuve d’une espièglerie quelque peu effrontée et d’un caractère bien trempé, rythment la vie de la petite communauté. Avec ce modèle sorti de nulle part2, le vieil homme tout en courage et en détermination poursuit sa quête de l’absolu. Sa peinture lumineuse, rayonnante, romantique et sensuelle est une ode au corps féminin3 et à la nature. C’est la beauté qui émeut et c’est elle que Renoir cherche à sublimer avec Andrée et les jardins du domaine. Le film colle au plus près de ce travail plein de vie. Qu’elles se déroulent à l’intérieur de la maison ou dans le parc, ces scènes, inondées de la lumière limpide et tendre qui caractérise la Côte d’Azur passée la période estivale4, s’apparentent à de vrais tableaux grâce à la splendide photo de Ping Bin Lee, le directeur de la photographie.

Andrée Hessling et les deux Renoir

La deuxième partie du film intervient avec l’arrivée de Jean, (Vincent Rottiers, excellent dans ce rôle de jeune-homme, effacé face à la figure impressionnante de son père et qui s’interroge sur son avenir). Le militaire 6515-50e41afc4aa0b-300x409-11_409blessé, a été autorisé à passer sa convalescence chez lui. Le jeune homme rompt le huis-clos tranquille dans lequel s'était assoupi Les Collettes. Il fait entrer avec lui la réalité de ce début de siècle chargé du terrible conflit qui est palpable partout, et que le spectateur découvre à travers les yeux d’Andrée, lorsque, à bicyclette, elle se rend aux Collettes.

Jean Renoir est fasciné par la beauté et la personnalité d’Andrée, ravie, à son tour, de rompre la routine du face à face, certes sympathique, avec le vieil homme. Petit à petit une complicité philosophique puis amoureuse se noue entre eux et la jeune femme, qui rêve de devenir actrice5, va faire naître chez Jean, une perspective nouvelle : celle de devenir réalisateur. Les deux jeunes commenceront alors à rêver d’une collaboration avec laquelle ils scelleront leur amour6.

Les quelques mois de convalescence de Jean à Cagnes-sur-Mer vont permettre au père et au fils de se retrouver tandis que la présence active et espiègle d’Andrée les aide l’un et l’autre à se réaliser et donne lieu à des scènes d’une rayonnante beauté comme celle au bord de la rivière jusqu’où les femmes des Collettes portent Auguste Renoir pour qu’il puisse réaliser sa séance de travail.

Renoir est un film remarquable8 porté par des acteurs impressionnants de justesse avec une mention particulière pour l'un des plus grands acteurs français, Michel Bouquet, incarnant un Auguste Renoir attachant, un artiste vénéré et riche qui demeure une belle personne : bienveillant, humble, bon père, il combat, sans se plaindre, cette maladie qui ne lui laisse pas de répit, animé par une force intérieure inouïe. Auguste Renoir est, jusqu'à la fin de sa vie7, un travailleur acharné, voué entièrement à une seule cause : l’art qui doit selon lui déclencher une émotion.

 

© Alexandre Garcia – Centre International d’Antibes

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