Edito du mois

Le film d'animation français

Avec la sortie en février de Zarafa (voir notre coeur cinéma), film d'animation au franc succès, puis le Printemps du cinéma,  quoi de mieux que l'univers incroyable de l'animation pour nous sortir de l'hiver et savourer la légèreté des premiers beaux jours. Classée première en Europe et troisième dans le monde, la production du film d’animation française a su, surtout depuis les années 80, faire parler d’elle et produire des succès étonnants dont la variété est unique. Quelle est son histoire et comment a-t-elle évolué au gré des décennies pour être aujourd’hui au cœur d’un cinéma prolifique rivalisant avec les énormes productions américaines ?

Nous commencerons notre réflexion par ce commentaire d'Olivier Catherin, directeur du développement de l'Afca (Association française du cinéma d'animation) : " La spécificité de l'animation française, c'est son extrême diversité ! " En effet, la force de ce cinéma français est de pouvoir jongler avec différents genres: le drame en noir et blanc comme Renaissance de Christian Volckmann, la comédie grinçante Les triplettes de Belleville de Sylvain Chomet, le polar avec Une vie de chat de Jean L Felicioli et Alain Gagnol ou encore le conte animé avec Kirikou et la sorcière de Michel Ocelot. Autant de styles que de films dont l’originalité n’a de cesse de se développer. Pour le responsable du site, Zewebanim Alexis Hunot, cette diversité trouve en partie son origine dans l'histoire du cinéma français: " La Nouvelle vague a imposé l'idée que le réalisateur était également l'auteur du film. Les cinéastes ont été encouragés à présenter des visions très personnelles et à cultiver des univers originaux. " A cela s’ajoute le fait que nous échappons ainsi au système d’industrialisation que connaissent les Etats-Unis ou le Japon et qui engendre parfois un phénomène de standardisation. De plus, la France bénéficie d’aides de l’Etat qui osent soutenir des œuvres plus risquées. Pour cela, il faut avoir en amont des studios prêts à investir dans l’animation et des écoles de qualité.

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Les studios de renom et les écoles

Un des studios d'animation français les plus connus est  La Fabrique, fondée en 1979 par Jean François Laguionie (un disciple de Paul Grimault et réalisateur du film Le tableau)) dans une ancienne filature des Cévennes. Michel Ocelot, l'auteur de Kirikou et la sorcière y séjourne un moment. Pour lutter contre la migration du travail hors d'Europe, La Fabrique s'associe à trois studios (un allemand, un anglais et un belge). Grâce cette coproduction, on voit apparaître un deuxième long-métrage, Le château des singes, une fable humaniste qui évoque l'univers de Paul Grimault. Il existe d'autres studios connus, comme celui de Folimage , fondé en 1984 par Jacques Rémy Girerd, réalisateur du court-métrage L'Enfant au grelot et du long-métrage La prophétie des grenouilles. Le studio Armateurs se trouve à Angoulême au Pôle image (centre de recherche, de formation et de production d'animation). Il a produit Kirikou et la sorcière, Les triplettes de Belleville, ainsi que le court-métrage La vieille dame et les pigeons.

Nous disposons, dans toute la France, des meilleures écoles au monde dont les plus réputées sont les Gobelins, ESMA, DMA, SUPINFOCOM, EMCA, ENSAD. Leur formation assure ainsi un vivier de jeunes auteurs qui génère un renouvellement constant et favorise une créativité variée.

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Un peu d’histoire

On date la naissance du cinéma d’animation le 28 octobre 1892, jour de la première publique du théâtre optique d’Emile Reynaud au musée Grévin. Ce procédé permet de projeter de petits dessins animés. Puis en 1908, Emile Cohl projette Fantasmagorie, le premier film d’animation sur pellicule. Les Américains vont très vite dominer le marché et les films de Walt Disney deviennent la seule référence pour le grand public jusque dans les années 80. Quelques rares personnalités se distinguent comme Paul Grimault avec Le petit soldat en 1949 qui obtient un premier prix pour un dessin animé au festival de Venise, ex.aequo avec Walt Disney pour Melody time. Jean Image (Bonjour Paris ou La Tour prend garde, 1953) ou René Laloux (La Planète sauvage, 1973). Il y a quelques succès commerciaux tirés de bandes dessinées comme Astérix le Gaulois de Ray Goossens (1967) ou Tintin et le temple du soleil de Raymond Leblanc (film franco-belge de 1969). Le réveil de l’animation française a lieu dans les années 80 : Paul Grimault sort alors une nouvelle version de La Bergère et le ramoneur qu’il intitule Le roi et l’oiseau coécrit avec Jacques Prévert et dont la musique est signée V.Cosma. Grand succès auquel collabore JF Laguionie qui a obtenu une palme d’or à Cannes en 1978 avec La traversée de l’atlantique à la rame. Ce renouveau est soutenu par Plan image lancé par le ministre de l’époque Jack Lang (8 millions de francs sont  accordés pour le film d’animation). Au cours des années 90, l’animation va triompher sur le petit écran avec des séries. Puis Kirikou et la sorcière de Michel Ocelot (1998) attire plus d’1,5 millions de spectateurs ! Et plus de 11 longs-métrages sont produits en 5 ans.

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Sa réalité aujourd’hui

Pour l'aspect technique, on trouve le dessin animé utilisé dans les séries pour enfants et qui assemble des personnages, des objets peints sur cellulose avec des décors sur papier carton -cette technique devient de plus en plus informatisée-. La pixalisation ensuite qui consiste à photographier image par image. Les marionnettes articulées aussi (Le manège enchanté, un classique des séries françaises) qui assurent plus de volume. La pâte à modeler, la plasticine, le latex sont encore des outils utilisés. Puis les images de synthèse qui sont de plus en plus répandues car elles sont aussi plus économiques. Pourtant la maturité de Zarafa tient aussi à ce mélange de 2D alliée au dessin traditionnel, se démarquant ainsi de l'usage de la 3D qui devient presque le dimension incontournable dans le film d'animation actuel.

La France garde une place de choix dans le monde pour ses films de qualité. Ses festivals de renom international diffusent chaque année un large choix de l'animation française et internationale, notamment le festival international d'Annecy. Le cinéma d'animation français se porte bien. En 2D ou 3D, en pâte à modeler ou en bande dessinée,  il est salué depuis 35 ans lors de ce festival.

L'exportation est en forme puisque nous sommes le troisème pays producteur dans le monde après les Etats-Unis et le Japon. Autre atout : ces films touchent un plus large public, surtout les plus jeunes, ce qui est commercialement un point fort. D'ailleurs, même Martin Scorcese se lance dans le film d'animation, avec la sortie le 14 décembre de son conte en 3D Hugo Cabret, inspiré du roman illustré de Brian Selznick et du cinéma de Georges Meliès. Depuis le succès de Kirikou et la sorcière de M. Ocelot, en 1999, 51 films d'animation ont été exportés dont 10 ont dépassé le million d'entrées. Celui qui a battu les records reste Arthur et les Minimoys de Luc Besson avec 10,8 millions d'entrées en 2006. Ces films représentent 5% des entrées de films français en France ou à l'étranger. De 1998 à aujourd'hui, ils ont généré 41% des entrées de films étrangers en Europe occidentale et 22,6% aux Etats- Unis. En Asie, leur succès reste encore mineur pour seulement 6,4 % des entrées de films étrangers. L'animation dépend étroitement de l'environnement graphique, de ses outils, et inévitablement des enjeux budgétaires qui pèsent sur elle.

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Des incontournables au gré des décennies

1892, le premier film d’animation est bien français, Fantasmagorie d'Emile Courtet connu sous le nom de Cohl, est présenté par la société Gaumont.1953 Bonjour Paris ou la tour prend garde de René Laloux, 1967, Asterix le gaulois de Ray Goossens, 1979 Le roi et l’oiseau de Paul Grimault, 1981 Les maîtres du temps de René Caloux, 1998 Kirikou et la sorcière de Michel Ocelot, 1999 Princes et princesses de Michel ocelot, 2003 Les triplettes de Belleville de Sylvian Chomet, et la même année La prophétie des grenouilles de Remy Girerd, 2006 Renaissance de Christian Volckman, Azur et Asmar de Michel ocelot et Arthur et les minimoys de Luc besson, 2007 Persépolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, 2010 Une vie de chat de Jean L Felicioli et Alain Gagnol, 2011 Le chat du rabbin de Joann Sfar et Le tableau de Jean François Laguionie. Pour les prévisions de 2012, nous attendons Cendrillon, elle était une fois dans l'Ouest de Pascal Herold, prévus en février 2012, Approved for adoption de Laurent Boileau et La mécanique du coeur de Stéphane Berla et Mathias Malzieu en juin. D'ici là, ne manquez pas les dernières sorties de film d'animation, et particulièrement Zarafa de Remi Bezançon et Jean Christophe Lie.


Voir la présentation du dernier grand film d'animation : ZARAFA

 

© Muriel NAVARRO - Centre International d’Antibes

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