Exploitation d'une nouvelle de l'écrivain Fouad Laroui

Description

Type de document

Oeuvre littéraire : nouvelle (5 pages)

Niveau européen A partir de B1.2 / le récit peut être allégé et abordé dès le A2.2 avec un choix lexical plus facile et avec le passé simple remplacé par le passé composé
Source du document Nouvelle extraite de "L'Oued et le Consul et autres nouvelles" - Etonnants Classiques - Editions Flammarion 2006. Edition revue 2015
Durée de l'activité Plusieurs séquences (durée totale environ 60')
Matériel Documents numériques PowerPoint (tablette + vidéoprojecteur) ou papier (8 mini-passages + petit jeu de cartes à réaliser)
Activité

Activité en mini-groupes de travail, d'exploitation de la littérature francophone en classe, selon la démarche de la pédagogie active qui favorise la recherche d'autonomie

Objectifs linguistiques, culturels et pragmatiques

Travail de compréhension écrite - Travail lexical et grammatical sur les temps du passé (imparfait/PC/passé simple/plus-que-parfait) - Savoir utiliser les indices et inférences pour faire surgir du sens.

Objectifs au niveau culture et civilisation contemporaines Approche d'une lecture francophone avec des éléments du récit faisant référence à une autre réalité que la française
 Objectifs éducatifs Savoir travailler en équipe solidaire (Savoir apprendre) - S'interroger sur le dictat du modèle social (féminin et masculin) ; les mécanismes sociaux d’appartenance et d'identification à un groupe # les mécanismes de rejet social
Démarche pédagogique
Pour célébrer la francophonie, nous présentons dans ce numéro de mars 2017, une nouvelle de Fouad Laroui, grand écrivain marocain francophone.
La démarche que nous avons choisie pour l'exploitation pédagogique de cette oeuvre est axée sur la pédagogie active, censée éveiller la curiosité et l'envie des apprenants. Elle va nous permettre de découvrir, progressivement, l'histoire racontée par le narrateur.

Il s'agit d'un travail de compréhension écrite de fragments d'une histoire afin de collecter suffisamment d'informations pour comprendre qui est le personnage féminin présenté par Fouad Laroui. Nous tairons volontairement son prénom, qui donne le titre à la nouvelle, et que nous substituerons par le pronom "Elle". A doses homéopathiques, comme le veut notre démarche que nous proposons et défendons dans la rubrique "Sous le platane", les élèves  découvriront progressivement qui est "Elle".

Séquence

Début de la recherche d'indices et informations pour découvrir "Elle"

Durée: 10 minutes

Le professeur annonce le déroulement de l'activité : Elle va consister à lire de courts passages de l'histoire d'un personnage. Il s'agit de prendre connaissance des informations que ces bribes de textes recèlent afin de trouver le maximum d'indices. C'est ainsi que les élèves arriveront à dresser le portrait à la fois physique et moral de ce personnage mystérieux sobrement défini par le pronom "ELLE".

Pour commencer, le professeur distribue à chaque binôme le premier passage (des neuf sélectionnés) :

En classe, elle s’asseyait droite et tendue sans jamais bavarder. Elle répondait avec brièveté aux questions qu’on lui posait. Ses notes la classaient parmi les meilleurs élèves, mais elle n'en faisait aucun cas.

Bien entendu, confronté à chaque petit texte, chaque mini-groupe devra essayer de décrypter les difficultés d'ordre lexical et s'intéresser également à l'aspect grammatical (à noter l'importance de l'emploi de l'imparfait). Les élèves devront ensuite répertorier ce que le groupe doit retenir comme informations et indices remarquables. 
Ainsi, les indices et inférences dont nous disposons pour le moment, nous permettent d'avancer que "ELLE" est une élève (et non pas une étudiante) qui, par conséquent, devrait avoir entre 6 et 17 ans ; elle est sérieuse ; très bonne élève ; elle est modeste.


Nous passons au deuxième fragment de la nouvelle où nous procèderons comme pour la première livraison :

On ne savait pas bien qui elle était. Les internes, mes congénères, ne s’intéressaient pas trop à elle, parce qu’elle n’était pas « marrante », à la différence des trois sœurs Bennis, par exemple, qui nous enchantaient par leur joie de vivre, leurs cheveux clairs qui voletaient au vent et leur pas dansant.

Deux choses devront être retenues :

a) "ELLE" ne fait pas vraiment partie du groupe que constituent les autres élèves Pourquoi ? [Trop sérieuse, pas "marrante"]. [Quelles différences y avait-il entre "ELLE" et les trois soeurs Bennis ?]

b) Dans ce passage, le narrateur apparaît comme faisant aussi partie de l'histoire. Il occupe une place au sein du groupe. Les élèves devront s'interroger : est-ce un garçon ou une fille ? 

Note:
A l'issue de ce travail basé sur ces deux premiers passages, l'enseignant demandera aux élèves de structurer leur recherche. Il leur expliquera qu'afin de comprendre les mécanismes de cette histoire, ils devront faire intervenir 3 questions fondamentales qui permettent de situer toute histoire : "Qui?", "?" et "Quand?" Chaque mini-groupe fera correspondre tout indice collecté servant à répondre à ces 3 questions. C'est ainsi que prendra progressivement corps l'histoire, tant par le ou les personnages mis en scène, que par le ou les lieu(x) et l'espace temporel où elle se déroule.

Vous trouverez ici une présentation PowerPoint concernant ces deux passages :  ELLE .1.ppsx

Séquence

Recherche d'indices et informations (2)

Durée: 15 minutes

 Nous abordons ici, le troisième passage qui va nous permettre d'étoffer le portrait de notre personnage principal :

Elle venait du sud.

Elle portait un drôle de manteau, bien coupé mais un peu terne.

Ses cheveux noirs et lisses tombaient sur ses épaules.

Elle avait le teint pâle, ses yeux étaient noirs.
Tranquilles. Et tristes.
Elle était belle, mais je ne m’en apercevais pas.

Les élèves devront retenir :

a) qu'"ELLE" venait d'un milieu sans doute aisé (manteau bien coupé)
b) que, physiquement, elle est sans doute typée (yeux et cheveux noirs, elle venait du sud) passage à mettre en relation avec le deuxième fragment (les soeurs Bennis et leurs cheveux clairs)
c) le narrateur dit qu'elle était belle mais d'une beauté qui ne le touchait pas

Voici le quatrième passage :

Parfois, dans la cour, j’étais frappé par l’idée qu’elle voulait mourir, c’était sûr, à tant fumer, à se remplir avec rage les bronches de toutes les saletés du monde.

Questions :

a) qu'est-ce qui pouvait pousser "ELLE" à se conduire ainsi ?
b) au tout début, nous n'avions pas un âge assez précis (nous avions retenu une fourchette entre 6 et 17 ans) ; quelle tranche d'âge peut-on maintenant avancer ?

 Le cinquième passage :

La plupart du temps, elle était penchée sur un livre, ses cheveux noirs cachant son visage. Mais nous ne la regardions pas, nous regardions Catherine Kirshoff ou Maya Bennis qui riaient de toutes leurs dents, en enroulant une mèche de cheveux blonds autour d'un doigt effilé.

En quoi ce passage fait-il avancer l'histoire et la découverte de "ELLE" ?

 Présentation ELLE .2.ppsx

Séquence

Recherche d'indices et informations (3)

Durée: 15 minutes

La classe, toujours distribuée en binômes, continue à prendre connaissance de l'histoire de Fouad Laroui.

Mais avant de poursuivre, apportons quelques précisions sur notre démarche d'exploitation :

La pédagogie active que nous préconisons ici dans "Sous le platane", cherche à éveiller la curiosité, à susciter l'envie. Elle se place volontairement à l'opposé d'une démarche conventionnelle qui, elle, peine à atteindre ces objectifs en partie parce que son erreur est d'être "la pédagogie du trop". En effet, la démarche conventionnelle donne trop d'informations aux élèves, trop rapidement. En outre, le professeur est trop présent, il parle trop... et, en définitive, les élèves subissent.

Nous avons procédé bien différemment depuis le début de cette exploitation. Nous nous sommes abstenus de donner le titre de cette nouvelle, remplacé par un simple pronom féminin; ni le nom de l'auteur; nous avons tu sa nationalité; de même, nous n'avons pas distribué l'ensemble de la nouvelle (5 pages) mais opté pour la technique de la bande annonce qui, pour un film, consiste à montrer quelques flashes correspondant à des moments différents de l'histoire, du film. Cette démarche des petits pas, que nous appelons "homéopathique" permet aux élèves de ne pas subir la pédagogie de l'enseignant mais contribue à ce qu'ils s'approprient l'histoire, et à ce qu'ils soient ainsi moteur de leur propre apprentissage. La frustration positive ainsi distillée incite à poursuivre la collecte d'informations et d'indices.

Cinquième fragment :

Son père était riche, il était même, proche du Palais. Jamais  elle ne donnait son vrai nom. Au lycée, elle était inscrite sous un autre nom.

Quant à son adresse…Je sais simplement qu’elle habitait du côté d’Anfa, chez les riches. « Chez les Bennani et les Tazi », comme on disait plaisamment, entre internes fils de rien, boursiers de la République.

Nous continuons à collecter des informations sur "ELLE". Nous avions supposé qu'elle était d'une famille aisée, ce qui est vérifié ici.

Ce passage, lu attentivement, peut nous apporter des indices pour répondre à la question "?" car :
- il nous parle d'un Palais (avec un P majuscule);
- il nous parle d'Anfa;
- il nous donne des noms de familles : les Bennani et les Tazi.
Ces trois éléments se rapportent-ils à la France ? Une petite recherche google peut nous aider à situer géographiquement le lieu où se déroule cette histoire.

L'auteur, ne s'identifie pas aux Bennani et Tazi, il dit se situer parmi les "fils de rien", les "boursiers de la République" (française); nous apprenons donc que le narrateur est un élève interne (voir 2ème passage) dont les parents doivent être assez pauvres pour qu'il bénéficie d'une bourse.

Sixième passage :

Parfois je pensais à elle, penché sur mon manuel de mathématiques, à l’étude du soir.

Comme j’étais interne, elle m’apporta un jour un grand sac rempli de nourriture, des fruits, des biscuits…

Je pris le sac et lui parlai d’autre chose.

Ce passage va permettre de noter : 
1/ que le narrateur était attiré par "ELLE";
2/ que notre personnage était gentille envers lui (sans doute attirée également);
3/ que le narrateur a une réaction étrange, pas très correcte dans la mesure où il ne la remercie pas (on pourra s'interroger, est-ce la timidité ?).

note : à ce stade du récit, le passé simple apparaît (valeur littéraire et historique puisque, comme nous le verrons plus tard, il s'agit de souvenirs lointains que le narrateur exhume)

 Présentation ELLE .3.ppsx

Séquence

Recherche d'indices et informations (4)

Durée: 15 minutes

Il ne reste plus que deux fragments (ou flashes) de cette histoire à exploiter, mais avant de poursuivre, le professeur demandera à chaque binôme de faire un point par rapport aux trois questions initiales : "Qui?", "?" et "Quand?".
Quelles informations ont-ils retenues ?

Septième passage :

D’elle j’avais oublié jusqu’au nom.

Puis, de Paris, j’entendis parler d’elle à nouveau, un jour qu’avec un groupe d’anciens du lycée nous ressuscitions les fantômes du passé.

On disait qu’elle était restée au pays, qu’elle avait abandonné ses études (elle pourtant si douée), qu’elle s’était mariée.

Immédiatement, nous comprenons que l'histoire racontée relève de souvenirs lointains. Par ailleurs, nous ne sommes plus au Maroc mais à Paris.

Le narrateur a peut-être poursuivi ses études alors que "ELLE", brillante élève, ne l'a pas fait.

Nous en arrivons au huitième passage :

Pendant ce temps, nous avions couru tant d’aventures dans la vieille Europe et d’autres aventures encore ailleurs. J’avais vendu du phosphate aux Chinois, Hamid était devenu canadien, Raouf était devenu fou.

Pendant ce temps, elle fumait cigarette sur cigarette derrière les vitres, car son mari ne la laissait plus sortir. Son mari allait jouer aux cartes avec les hommes, après l’avoir enfermée; ou peut-être allait-il s’enivrer dans les bars de la Corniche.

Je suppose qu’elle restait là à se demander où, quand, comment les choses avaient dérapé.

Elle pensait peut-être à moi, ou à un autre. A une autre vie.

Pourquoi n’ai-je pas fait le geste ?

Nous avons confirmation que le narrateur a poursuivi une trajectoire sociale valorisante ("nous avions couru tant d'aventures", "j'avais vendu du phosphate aux Chinois"), alors que pour "ELLE", la vie a été beaucoup moins palpitante. 

On demandera aux élèves d'analyser cette histoire.

En fait, l'histoire dont nous avons pris connaissance est racontée par le narrateur : il nous livre un épisode de sa vie intime du temps où il était au lycée et qui aujourd’hui, très longtemps après, lui arrache encore de vifs regrets. Pourquoi ?

Quel peut être ce geste qu’il aurait dû faire mais qu’il n’a pas fait ?

Suite du travail de découverte à travers 6 cartes. Vous les trouverez sur le document PowerPoint ci-dessous :
(Nous pourrions créer un petit jeu de cartes au lieu de le présenter sous la forme de document PowerPoint).

Présentation ELLE .4.ppsx

Chaque binôme apportera son hypothèse quant au geste que le narrateur regrette encore de ne pas avoir fait.

Les élèves essaieront de trouver les raisons qui ont poussé le narrateur (Fouad Laroui) à avouer ce qu'il nous dit sur les deux dernières cartes jaunes.

Séquence

Découverte de la nouvelle

Durée: 20 minutes

Le professeur distribuera les cinq pages de la nouvelle complète où Fouad Laroui nous dévoile (enfin) ce fameux geste jamais fait :

Khadija 1.pdf   Khadija 2.pdf      Khadija 3.pdf

Pistes d’exploitation après lecture de la nouvelle :

- Commentaires sur  le titre de la nouvelle...
- Commentaires sur la conclusion de Fouad Laroui…
- On pourra s’interroger sur le dictat du modèle social (féminin et masculin)...
- Sur les mécanismes d’appartenance à un groupe...
- Sur les mécanismes de rejet (le souffre-douleur, aujourd’hui malheureusement très répandu avec les réseaux sociaux)...
- Le statut social de la femme...

 

Nous avions présenté dans la rubrique "Sur les pavés", le roman de Fouad Laroui  "Les tribulations du dernier Sijilmassi" sorti en août 2014. Nous avons également présenté  "Ce vain combat que tu mènes au monde" sorti en août 2016

© Alexandre Garcia – Centre International d'Antibes