Le Grand Mort - volume 3 : BLANCHE  
 

 


Régis Loisel est né le 4 décembre 1951, passionné depuis son enfance par les personnages de Disney, il entre officiellement en BD à l’âge de 20 ans lorsqu’il publie ses premières planches. Il est l’auteur, en tant que dessinateur ou scénariste, des célèbres séries La quête de l’oiseau du temps (en 7 volumes) et Peter Pan (en 6 volumes) qui ont débuté respectivement en 1982 et 1990. Viendront ensuite la série Le magasin Général publiée à partir de 2006 et Le Grand Mort, le dernier grand projet entrepris par Régis Loisel.


Le premier tome, Larmes d’abeille est paru en novembre 2007. Régis Loisel co-scénarise cette série avec son complice Jean-Blaise Djian, la couleur est de François Lapierre qui l'avait déjà signée pour les 6 volumes de la série Le magasin Général.


Vincent Mallié, né le 24 avril 1973 a été choisi par Loisel pour la partie dessins. Mallié, tout comme son aîné, est lui aussi animé depuis son enfance par cette même passion pour la bande dessinée. A 23 ans, avec Joël Parnotte, son ami de lycée, il publie sa première histoire puis viennent ensuite Hong Kong triad, Les Aquanautes et L'Arche.


 


La rencontre de deux mondes


La série Le Grand Mort est une totale réussite. Loisel et ses trois complices réussissent à créer une histoire singulière qui nous plonge dans un ailleurs à la fois bien réel mais où le fantastique est tapi, prêt à surgir et à nous transporter dans des contrées insoupçonnées.


grand-mort-bd_397Le troisième tome s'ouvre à Paris, au moment où les deux protagonistes, le jeune métis Erwan et la jolie rousse Gaëlle mènent une enquête pour retrouver leur amie Pauline dont ils ont perdu la trace. Pauline semble être accompagnée d’une mystérieuse petite fille -c'est elle qui apparaît en couverture et donne le nom à ce troisième volume-. Leurs recherches mènent les deux jeunes gens à travers un Paris meurtri. Les gens tentent de faire face aux graves dangers qu’ils doivent supporter au quotidien : la capitale est en proie à des attentats, l’épidémie de grippe H1N1 sévit, et, dans les rues, les tentes des SDF rappellent que la crise économique est endémique.


Gaëlle et Erwan, toujours sur les traces de Pauline quittent précipitamment Paris pour la Bretagne. Si le paysage urbain porte les stigmates d’une société malade, que dire des paysages ruraux qui apparaissent par moment dévastés. Eoliennes désarticulées, bétail gisant dans les champs et que des hommes en combinaison regroupent et jettent dans un brasier… Nous sommes manifestement face à un monde à bout de souffle.


Larmes d’abeille débutait avec Pauline : la jeune étudiante en maîtrise de Sciences Econonomiques souhaitait se retirer à la campagne pour préparer ses examens universitaires et se ressourcer. Le hasard lui fera rencontrer Erwan et elle sera bientôt plongée dans un monde dont elle ne soupçonnait pas l’existence : depuis, elle sait que le Petit Monde est parallèle au nôtre. Seuls quelques êtres y ont accès et Erwan en fait partie.


Régis Loisel est un habitué de ces univers fantastiques qu’il aime créer, et où il est souvent question de grimoires et de magie. Vincent Mallié qui se situait , jusque-là, plutôt dans le registre de la science-fiction, a su s’adapter au monde féérique concocté par les deux coscénaristes et il passe avec brio de l’univers urbain extrêmement réaliste à un autre, imaginaire, où la nature est omniprésente, parfois luxuriante voire angoissante.


Une lecture plaisir


Depuis Hergé, le papa de Tintin, l’on sait que le succès d’une bande dessinée tient tout autant au scénario qu'au dessin et aux dialogues. Le grand Mort bénéficie du talent et de la solide expérience de Régis Loisel et Jean-Blaise Djian, quant à Vincent Mallié, c’est un vrai plaisir que d’être confronté à ses planches. Le soin apporté aux moindres détails renforce chaque situation. Malgré le contexte dans lequel se déroule l'histoire, fait de marasme économique et de zones dévastées, les personnages, restent lumineux, expressifs et profondément humains, rien n'est glauque et la couleur de François Lapierre y contribue.


Le Grand Mort est une série qui réunit les compétences de quatre acteurs majeurs de notre BD nationale. Cela se sent et se voit.


Une bande dessinée où les personnages sont heureux de partager leurs repas, où le magret de canard et la salade de museau vinaigrette sont en bonne place, où les bistrots, la baguette de pain et les boulangeries ont un rôle à jouer, une telle BD ne peut, d'ailleurs, qu’emporter notre adhésion.

C'est donc avec impatience que nous attendons les numéros 4 et 5, les derniers albums de la série.


 


Extraits de l'album Blanche : planche 6 - planche 7 - planche 9 - planche 10


 


 


© Alexandre Garcia – Centre International d’Antibes