Toutes nos envies  
 

 


Pour sa nouvelle œuvre cinématographique, Philippe Lioret a pu compter sur l’acteur Vincent Lindon. Le personnage principal de Welcome interprétait le rôle d’un maître-nageur qui prenait sous son aile Bilal, un jeune immigré kurde échoué dans le Nord-Pas-de-Calais, à quelques encablures du sol anglais qu’il s’obstinera à vouloir traverser à la nage.


Welcome était un film courageux et humain. Il attirait l’attention sur le sort des clandestins ; des rêves de vie meilleure plein la tête, ils arrivaient à Calais, au bout de leur voyage de plusieurs milliers de kilomètres et venaient s’écraser sur une frontière infranchissable.


To19777518_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20110713_025416_800utes nos envies se positionne sur ce même registre d’œuvre intelligente qui s’intéresse à notre pays comme il va. Si la problématique du surendettement a remplacé celle de l’immigration, ce sont encore des êtres ballotés et meurtris, ici victimes du mirage de la consommation qui les conduit à la honte et l'humiliation.



Vincent Lindon y campe un juge chevronné qui n’a plus trop d’illusions sur la capacité de la justice à corriger les méfaits économiques de notre société et à contrer les puissants. Sa rencontre avec une jeune juge indignée par les stratagèmes employés par les organismes de prêt à la consommation va le transformer.


Marie Gillain interprète magistralement Claire, une jeune femme passionnée par la mission à laquelle elle croit : rendre justice et protéger les faibles. Claire est en même temps fragile et devra mener un tout autre combat, personnel, que nous ne divulguerons pas ici.
L'actrice habite totalement son personnage. Elle lui prête une ténacité à toute épreuve, la même qu’elle a dû employer auprès de Philippe Lioret pour le convaincre de faire d’elle la Claire qu’il recherchait.


Une rencontre singulière entre ces deux êtres pétris de valeurs humaines va guider un film poignant qui ne tombe jamais dans le mélodrame. Philippe Lioret a su intelligemment "doser" le tragique d'un destin sur un fond de froideur sociale où la loi du marché économique a le dernier mot. L'opiniâtreté des deux juges d'instance - l'histoire est vraie - fera-t-elle céder le système broyeur du crédit à la consommation ?


La réussite d'un tel sujet doit beaucoup au charisme de Vincent Lindon et à la force intimiste de Marie Gillain. Le jeu des acteurs est juste et atteint un degré de naturel qui force le respect.


Saluons au passage les comédiens qui gravitent autour de ce couple et qui ne cèdent en rien au superficiel. Leur jeu est en harmonie dans la retranscription d'un quotidien bien réel. Les relations qui se nouent atteignent une dimension qui touchent l'intime de tout un chacun. Et même la poésie y trouve sa place, elle a la senteur du parfum de Claire.


Mademoiselle (2001), Je vais bien ne t’en fais pas (2007), Welcome (2009) et aujourd’hui Toutes nos envies sont autant de films qui constituent une œuvre cinématographique avec des caractéristiques bien identifiables. Ils sont profondément humains et font du bien par la forte empathie envers les gens simples avec laquelle Philippe Lioret filme ses personnages. Ceci est d’autant plus évident qu’il choisit des acteurs qui incarnent admirablement les valeurs de dignité, de générosité et d’ouverture à l’autre.


En tant que spectateurs, nous sommes touchés  par la charge affective et sentimentale qui imprègne chacun de ses films, et qui ne cède jamais à la facilité. Car, comme nous expliquait Marie Gillain lors de l’avant-première, à Nice, "Philippe Lioret n'a qu'un mot d'ordre, l'exigence."


 


© Sylviane Colomer – Centre International d’Antibes