Rentrée scolaire et note "AAA"  
 


Si l’été 2010 fut plombé par les affaires politico-sportives, trois grands feuilletons, commencés bien avant les vacances scolaires, ont monopolisé l’attention des Français au cours de l’été 2011 : la suite des aventures newyorkaises de DSK, la fin de règne annoncée de Kadhafi - qui tient à coeur notre Président après l'accueil qu'il fit au tyran lybien en décembre 2007 - et, surtout, le spectacle de la trajectoire incontrôlable prise par l’économie européenne soumise à la mondialisation financière.


Comme les Grecs, les Italiens, les Espagnols, les Portugais, les Britanniques et même les Allemands, les Français vont devoir prouver au monde qu’ils sont prêts à se serrer la ceinture.

Aujourd’hui, le citoyen lambda assiste, impuissant, à la mainmise sur l’économie de son propre pays par de mystérieuses Agences internationales de notation, sorties d’on ne sait où. Il apprend qu’elles nous avaient accordé un «triple A ». Cette note figurait encore sur le bulletin scolaire de la France avant les vacances. A la rentrée, les Agences se sont concertées. Elles pensent avoir été trop laxistes et seront plus sévères désormais. Elles exigent que la France, comme d’autres, fasse de réels efforts et change de comportement afin que la « classe Europe » retrouve la sérénité.


Les Agences, en cette rentrée scolaire, attendent que la France se remette au travail et qu’elle concentre ses efforts dans une matière devenue incontournable au même titre que les maths : Les dépenses publiques. Elle a été trop négligée à leurs yeux. Tout comme l’autre matière principale : La dette de l’Etat. Il est vrai qu’à force de vouloir sauver les banques, l’élève France leur a déversé des milliards, qu’elle ne possédait pas et qu’elle a dû emprunter. Les résultats du pays s’en sont ressentis : une dette qui s’envole en 2010 et un déficit public s’élevant à 7% du produit intérieur brut (PIB) alors que les accords de Maastricht ne toléraient que 3% ! Il n’en fallait pas plus pour déclencher le courroux des Agences, qui ne plaisantent pas. L’une d’elles n'a-t-elle pas, sans hésiter, abaissé le triple A d'un des chouchous de l'ensemble de l'école: les Etats-Unis ?


Pour la France, l’avertissement est sans frais mais sans appel : si elle ne veut pas passer prochainement en conseil de discipline et suivre le même sort que cet élève passé du statut de chouchou à celui de cancre international, elle doit se remettre dare-dare au travail.
Devant la cour de l'école, tout ce remue-ménage a alerté une nuée de passants. Ce sont des spéculateurs. Ces nouveaux venus ne se sont pas contentés d’un rôle de spectateurs. Ils guettent, scrutent, gesticulent, sifflent et vont de leurs pronostics. Les bourses sont extrêmement sensibles à cette atmosphère de baston. Elles réagissent, font du yo-yo et... plongent.


Quand on les interroge, les Marchés (c’est ainsi que les spéculateurs aiment à se faire appeler) justifient ce mouvement auquel ils soumettent notre économie en nous martelant que sauver notre AAA ne dépend, en définitive, que de nous et de notre volonté ou pas d'agir pour réduire nos dépenses publiques et notre dette.


Certes, il est indispensable de réduire le poids de la dette, devenue colossale, et des économies sont à faire dans nos dépenses publiques comme nous le signale année après année la Cour des comptes. Mais tout laisse à penser que ce n’est pas à cette gestion de bon père de famille que se réfèrent ces tout puissants nouveaux acteurs virtuels, immatériels et anonymes lorsqu’ils exercent leur terrible pression contre laquelle il est plus difficile de résister car elle n’émane pas véritablement de notre gouvernement, ni même de l'Europe, entités, elles, reconnaissables, et identifiables.


Pour les Marchés, la préservation de notre triple A passe par un remède de cheval : un effort budgétaire considérable urgent et brutal, une politique économique de grande rigueur. La crainte des Français, comme des autres Européens, soumis aux mêmes tourmentes, est que les mesures drastiques attendues pour réduire les coûts puissent menacer la conception même de notre société, ses fondamentaux en faveur de la justice sociale et de la cohésion sociale, et que l'on sacrifie, ainsi, à la déesse mondialisation économique une partie des avancées sociales conquises après-guerre.

Comment expliquer aux Français que c’est au moment où la crise financière de 2008, née des fautes et de la désinvolture du système bancaire, s’est transformée en crise économique, détruisant des centaines de milliers d’emplois et grossissant le nombre des laissés-pour-compte, que les Agences de notation et la foule de spéculateurs entendent assujettir notre triple A à une nouvelle réduction des dépenses allouées par le pays, entre autres, à la santé, à l’éducation et aux différents dispositifs d’aides aux démunis ?

Et voilà le gouvernement piégé par l’échéance électorale majeure. Alors même que le Président se prépare à se porter de nouveau candidat à l’élection présidentielle d’avril 2012.


C'est une tâche ardue qui attend nos décideurs politiques. Elle deviendra l’un des enjeux de ces huit prochains mois, elle s’installera dans la campagne présidentielle et nous vaudra, dans les prochaines semaines, une nouvelle rentrée sociale tendue.


© Alexandre Garcia – Centre International d’Antibes