Coup d'éclat  
 


A Sète, un port de la Méditerranée -ville natale de Georges Brassens-, le capitaine de police Fabienne Bourrier (Catherine Frot) est mobilisée pour traquer les immigrés clandestins sans papiers. Une tâche qu’elle mène avec professionnalisme mais sans zèle. La mort tragique d’une très jeune prostituée sans papiers, Olga, qui laisse un petit garçon de 4 ans, va la faire basculer dans le vrai travail de flic qui était le sien avant qu'en haut lieu, on ne fasse de la reconduite de pauvres hères aux frontières, la priorité, et de sa capacité (comme celle de ses collègues) à "faire du chiffre", l'évaluation de ses compétences.


coup_d4eclat_600Le capitaine Bourrier se lancera dans une enquête qu’elle mènera en solitaire. Elle s'opposera à sa hiérarchie, décidée à classer rapidement l'affaire pour la recentrer sur des questions qu'elle juge plus sérieuses.

Cette recherche de la vérité est une immersion dans la France d'aujourdhui. Le thriller, ici, puise sa force dans le regard qu'il lui porte. Nous sommes proches du roman noir social de Didier Daeninckx, ou des regrettés Thierry Jonquet et Jean-Claude Izzo.

Avec Fabienne Bourrier, nous traversons un pays qui fut prospère et dont il ne reste plus que des friches industrielles peuplées d'autres pauvres hères, victimes, tout comme les premiers, d'une mondialisation économique qui les écrase. Cette classe ouvrière qui fut si essentielle au cours des Trente Glorieuses, est aujourd'hui sinistrée, désemparée. Elle s'éteint et c'est tout un pan de l'histoire récente de la France qui disparaît.
Nous apprenons ainsi que, dans cette contrée, des chantiers navals existaient naguère,  ou que des ouvriers de cinquante ans en ont passé trente à produire des pulls et des chaussettes jusqu'à ce que des actionnaires ne fassent déménager l'usine de textile en Turquie.
Ici, les seuls travailleurs qui semblent avoir résisté à ces courants mauvais sont les ouvrières, dures à la tâche chez les ostréiculteurs de la zone.
C'est auprès de Carole (Marie Raynal), l'une d'elles, que les pas d'Olga nous mènent ; il est alors question de solidarité face aux vents contraires : Olga fut l'une de ces travailleuses avant de tomber entre les griffes d'un réseau de prostitution.
C'est lui que le capitaine de police cherche à neutraliser, avec comme  seul et unique soutien, un ouvrier immigré (Karim Seghair), qui s'avère être l'un de ceux de l'usine de textile en instance de délocalisation.


Bien que José Alcala ait opté pour le genre policier, cher au cinéma français, Coup d'éclat rejoint le Marius et Jeannette du Marseillais Guédiguian qui nous offrit en 1997 une belle et chaleureuse leçon d'humanité, de courage et de dignité au coeur du littoral méditerranéen déjà durement frappé, à l'époque, par les fermetures d'usines.
Par le regard qu'il porte sur la problématique de l'immigration clandestine, Coup d'éclat s'inscrit également dans la continuité du récent Welcome, le dernier film réalisé par Philippe Lioret, sorti en mars 2009.
Il est également en prise directe avec l'actualité du moment qui vient de voir la France demander à la Commission européenne, la suspension temporaire des accords de Schengen tant que les questions des flux migratoires, exacerbées par les révolutions tunisienne et lybienne, et le vent de liberté qui souffle de l'autre côté de la Méditerranée, n'auront été traitées en profondeur.


 


© Alexandre Garcia – Centre International d’Antibes