Orages  
 

Le succès de ce roman pour adolescents réside sans doute dans sa recette parfaite : des ingrédients comme l’histoire européenne récente (la guerre des Balkans), les problèmes des adolescents en détresse (anorexie, divorce des parents, maladie de la mère)  et l’aventure (sexe, crime et amour). Ajoutons une pincée de registre familier cru et une cuillérée d’écriture fraîche, vive et directe… et voilà qu’on se sent emporté par l’histoire impondérable de Tamara.


orages_287Tamara, une jeune Belgradoise, s’est installée à Paris où elle poursuit ses études sans grand succès.  Après quelques années d’absence, elle doit retourner à Belgrade à cause d’un héritage de terrain. Elle s’y rend à contrecœur [J’avais probablement foiré mes partiels, je n’avais pas vraiment de maison et, pour couronner le tout, voilà que je devais retourner à Belgrade, pour une sordide histoire d’héritage. Poser une signature absurde au bas d’une série de documents qui allaient faire de moi la propriétaire de quelques hectares de forêt au fin fond de Serbie. Par les temps qui couraient, ça ne devait pas valoir plus qu’une bouchée de pain rassis. Et moi, j’avais à peine de quoi payer le voyage.] P. 7


Arrivée à Belgrade, Tamara ne reconnaît plus sa ville. Devant la gare, elle découvre un scénario étrange pour elle [… un attroupement à perte de vue, masse humaine bien compacte. –C’est une manif ? je demande. –Non, répond Dario, hilaire. C’est l’arrêt de bus. Effectivement, un bus arrive. Enfin, quelque chose qui devait être un bus, il y a des années. Maintenant, ça ressemble plus à une poubelle sur roues. (…) A une autre époque, il devait y avoir des portes, mais apparemment, quelqu’un a jugé que les bus à Belgrade n’avaient plus besoin de portes. Je regarde, fascinée, la bousculade. C’est évident qu’il n’y a plus de place, mais ça pousse toujours.] p.16


Dario, qui a ramassé Tamara pendant leur voyage en train, lui présente Alexandre. Un déjà-vu… bientôt Tamara reconnaît en lui sa première histoire d’amour. Elle l’a refoulée comme elle a refoulé toute son adolescence douloureuse : Le départ de son père bien-aimé, la mort de sa mère atteinte d’un cancer et la dispute avec sa sœur. Au fur et à mesure de la lecture, nous entrons dans le monde de Tamara qui refuse une part de son passé. [(la tante de Tamara :) Tu as des nouvelles de ton père ? – Non et je n’en veux pas. – Tu as appelé ta sœur ? Il faut que vous vous parliez. – Non. J’ai rien à lui dire. – Tu veux que je t’accompagne au cimetière ? – Non. Je ne veux pas y aller.] p.41 [J’avais décidé de tout oublier. Tout. Tout ce qui a été beau. Tout ce qui est devenu si laid. Tout ce qui n’est plus.] p.44


Bien que Tamara reste deux mois à Belgrade, elle ne réussit pas à faire face à son passé. Elle sombre dans une apathie grandissante dont, même son cousin Marko, jadis son meilleur ami, n’arrive pas à l’arracher. Ressemblant à une poupée sans volonté Tamara reste avec Alexandre. Même si elle dit ne pas l’aimer, elle est fascinée par sa beauté et sa vulnérabilité (il mène une vie de contrebandier). Elle lui promet de ne plus le quitter. Pourtant, après avoir assisté à une violente bagarre entre Alexandre et d’autres criminels, Tamara se résout à quitter Belgrade, à s’enfuir de nouveau. [Il faisait nuit. Alexandre dormait. J’ai approché mon oreille de ses lèvres pour entendre son souffle. J’ai posé ma main sur son cœur. Je l’ai regardé dormir, longtemps. La douleur était insupportable. Quelque chose se déchirait dans ma poitrine, se brisait en mille morceaux. J’ai ramassé mon manteau. Vérifié que mon passeport était toujours dans la poche. Je n’ai pas pris mon sac. J’ai couru jusqu’au pont.]  p.93


Mais Alexandre est loin de l’abandonner. Un lien très fort les unit. Il la poursuit, la retrouve à Paris et réussit à la convaincre de le suivre une dernière fois… à Istanbul.


Sonia Ristić réussit à raconter tous les moments de la vie de Tamara d’une manière presque cinématographique. Son style se distingue par des phrases courtes, un lexique parfois cru et dur des gens de la rue. Il nous emmène infailliblement dans un monde de criminels, cruel et plein de passions mais aussi de souffrances. C’est grâce à un langage direct et plutôt simple du registre familier que nous nous approchons au plus  près de ce que les protagonistes vivent dans le roman.


 


© Sonja Di Luca - Professeur de francais (FLE) au Lycée Walther von der Vogelweide Bolzano/Italie