Roc Eclair  
 

 


Jean-Louis Aubert enchantait la jeunesse française avec ses complices Corinne Marienneau, Louis Bertignac, Richard Kolinka lorsque leur groupe Téléphone faisait danser toute une génération sur des sons dynamiques, gentiment rock qui enveloppaient des textes sans prétention, mais généreux et en totale harmonie avec les aspirations des jeunes des années 80.


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Après la dissolution du groupe, Jean-Louis Aubert, tout comme son compère Bertignac, choisit de suivre un itinéraire en solo. Sa carrière se fit le prolongement de l’esprit Téléphone avec des textes qui, lorsqu’ils ne nous parlent pas d’amour, se mettent au service de thèmes humanistes et captent l’air du temps. La musique, elle aussi, est proche de celle de son ancien groupe. Mais ce qui frappe, c’est surtout la voix de JLA. La voix de Téléphone a traversé 35 ans sans prendre une ride (si l’on ose dire).

Le  timbre et la diction demeurent juvéniles tout au long de l’album et  particulièrement dans Regarde-moiLe matin des magiciens ou encore dans la chanson très écoutée actuellement sur les ondes : Demain sera parfait [Je veux chanter, je veux danser je veux te faire oublier  ton âme en peine (…) Je veux chanter, je veux te faire t’agiter sur les décombres de notre monde, demain sera parfait]  

Les lépidoptères prolonge cet esprit adolescent qui explique le succès actuel de JLA parmi les lycéens et les étudiants [C’est des vautours dont il faut te méfier. Ils te tournent autour et sont sans pitié. Ils sont comme nous. Ils nous ressemblent trop. Ils regardent ton goûter, veulent te le bouffer. Ils se posent sur ton épaule. Ils se poussent de l’épaule]


Malgré les tristes événements qui se sont acharnés sur JLA au cours de l’année, avec la disparition de son père mais aussi, d’amis chers comme Guillaume Depardieu ou les chanteurs Jacno et Alain Bashung, l’album, à l’instar de Demain sera parfait est empreint de gaieté et d’optimisme. On retiendra Puisses-tu [Puisses-tu vivre, continuer. Puisses-tu aimer, continuer. Puisses-tu puiser un peu d’eau dans le puits de tes nuits. Puisses-tu sourire, et même rire quand le pire est à venir. Puisses-tu aimer sans sourciller, simplement continuer.] Ou encore le délicat Demain là-bas peut-être : [Allez viens, tu verras, elles vont sécher nos ailes. On ira jusqu’au bout du grand monde avec elles et on vivra de rien, enfin de presque rien. Et on goûtera à tout, enfin à presque tout. On n’aura plus jamais peur de nos lendemains. On n’aura peur de rien. Demain là-bas peut-être]


Seul Roc Eclair, titre emprunté à une célèbre société de pompes funèbres, se distingue par le dépouillement musical et la voix tout en gravité avec laquelle JLA - qui nous rappelle soudain Renaud - s’adresse à son père disparu [La nuit tombe sur mon coeur. Et dans l’ombre tu demeures. Ta voix tout en douceur guide mes mots et mes pleurs (…) Ne te fais pas de mauvais sang, maintenant je suis grand]


Le tout constitue douze chansons aux belles mélodies. On les découvre avec le même plaisir que l’on éprouve lorsqu’on décachette la lettre attendue d’un ami. Dans les jours à venir, est prévu un prolongement à Roc Eclair avec l'apport de sept chansons supplémentaires.


 


© Alexandre Garcia – Centre International d’Antibes