Maria  
 

Pierre Pelot est un auteur prolifique. Un auteur à part dans la littérature française d’aujourd’hui. Ses ouvrages (environ 200 !) peuvent compter une centaine de pages ou près de 1000. Ils peuvent se situer aux premiers temps de l’homme avec la célèbre série Sous le vent du monde réalisée avec la collaboration scientifique du grand paléontologue Yves Coppens ou opter pour les grands espaces du Far West : La piste du Dakota, Sierra brûlante, La couleur de Dieu... Ils peuvent appartenir au genre thriller : Les promeneuses sur le bord du chemin ou nous inviter à parcourir une planète futuriste : Delirium circus, L’île au trésor


Mais Pierre Pelot reste avant tout l’auteur fusionnellement attaché à ses Vosges natales qu’il habite également par ses écrits : La montagne des bœufs sauvages, Natural Killer, C’est ainsi que les hommes vivent


9782350871554_591C’est donc dans le décor sauvage des Vosges qu’il situe Maria. La jeune et très belle institutrice follement amoureuse de son mari Jean qui tient le bistrot du village, vit dans sa bulle, insouciante, alors que la contrée est en guerre contre l’occupant nazi, jusqu’au jour où des hommes du maquis se présentent devant l’école, lui demandant de les suivre [Pourquoi, pour quelles raisons ne l’aurait-elle pas fait ? Pour quelles raisons aurait-elle refusé de leur obéir ? Pour quelles raisons aurait-elle essayé de leur échapper ? De ne pas les suivre ?
Evidemment, elle se doutait bien que quelque chose n’allait pas justement, pour savoir quoi, pour en savoir davantage… Evidemment, la tête lui tournait un peu et son sang battait trop fort à ses tempes et elle avait une certaine difficulté à raisonner normalement, elle manquait de temps pour la réflexion, ses pensées brusquement se bousculaient un peu trop vite et en fouillis… Elle fit ce qu’ils lui suggéraient
] P 36


Maria qui restera à jamais marquée par les heures et les jours qui vont suivre demeurera malgré tout dans le village puis, bien plus tard, acceptera de vendre le café, pour s’installer dans le bourg voisin où  elle trouvera un travail [Elle était femme de ménage, technicienne d’entretien, à l’hôpital rural et maison de retraite des Tilleuls. (…) Maria, Mme Maria, se fit aimer sans mal de tout l’établissement, aussi bien du personnel que des pensionnaires.
C’était une belle femme grave aux yeux sombres et aux cheveux qui mirent du temps à se marquer du sel par poignées que le temps y jetait. Son regard un peu triste pouvait pourtant s’illuminer magnifiquement quand une gaité passait à portée, principalement au contact des gens. Elle avait un visage bien dessiné sans grandes rides, encore, et qui gardait en souvenir précieux la beauté de ses années enfouies.
] P 82


Maria se passionne alors pour l’histoire des montagnes vosgiennes qu’elle adore raconter, d’abord aux pensionnaires de l’établissement jusqu’à ce que ses recherches n’arrivent aux oreilles de gens de la ville et des animateurs d’une radio locale qui lui demanderont son aide. [Maria avait quatre-vingt-cinq ans, à présent. Quand ils étaient venus lui demander sa participation, dans le parc de derrière la maison de retraite où elle se tenait sur un banc, au soleil chaud d’un mois de mai particulièrement agréable et chargé de senteurs, elle n’y avait pas cru, elle n’avait pas compris, d’abord.
Plusieurs fois par le passé, avant qu’elle soit pensionnaire de l’établissement, quand elle y était employée comme femme de ménage et aide bibliothécaire, des professeurs quelque peu écrivains de Nancy, et de plus loin, étaient venus lui demander des renseignements, des coopérations, pour des travaux qu’ils étaient en train d’exécuter. Mais ce n’était pas la même chose que de la radio
.] P 59


Un jour un jeune homme se présente à elle [Je voudrais vous parler de vos travaux sur l’histoire régionale. Ce que vous faites à la radio, mais aussi au-delà… Je voudrais vous parler, mais surtout vous écouter… vous poser des questions, si vous voulez bien y répondre.
Elle le regardait sans ciller. Le regard au niveau du sien, de pierre noire luisante, cerné par les plis froissés des paupières.
Pourquoi à cet instant crut-il qu’elle ne l’écoutait pas, quelle ne l’entendait pas, qu’elle n’avait pas à le faire ?
Pourquoi à cet instant dans ce regard d’abîme fut-il certain de lire qu’elle devinerait avant qu’il la lui donne la vraie raison de sa présence, si elle ne le savait déjà, si le tréfonds de ce regard ne le lui avait pas dit à la seconde où elle venait de le voir là, debout dans le hall de sa maison, qui l’attendait ?
] P 100


Avec son talent de conteur, sachant parfaitement organiser un suspens jusqu'à la fin de son propos, Pierre Pelot nous livre un court récit (121 pages) dédié à la mémoire à la fois (très) ancienne et récente de son pays : les montagnes vosgiennes chères à Maria.


Mais le besoin de transmission pédagogique de Pelot ne s’arrête pas là. Avec l’histoire de Maria, il veut aussi nous rappeler que La barbarie n’est pas le monopole du camp ennemi*.


 


* Cette phrase conclut la présentation du livre en quatrième de couverture


© Alexandre Garcia – Centre International d’Antibes