La Reine Alice  
 

Sous les allures d'un hommage à Lewis Carroll, un autre monde se révèle où le personnage de la femme au turban devient la Reine Alice, qui passant au travers du miroir de la maladie, un cancer, va affronter cette terrible épreuve en transformant son quotidien en aventure fantastique ; où des personnages extravagants viennent avec malice, tendresse, escorter ce désir de vivre et de lutter contre le désarroi.

la_reine_alice_399Un texte dont l'intensité étonne justement parce qu'il choisit un autre univers pour traduire le chemin intérieur d'une maladie dont les aides soignants sont : [l'Attrrape-Lumière, La licorne, Le Ver à soie, puis Cherubino Balbozar" et tant d'autres, que vous découvrirez en lisant ce roman dont la langue exprime avec finesse, fantaisie et fracas les chutes et les élans de cette bouleversante traversée où La reine Alice nous chuchote ".. si je pouvais cesser d'être un corps, si je pouvais devenir un nuage..]  p 62, consciente que [le vrai bonheur est celui qu'on partage] p 64.
Dès le début de ce texte nous sommes frappés par le désir d'échapper au réalisme terrifiant de la maladie, cet auteur cherche à sortir de ce quotidien qui l'écrase pour s'en libérer et nous libérer de l'étouffement. Elle livre dès le premier chapitre ces phrases qui annoncent son élan vers la lumière : [Alice savait qu'elle n'avait pas d'autre choix que consentir, donner son consentement à ce qui était advenu, à ce qui était. Ne pas se cabrer, ne pas se révolter ; au contraire : épouser le déséquilibre, chercher les forces obliques, la botte secrète. Dire oui. Oui, dans les larmes et dans les rires. Il en naîtrait peut-être des arc-en-ciel.] p 13.
Parfois cette lente et douleureuse construction avec cette autre qu'elle découvre la conduit à un profond désarroi qu'elle exprime sans détour : [Je suis infiniment triste, admet t'elle. Je ne me reconnais plus. J'ai perdu le sourire et l'humour. J'ai tout perdu, mes cheveux, mon appétit, mes forces, mon sommeil, mon stylo, mon chat. Il pleut, je n'ai plus l'énergie de descendre au jardin.] p 117. Pourtant, son compagnon le Blanc lapin lui rétorque [avec une calme conviction]: [Alice qui pleure et Alice qui rit : vous êtes l'une et l'autre indissociables. Pour traverser tempêtes et ouragans, pour survivre, vous luttez de toutes vos forces ; vos ressources sont immenses, mais vous ne le savez pas encore ; vous allez les découvrir en les déployant. Vous repousserez vos limites, vous verrez.] p 118.
Une reine qui dépassera les tourments et qui ne renoncera pas. Une grande Dame au turban dont les conversations avec ses compagnons imaginaires et ses objets magiques sont d'une troublante authenticité.  Alice va se découvrir et va apprivoiser cette inconnue en réalisant un jour que [ Dans le Labyrinthe des Agitations Vaines, Alice a fait la connaissance d'Alice. A bout de forces, à bout de souffle, elle a expérimenté la quintescence de soi.. à mon impuissance, oui je dis merci] p 145-146 .


Enfin, un roman qui traduit toute la terreur éprouvée durant une longue maladie sans oublier de nommer avec poésie et joie la magie et le désir de la vie retrouvée. Un roman à décourvrir parce qu'il permet de réaliser à quel point cette vie est précieuse, son présent, et que notre essentiel est parfois oublié au détriment de soucis secondaires que nous rendont prioritaires.


 


© Muriel NAVARRO - Centre International d'Antibes