Dossier spécial - Mode française  
 

 


Des années d'après-guerre à aujourd'hui, quelles tendances ont marqué la mode ?


Après la Seconde Guerre mondiale, la production est surtout marquée par l'émancipation du corps de la femme, préparée par PauL Poiret, puis Coco Chanel. L'industrialisation bat son plein et donc la démocratisation du vêtement : le prêt-à-porter avance au même rythme que les mouvements de la jeunesse, liés souvent aux courants musicaux. La mode n’est plus celle du prestige d'une élite définie, et les médias, les artistes (souvent les acteurs et actrices) et autres célébrités (les princesses, les tops- modèles puis récemment les sportifs de haut niveau) sont habillés de façon à guider notre goût et attiser notre consommation.
Déjà dans les années 50, les acteurs américains Marlon Brando et James Dean avaient favorisé le port du T- shirt blanc. Brigitte Bardot avait lancé le port du fameux bikini de toile vichy dans Et Dieu créa la femme de Roger Vadim. Hermès peut remercier la princesse Grace Kelly d’avoir porté son sac Kelly sur la photo publiée dans le magazine Life Magazine en 1956: elle y dissimulait sa grossesse derrière le grand Kelly. De même pour Chanel avec la phrase magique de Marylin Monroe quand un journaliste osa lui demander ce qu’elle portait pour dormir: « .. une goutte de Chanel n° 5 ! ». Plus récemment, l’actrice Brooke Shileds a contribué à soutenir la marque Calvin  Klein avec sa célèbre phrase : « savez-vous ce qu'il y a entre mon jean et moi ? »  Aujourd'hui, Chabal le rugbyman, est utilisé pour un des parfums Caron. Les grandes stars des années soixante inspirent eux aussi encore puisque Dior a relancé le visage d'Alain Delon pour un de ses parfums dont le solgan est "l'éternel masculin" et Lancel a lancé le sac Brigitte Bardot.


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Les années 60, allaient surtout connaître l’ère de l’uniformité et de l’unisexe avec le port du jean qui triomphe en France (dès 1967). Il devient le vêtement de la jeunesse mondiale favorisant le look décontracté et non embourgeoisé. Les tendances se multiplient : Baba cools, Hippies, Minets, Pops, BCBG (Bon Chic Bon Genre), Punk, New Wave, Pirates, New Age, Gothic, etc.. Chaque génération trouve son look pour se rebeller et se distinguer. Pourtant, le succès de la silhouette sportive à l'américaine : survêtement, jean délavé voire déchiré, T-shirt, casquette et chaussures de sport, prend le pas dans nos rues. 
Depuis les années 2000, deux tendances opposées s’affirment. D’un côté, la prédominance de la marque, expression du pouvoir d'achat du consommateur et de l'image à laquelle il s’identifie, rendant presque secondaire le vêtement au profit de son étiquette. D’un autre, le refus catégorique de toute marque ou logo. Au Japon (dont la folie des marques  a atteint des records ces dernières années), le mouvement "Muji" se caractérise par la fabrication et la commercialisation de produits sobres, démunis de tout logo. La philosophie du "No Logo"(en référence à l'ouvrage de Naomi Klein, paru en France en 2001) résiste donc aux frénésies de consommation.


La différence entre prêt-à-porter et haute couture


Pour le prêt-à-porter, il est clair que ces deux tendances se remarquent clairement dans nos rues, du côté de la haute couture c'est un autre univers. C'est de là que vient la réelle création, celle qui préserve le luxe et l'élégance et qui continue d'inventer, sans chercher à correspondre aux critères de consommation. C'est sa liberté et c'est ce que nous aimons. Il est évident que les acheteurs sont encore une poignée de privilégiés, puisque les matières choisies sont des plus rares et qu'elles sont fabriquées à la main. C'est aussi pour cet artisanat que la fabrication et la production en haute couture sont remarquables!  Une robe de Jean Paul Gaultier avait nécessité 180 heures de travail minutieux pour finalement ne pas être choisie lors de son défilé!


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kl_185La haute couture est un monde intemporel, où l'originalité de grands artistes alliée à la minutie de leurs ateliers font que l'élégance française est et restera. Grâce à ces artistes : Coco Chanel, Pierre Balmain, Christian Dior, Pierre Cardin, Louis Féraud, Givenchy, Hermès, Yves Saint Laurent, Jean Paul Gaultier, Christian Lacroix, Karl Lagerfeld, Sonia Rykiel, Chantal Thomas, Louis Vuitton, qui, au gré des siècles, ont su préserver l'élégance française et faire de la haute couture un art, dont le fait main est de rigueur et non le made in ; nous reconnaîtrons toujours une grande maison à son fait main et à son sens du détail, certainement pas à ses courbes boursières.


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Portraits des grands créateurs français actuelsjpg2_250


cl2_150Ces grands noms cités sont incontournables et certains le sont encore (Gaultier, Rykiel, Thomas, Lagerfeld, Lacroix même s'il a choisi un autre parcours aujourd'hui) car ils ont tous porté l'élégance française durant des années, veillant à renouveler par leurs créations les formes, les matières, tout en inspirant les plus jeunes qui sont aujourd'hui leurs héritiers et que nous connaissons moins. Nous voulions vous les faire découvrir puisqu'ils sont les promesses présentes et futures de la haute couture.


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Quand on pense à un défilé, on pense souvent aux vêtements, aux mouvements harmonieux des matières qui glissent sur la scène, pourtant sans les chaussures, les talons particulièrement, la ligne d'une allure ne serait pas finie. Il est vrai que le seul accessoire qui puisse habiller une femme même à demi-nue reste le talon. Le talon, accessoire fascinant, sans doute car il n'en est pas un, puisqu'il continue à bouleverser nos imaginaires et sans lequel de l'élégance au glamour en passant par le sexy, le style et l'allure des femmes et des hommes à certaines époques, resteraient inachevés. Imaginez Catherine Deneuve montant les marches du palais des festivals à Cannes en chaussures plates! Impensable! D'ailleurs, ce n'est pas pour rien que les femmes aujourd'hui peuvent allier jean et talons, en préservant leur allure.


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Nous commencerons donc par un créateur actuel tout à fait étonnant Christian Louboutin, dont les vedettes et les princesses de notre temps ne peuvent plus se passer. Cet ancien élève de Roger Vivier a su en 1992, séduire les plus grandes stars mondiales. Tout jeune, il était resté saisi devant un panneau représentant un talon aiguille barré, signifiant qu’il était interdit d'y pénétrer avec dans le bâtiment. Cette image ne le quittera plus, il ne cessera de remplir ses cahiers d’écolier de croquis de chaussures. Plus tard, il fréquente les cabarets et découvre alors que le corps nu ne l’est pas vraiment sans talon. Il saisit l’essence du talon aiguille, la fascination qu’il exerce. Il pense que ces music-halls seront intéressés par ses croquis, mais ces derniers n’ont pas les fonds nécessaires. " À part les plumes, les danseuses ne portaient guère que des chaussures. Et le soulier m'intéresse avec le corps nu. Le photographe Helmut Newton a senti cet univers : il n'a jamais fait un nu avec une chaussure plate. En attendant, j'ai fait la tournée des music-halls avec des dessins de sandales. On m'a dit : il n'y a pas d'argent, mon chou... " C’est à ce moment-là qu'il réalise qu’il lui manque une formation solide: il apprend alors auprès de professionnels. Chez Chanel, Jourdan et Yves St Laurent, il comprend toutes les ficelles du métier. Puis, chez Roger Vivier, avec qui il restera jusqu’en 1991, date à laquelle il décide de créer sa propre boutique. C. Louboutin est un créateur, qui semble s'inspirer de tout, sans censure, recherchant à réaliser l'irréalisable. D'ailleurs, ces chaussures ont leur nom et leur histoire s'inspirant de croco, de lézard, de plumes, de peau d'anguilles et de feuilles d'or. Aujourd'hui, il possède des boutiques dans le monde entier et il est sollicité par toutes les célébrités internationales : Nicole Kidman, La princesse Caroline de Monaco (qui fut l'une premières à porter son style), Danièle Steal, Catherine Deneuve..


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Pour les vêtements, Alexis Mabille est un nom à retenir. Un noeud papillon qui signe sa griffe. Sous des allures de dandy taquin, ce créateur est l’une des figures de proue de la nouvelle garde parisienne. Son style : concevoir un vestiaire unisexe à l’opposé du style androgyne, et de s’offrir les faveurs de l’univers fashion avec des noeuds papillon originaux. Enfant, auprès de sa mère passionnée de couture, il apprend très vite et adore transformer de vieux vêtements. Après son bac, il quite Lyon pour Paris hs1_200afin de rentreram1_187 à la Chambre syndicale de la haute couture. Il y obtient son diplôme en deux ans (au lieu de trois) et commence des stages chez Ungaro et Nina Ricci, mais c’est chez Christian Dior qu’il est vraiment remarqué. John Galliano (ancien directeur de création de la maison Dior , renvoyé avec perte et fracas début mars 2011) conscient de son talent, lui confie le développement de la section accessoires : c’est un succès. Il collabore ensuite avec Heidi Slimane en imaginant des bijoux masculins. En 2005, avec sa mère et son frère, ils créent "Impasse 13" où des pantalons sont taillés aussi bien pour des filles que pour des garçons. Puis des chemises, des vestes qui, si elles sont destinées à une clientèle mixte, ne se revendiquent en rien du style androgyne. A. Mabille est un romantique amoureux des matières nobles et des lignes sophistiquées. Ses créations de soie brodée en sont une expression saisissante.


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Anne Valérie Hash, est aussi une créatrice à suivre. En 2001, elle crée sa marque au côté de Philippe Elkoubi, directeur artistique de l’image. Anne Valérie Hash présente sa premiere collection Été 2002 de prêt-à-porter. En septembre 2003, elle collabore avec Michelangelo di Baptista pour l'exposition photographique à la "Ace gallery" de New York. En février 2004, elle expose au Modern Museum de Stockholm à l'occasion du "Fashination - Art & Fashion" aux côtés des créateurs Alexander McQueen, Hussein Chalayan, Martin Margiela et Viktor & Rolf. En mai 2005, Anne Valérie Hash défile au Victoria & Albert Museum à Londres pour l'évènement "Spectres - Fashion in Motion". En juillet 2007, elle présente sa première collection de haute couture Automne-Hiver 2008-2009 intitulée "Elements". Enfin elle obtient le label officiel de la haute couture en janvier 2008.  En mars 2008, elle lance sa ligne ANNE VALERIE HASH MADEMOISELLE destinée aux petites filles de 4 à 14 ans. En juillet 2010, la créatrice lance une nouvelle ligne : AVHASHBY Anne Valérie Hash.


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Christophe Decarnin, un styliste passionné par le visuel assure aujourd'hui la création chez Balmain. Originaire du Touquet, station balnéaire du Nord de la France, il décide de se lancer dans la mode grâce à la découverte d'un livre de photos de Richard Avedon, qui reste un « ouvrage déterminant », dit-il encore. Diplômé d’Esmod, à Paris, il est pendant sept ans directeur artistique du prêt-à-porter féminin de Paco Rabanne, puis consultant pour différentes marques françaises. Nommé directeur artistique de la maison Balmain fin 2005, Christophe Decarnin reste fidèle à ses priorités : comment le vêtement détermine une allure, un caractère. Installé avec son équipe au 44, rue François Premier, il prépare ses projets soulignant que ses : « Mes références sont très visuelles. Tout peut m’inspirer, les femmes de ma vie, un morceau de tissu, une couleur , une photo, mon imagonaire. Mais l'important est de transposer tout ça avec réalisme."


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Christophe Lemaire, l'élégance discrète stylée dans une garde-robe intemporelle. Ce créateur a bâti son expérience chez Yves Saint Laurent et Thierry Mugler où il effectue ses premiers stages puis en tant qu’assistant de Christian Lacroix de 1986 à 1990. Lauréat du prix de l’Andam à deux reprises, il lance sa propre marque en 1991. Il redonne à Lacoste, en dix ans (de 2000 à 2010), son image iconique en tant que directeur artistique des collections de vêtements. Il prendra la direction artistique du prêt-à-porter féminin de la marque Hermès à partir de l'Automne Hiver 2011. Il aime explorer des formes constituées de tissus exigeants et de pièces typées, inspirées du vêtement oriental. Une allure décontractée mais sophistiquée, soignée par la générosité de ses volumes. Les silhouettes aux contours souples, dans des tissus denses : flanelle, tweed de laine, soie, lin, se déclinent dans des gammes subtiles de faux neutres et de couleurs pigments. Sa direction prochaine chez Hermès est prometteuse d'étonnements!


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Barbara Bui, surnommée "la douce rebelle" de la mode, est née à Paris, et commence à faire connaître son vestiaire en 1983, lorsqu'elle ouvre la boutique "Kabuki" avec son partenaire en affaires William Halimi. Elle choisit ce nom en souvenir de sa carrière de comédienne et en hommage au théâtre asiatique, elle-même étant d'origine vietnamienne. Ses vêtements s'adressent à une femme sûre d'elle et élégante, coordonnant des pièces plutôt sévères, particulièrement ses vestes en cuir avec des jupes asymétriques et volumineuses. Les couleurs mates, le noir, les tissus classiques, laine, cuir donnent à ses créations une allure intemprorelle. En 1998, elle lance une autre ligne, Barbara Bui Initiais, composée de séparés classiques pour le jour qui complètent l'esprit de sa ligne principale. En 1999, bb2_308Barbara Bui quitte Paris pour New York afin de présenter sa collection, fuyant les défilés pour présenter son travail de façon moins formelle. Jusqu'à présent, elle a privilégié l'image et collaboré en cela avec divers artistes, dont le photographe David Bailey, proche de l'esprit de la femme Barbara Bui. En 2000, les nouvelles collections d'accessoires, les chaussures et les sacs, sont accueillis avec succès. Depuis la saison Hiver 2000, elle a décidé de dévoiler ses collections à travers un travail d'image et photographie et non par un défilé. Aujourd'hui, elle présente quatre collections par saison : Grande Ligne, Initials, Sacs, Chaussures et ose enfin des défilés, au demeurant très appréciés. Elle possède des boutiques à New York, Milan et Paris, ainsi qu'une gamme de chaussures et de sacs qui remporte un franc succès.


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D'autres seraient encore à citer, Catherine Malandrino, la Française new-yorkaise inspirée par sa double ng_450culture, Ghesquière pour Banlenciaga, Elie Tod dont le parcours est à suivre. Tous ces créateurs s'inspirent de sources diverses, de l'Art contemporain aux objets les plus familiers de notre quotidien, pour inventer à chaque saison un monde fascinant, où les tissus, les peaux, les plumes, les dentelles deviennent des oeuvres qui se portent et se touchent. Que la haute couture française poursuive encore longtemps son chemin, c'est tout ce que nous lui souhaitons!


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© Muriel Navarro – Centre International d’Antibes